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27/02/2019 17h:28 CET | Actualisé 27/02/2019 17h:28 CET

Présidentielle, ce qui pourrait attendre 12 millions de Tunisiens ... !

"Le regroupement familial des centristes a bel et bien commencé, ce qui a pour conséquence d’affaiblir les chances de personnalités comme Jomaâ, Mondher Zenaidi, ou encore Kamel Morjene."

FETHI BELAID via Getty Images

Même si la présidentielle se présente comme une formalité, comparée aux législatives, elle n’en constitue pas moins un enjeu symbolique pour 12 millions de Tunisiens,mais aussi pour le reste du monde qui nous perçoit comme la surprenante anomalie du monde arabe.

Mais à quelques mois du scrutin, les analyses spéculatives n’ont d’égal que le marasme économique devenu notre pain quotidien. Il est clair, hélas, que certains réflexes ont de fait une peau de crocodile. Exemple, en Tunisie, la notion de chef du Gouvernement n’est pas encore bien installée. D’abord parce que dans l’inconscient du tunisien, le pouvoir c’est un lieu, donc Carthage, et une fonction : le Président.

Cette situation est l’enfant de trois facteurs ! Notre passé beylical dont les lointains souvenirs et monuments survivent dans l’ennui entre la Marsa, Hammam Lif et le Bardo, le paternalisme politique des arabes avec la fonction divine de Zaîm,et enfin le régime hyper présidentiel incarné d’abord par un Bourguiba aussi romantique qu’autocratique, et ensuite par l’oligarchie policière de Ben Ali.

La Kasbah a toujours vécu dans l’ombre de Carthage jamais l’inverse. Mais pour l’Histoire, deux locataires ont donné une vie au Palais de la Kasbah. Hédi Nouria et Mohamed Mzali tous deux originaires de Monastir. Le régionalisme sahélien est passé par là.

Après le 14 janvier et la chute de la première république, l’équilibre constitutionnel entre Carthage et la Kasbah perd le nord. Le président devient une fonction honorifique et le pouvoir réel passe aux mains du premier ministre qui devient le vrai patron. L’exercice est difficile pour les premiers candidats sauf pour Béji Caid Essebsi qui nous extrait de la constituante.

Pour le reste, Jebali souffre d’insolubles problèmes de syntaxe; Ali Laârayedh tombe sur les champs de bataille de Siliana; Mehdi Jômaa est classé comme l’homme d’une interminable transition et son aura ne dure pas bien longtemps; et Habib Essid crucifié par le Parlement.

Il faut attendre l’arrivée aux affaires de Youssef Chahed pour que la Kasbah redevienne le centre du pays sur fonds de conflit avec la présidence et de séparation sulfureuse avec le parti Nidaa Tounes.

Cette nouvelle configuration ne changera pas grand-chose après les scrutins de 2019, mais à certaines conditions. D’abord Ennahdha « le parti de dieu » doit être conscient que son éventuelle candidature à la présidence est à hauts risques. Le parti préfère nettement les législatives, son terrain de jeu favori pour construire des alliances contre nature. Mais au centre, la surprise pourrait venir de l’actuel locataire de la Kasbah qui se sait présidentiable, étant plébiscité dans les sondages.

Il ira sans doute sous-traiter les élections parlementaires à sa formation Tahya Tounes désormais sur le pied de guerre. Ses stratèges à l’instar de Selim Azzabi rêvent d’une OPA sur l’électorat de Nidaa Tounes dont l’intelligentsia regarde désormais vers ce nouveau parti. Puis s’empressera d’avaler les petites formations au centre et à droite. Dans un second temps une entente stratégique est possible avec Machrou Tounes, un cauchemar pour le parti de Rached Ghannouchi déjà épuisé par un début de querelles de chapelles au QG de Mont-Plaisir.

Présenté ainsi le triomphe est assuré pour l’actuel chef du Gouvernement, mais encore faut-il le remporter frontalement contre cinq candidats susceptibles de créer la surprise. Said Aidi embusqué dans un silence tactique mais tenté de reprendre en main la machine Nidaa au même titre que Neji Jalloul.

Il y a aussi la menace potentielle qu’incarne Abbou, avocat légèrement populiste et que certaines mauvaises langues qualifient de Mzali II, sans oublier BCE dont la candidature à la Présidence partiellement tributaire de ce qui se passe au Palais médicalisé de Zeralda, seconde résidence de Bouteflika après celle de Mouradia.

Mehdi Jômaa aussi est un facteur de surprise, sauf que Youssef Chahed a sonné le rassemblement. Le regroupement familial des centristes a bel et bien commencé, ce qui a pour conséquence d’affaiblir les chances de personnalités comme Jomaâ, Mondher Zenaidi, ou encore Kamel Morjene.

Et la gauche dans tout cela ? Touchée par une sclérose en plaque idéologique, la mouvance articulée autour de Hamma Hammami paie au comptant les folies syndicales de l’UGTT.

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