LES BLOGS
24/01/2019 12h:25 CET | Actualisé 24/01/2019 12h:25 CET

Présidentielles: impuissance politique et ballet des prétendants

ASSOCIATED PRESS

C’est désormais officiel, il y aura bel et bien des élections présidentielles en Algérie, le mois d’avril prochain !

Évidemment, dans d’autres contrées, la simple affirmation d’un tel énoncé, du fait de son extrême évidence, verrait son énonciateur au centre d’interrogations et soupçons quant à son attachement aux institutions et à la légitimité démocratique, quand c’est pas carrément sa santé mentale qui serait mise en cause par les lecteurs.

Comment ose-t-il penser le contraire ? Est-ce un lapsus révélateur d’intentions troubles et anti-républicaines ? Aussitôt, verra-t-on cet homme sujet à des sarcasmes et sobriquets moqueurs et disqualifiants... “complotiste”, “conspirationniste”, “nostalgiques des temps anciens”...etc.

Néanmoins, en Algérie, autre pays, autre monde, cette affirmation a la valeur d’un scoop qui a tenu en haleine tous les commentateurs-prospectivistes, et autres observateurs de la vie politique nationale, tant l’incertitude qui régnait sur ce scrutin s’est imposée comme la seule véritable information digne d’intérêt.

Une présidentielle, 90 jours de bal populaire, 60 salles réservées, 5 lièvres, 3 lapins sortis du chapeau magique, deux figurants chafouins, l’un pour le marteau, et l’autre pour l’enclume, et enfin, un président installé, avant, pendant, et après le scrutin, voilà pour le casting et le script final. cette production aurait pu amuser longuement les téléspectateurs s’il ne s’agissait pas du destin d’un pays et de ces 42 millions d’individus.

Revoici donc l’invariant de l’histoire nationale post-indépendance, l’insoluble équation de l’échiquier algérien, qui sonne comme l’éternel retour du même.

Toutes les tentatives d’une transformation ou de bouleversement des rapports de force venant de la sphère extérieure au régime, qu’elles soient par la voie des mobilisations populaires, ou par le biais d’alliances partisanes au sein de l’opposition, ou par une logique de majorité électorale, sont soldés les unes que les autres par des échecs cuisants.

La société face au régime

Inutile ici de disserter sur la dialectique originelle qui travaille les rapports de la société civile et l’Etat convenablement construit, tellement la réalité algérienne s’avère loin d’une simple juxtaposition des schémas et principes de la théorie politique qui régissent l’ordre institutionnel des constructions politiques modernes observées en occident. 

C’est en partie du fait que la constitution du régime fut le fruit d’une culture militaire et centralisatrice qu’il n’a jamais réellement oeuvré à réunir les conditions nécessaires à l’émergence d’une société civile digne de ce nom, car, il traduit toute autonomie même relative de la société comme une menace qui ne mènerait à terme qu’a son démantèlement définitif.

Habité par cette méfiance extrême, le régime tend à cultiver un regard hostile à tout renforcement des rapports sociaux. Pire, il s’emploie méthodiquement depuis les premières années de son règne à neutraliser les diverses forces vives de la société algérienne, et ce par différents biais.

Les entités institutionnelles de l’Etat 

Wilaya, Daïra et Commune. une représentation de l’Etat au coeur des dynamiques sociales, censée à la fois, administrer le territoire et coordonner les services publics de l’Etat en veillant au respect des ordres institutionnels, pour ainsi répondre aux besoins exprimés, et absorber les conflits et dysfonctionnements inhérents au social, mais qui, concrètement, sont institués au mieux comme des entités formelles sans véritables autonomie décisionnelle sans recours, excepté celui de l’allégeance systématique au régime.

Au pire, comme gardes fous chargées de neutraliser les dynamiques locales aspirants au changement, en érigeant l’intimidation par l’autorité dont elles disposent, le clientélisme, et les passe-droits en véritable système de fonctionnement.

Aucun acteur du monde associatif, ou des universités, ni des comités villageois, ou simplement citoyen actif n’a été épargné de l’expérience d’un tel traitement, qui à terme ont fini par affaiblir voir décourager toutes les initiatives de prise en charge de la société par elle même.

Les corps intermédiaires

Le même traitement fait de mépris doublé de marginalisation fut réservé aux syndicats, partis politiques. Dans une époque où l’UGTT en Tunisie à joué tout son rôle de médiation en conduisant une transition politique décisive, son équivalent algérien sert depuis longtemps de relais politique au pouvoir auprès du monde ouvrier.

Cet exemple a lui seul aurait pu suffire à montrer l’idée que se fait le sérail des corps intermédiaires, dans une conception binaire et manichéenne qui tolère pas l’ambiguïté.

Syndicats du dedans VS Syndicats du dehors

Les premiers sont choyés, et intégrés comme interlocuteurs à la table des tripartites fantoches, et les seconds méprisés, voir relégués au rôle des perturbateurs. À la lumière de cette réalité, l’affaiblissement chronique du syndicalisme indépendant, et sa minoration institutionnelle trouve tout son sens. La même logique préside au traitement avec les partis politiques.

Par la conjonction d’erreurs historiques, d’amateurisme idéologique, des pratiques bureaucratiques, adossées à l’absence des conditions nécessaires favorisant l’exercice normal de la pratique politique ( partis non-agréés, médias aux ordres, interdictions de manifester, intimidations judiciaires...etc), les organes politiques se résument à des partis sans partisans, des partis d’initiés et de notables, que les militants et citoyens lambda ont quitté depuis des lustres pour cause d’espoirs déçus, et promesses non-tenues.

Ces partis sont désormais perçu justement ou non, comme des structures certes hostiles, mais complémentaires au régime dans une configuration générale sous dénomination générique qu’est “le système”. Des partis sans ancrage ni base sociale identifiée, condamné à végéter à la marge des dynamiques sociales, sans en être ni les instigateurs ni les relais naturels le cas échéant. Pour l’heure, la puissance de la multitude, l’autre nom de la puissance collective de la société ne trouve pas un réceptacle capable de l’incarner ou la conduire, se résume à un face-à-face frontal avec l’autorité publique.

Par conséquent, sa radicalité intrinsèque faite d’années de souffrances, et de privation de tout genre, en absence de corps intermédiaires efficients, ne peut déboucher hélas que sous forme insurrectionnelle et violente à l’instar d’octobre 88. Désinstitutionnalisation des entités territoriales, dé-légitimation d’organes de médiation, et désengagement populaire massif sont les non-dits de l’anomie sociale.

Enfin, c’est au regard d’un tel constat, que l’éternel retour du même est le maître mot de l’échiquier politique algérien. C’est aussi à l’aune de ce paysage social qu’on pourrait traduire la tendance des candidats, ou prétendants à la présidence à courtiser les différents pôles du régime, en s’efforçant parfois avec zèle à cultiver leur présidentialisation ou leur carrure d’hommes d’État modérés et accommodants.

Hamrouche et Ait Ahmed hier, Benflis et Ghediri aujourd’hui.

C’est qu’ils ont compris que la souveraineté et le levier de puissance est au sein de l’État et non le peuple, que la présidence se gagne par désignation des grands électeurs et non par des plébiscites populaires.