ALGÉRIE
29/08/2019 14h:29 CET | Actualisé 29/08/2019 14h:33 CET

Présidentielle ou transition ? Controverse autour d'une déclaration imputée à l'ambassadeur de Russie à Alger

La Russie réaffirme son soutien au peuple algérien par la voix de son ambassadeur à Alger, Igor Beliaev. Lors d’une rencontre avec le SG du PFLN, le diplomate a déclaré que les Algériens étaient les “seuls maîtres de leur destin”. Selon le quotidien El Hiwar,  il a également estimé que “la solution à la crise politique réside dans la tenue de présidentielles dans les plus brefs délais”, tout en “rejetant toute ingérence dans les affaires internes de l’Algérie”.

Selon un journaliste, citant une source interne à l’ambassade russe, il en est rien. Le parti lui a imputé cette déclaration, dans un communiqué partagé sur Facebook, auquel se sont référés ce journal et d’autres chaînes de télévision privées.

Selon les vidéos publiées par Ennahar, l’ambassadeur a surtout rappelé les “relations fortes entre l’Algérie et la Russie”. Il a aussi évoqué les opportunités de partenariat entre les deux pays. 

Sur la page Facebook de l’ambassade, un post résume que “les deux parties ont procédé à la discussion des questions de la situation politique actuelle en RADP et de plusieurs aspects des relations bilatérales ainsi que leur intensification dans le domaine des liens interparlementaires”. 

Selon le quotidien El Hiwar, citant le post Facebook du PFLN, l’ambassadeur a même “salué les efforts de l’armée algérienne qui a joué un rôle historique dans la réussite du hirak, dont le pacifisme a démontré la maturité du peuple algérien”.

Des déclarations nulle part vérifiables, malgré la présence de plusieurs chaînes de télévision privées. 

Le journaliste Nadjib Belhimer, citant ainsi une source interne à l’ambassade, a fait savoir que le parti du FLN lui a imputé ses déclarations. La même source a rajouté que cette rencontre “entrait dans le cadre de l’exercice ordinaire de l’ambassadeur”, rappelant que M. Beliaev a déjà rencontré Abderrezak Makri, chef du parti du MSP. 

La fausse information, laissant croire que la Russie, à travers son diplomate, se mettait au diapason de la position de l’Etat-major sur la situation politique actuelle, a suscité une controverse. Les déclarations étaient d’autant plus contradictoire que le diplomate a effectivement affirmé que “le peuple algérien est seul maître de son destin”. 

Pour rappel, le chef de l’armée, Gaid Salah, a sommé une énième fois les Algériens “d’aller vers des élections présidentielles dans les plus brefs délais”, dans deux discours prononcés cette semaine à Oran où il effectuait une visite de travail. 

Le vice-ministre de la Défense, qui a rejeté auparavant toute période de transition, a également balayé de la main la “charte d’honneur” avancée par le panel de dialogue de Karim Younes comme garantie que le futur président “consacrait son mandat à la réalisation des revendications populaires”. 

Le communiqué du PFLN, imputant à l’ambassadeur russe ces déclarations, intervient au lendemain du dernier discours du chef de l’armée algérienne, dans lequel il a dénoncé des tentatives d’ingérence selon certains observateurs. Il a martelé que “le peuple algérien conscient et mature n’a besoin d’aucune tutelle, quelle qu’elle soit, ni que l’on lui dicte quoi faire”.

Quelques jours plus tôt, l’analyste Francis Ghiles écrivait dans sur The Arab Weekly que “Paris et Moscou se “méfient” du Hirak en Algérie. “Ni la Russie ni la France ne souhaitent voir la démocratie régner dans le plus grand pays d’Afrique”. 

Si pour Paris, c’est la crainte d’une évolution “anti-française” qui domine, pour Moscou, c’est le risque de perdre un client, “riche”“grand acheteur d’armes” qui prime, estime-t-il.