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19/01/2019 10h:38 CET | Actualisé 19/01/2019 10h:38 CET

Présidentielle algérienne: l'entrée, en attendant la suite ...

Louafi Larbi / Reuters

Fin de la première partie du suspens ! L’élection présidentielle aura bien lieu en avril prochain. A peine la nouvelle de la convocation du corps électoral annoncée par un communiqué de la Présidence de la République, les appels à la candidature de Bouteflika pour un 5e mandat commencent à affluer.

C’est le parti TAJ de Amar GHOUL qui s’est lancé en premier suivi par le RND. Je ne trouverai jamais les mots pour qualifier cet individu. Les autres partis suivront à coup sûr…  

Tous vont demander à un homme malade, aphone et inapte à se représenter “pour achever son œuvre d’édification du pays”. Pour un 5e mandat ! Presque tous les partis de l’alliance dite présidentielle !  Ils n’attendaient que le feu vert pour sortir de leur léthargie…. En chœur !  Peut-être que  le silence du FLN, juste après cette annonce, s’explique par des tractations internes en haut lieu ! Peut-être ! Dans un pays où l’opacité est érigée comme moyen de gouvernance, tout est possible !

Les éventuels candidats à cette énième mascarade disposent d’un mois et demi  pour se déclarer.  On connaitra la liste définitive de ces prétendants  un peu plus d’un mois avant le 18 avril 2019, date fixée pour l’élection présidentielle.

La campagne électorale est déclarée ouverte, vingt-cinq jours avant la date du scrutin et s’achève trois jours avant cette date.

En effet, l’article 174 de la Loi organique nous rappelle que  “Nul  ne  peut,  par  quelque  moyen  et  sous quelque forme que ce soit, faire campagne, en dehors de la période prévue à  l’article 173 de la présente loi organique”.

Autrement dit, les candidats à la présidentielle disposent d’à peine trois semaines pour présenter leurs programmes – s’ils ont en un-, convaincre et expliquer aux citoyens leurs intentions et parcourir le pays et les médias pour d’éventuels débats contradictoires, alors que  la campagne de l’actuel Président a commencé le lendemain même de sa dernière élection en avril 2014, très contestée du reste notamment par Ali Benflis arrivé 2e avec près de 12,5 % des suffrages exprimés.


En effet, depuis cette date, les médias officiels  nous abreuvent d’images de ministres et de walis inaugurant tout et n’importe quoi sous le portrait d’un Président absent.  Tous mettent en avant le programme du Président.

De  l’inauguration d’une cité dortoir, d’un monument, d’un théâtre, d’un poteau électrique, d’un congrès, d’une manifestation, d’une usine, d’une route, d’un pont…. Tout est inauguré sous le portrait de Bouteflika. Et pour le remercier de sa vision et de ses orientations et décisions, on confectionne des cadres  en bois à qui on s’adresse le plus normalement du monde. Des cadres d’un Président debout, souriant, ou saluant une foule… 

Presque tous les soirs, les  citoyens ayant bénéficié généreusement des  logements  comme une aumône de l’Etat, sont priés de déclarer leur flamme et remercier le Président Bouteflika pour leur avoir assuré un bonheur attendu pendant de très longues années. Des images pathétiques sous l’œil d’une caméra aux ordres dignes de la Corée du Nord !

La télé nationale affirme que 40.000 logements ont  été distribués aux citoyens depuis le début de cette année. Un record ! On vide les caisses de l’Etat pour convaincre !  Je ne sais même pas quelle crédibilité donner à ces chiffres relatifs au nombre de logements distribués ces dernières années.

Pendant ce temps, on laisse les télés poubelles diffuser des reportages populistes et des rumeurs pour occuper “elghachi” que nous sommes. Et le système semble fonctionner. La distribution des rôles est assurée.


La course contre la montre va commencer donc… Personne ne sait qui va se présenter, avec quel programme et  de quels moyens il disposera  pour faire sa campagne électorale éclaire.  Aura-t-on le temps d’évoquer l’énormité des problèmes que vivent les citoyens : cherté de la vie, corruption, chômage, système bancaire, politique agricole, sanitaire, culturelle, industrielle, éducative, libertés individuelles… ? J’en doute.

Ces débats auraient dû avoir lieu au moins un an ou deux avant l’échéance annoncée. A la place, on a eu droit à des scénarios ubuesques sur le report ou non de l’élection, la reconduction ou non de Bouteflika et des déclarations folkloriques des dirigeants du FLN et d’autres partis qui ont fait la Une des médias pendant des mois !

Certaines  organisations de la société civile ont bien tenté de lancer un vrai débat sur des sujets majeurs de la société, mais disposant de peu de moyens médiatiques, ils ne sont pas ou peu entendus…


Mouloud Hamrouche aurait également tenté de faire un appel du pied à l’armée resté sans suite apparemment. Son long billet sur El-Watan relatif aux institutions de l’Etat  a été décortiqué, expliqué et analysé. Destiné à l’intelligentsia algérienne, il a peu touché les “masses populaires”.
 
Ali Benflis essaye lui aussi de se positionner  mais semble hésitant.  Ses dernières déclarations seraient  trop généralistes pour pouvoir retenir l’attention des citoyens qui aspirent à un programme concret leur permettant une amélioration de leurs conditions de vie. 

Louisa Hanoune survit encore au milieu des méandres d’une démocratie jetée en pâture au peuple  en guise de réponse à son historique révolte des années 1980 … 

Le FFS et le RCD n’ont pas fini leurs querelles intra et inter !  Du pain béni pour le régime !

Tout semble indiquer qu’on revit donc, à un ou deux  jours près, le même timing  que la présidentielle de 2014 : même calendrier, même contexte…. Rien n’a changé dans un pays figé par la volonté non pas d’un homme mais d’un clan. On se souvient de la dernière prestation du serment présentiel par Bouteflika, élu avec près de 80 % des voix, en avril 2014. Il n’a pas été jusqu’au bout de son discours. Epuisé ! 

Cinq ans après, va-t-on assister à ce triste remake ? Tout semble l’indiquer… mais alors lui faire lire ce texte sera une épreuve autrement  plus difficile à assumer. Et  pour la cérémonie d’investiture, la constitution n’a pas prévu de remplacer le Président par  un cadre qu’il soit en bois ou en laiton ! 

” بسم الله الرّحمن الرّحيم ،

وفاء للتّضحيات الكبرى، ولأرواح شهدائنا الأبرار، وقـيّم ثورة نوفمبر الخالدة، أقسم باللّه العلي العظيم، أن أحترم الدّين الإسلامي وأمجّده، وأدافع عن الدّستور، وأسهر على استمرارية الدّولة، وأعمل على توفير الشّروط اللاّزمة للسّير العادي للمؤسسات والنظّام الدّستوري، وأسعى من أجل تدعيم المسار الدّيمقراطي، وأحترم حرّية اختيار الشّعب، ومؤسسات الجمهورية وقوانينها، وأحافظ على سلامة التّراب الوطني، ووحدة الشعب والأمة، وأحمي الحرّيات والحقوق الأساسية للإنسان والمواطن، وأعمل بدون هوادة من أجل تطوّر الشعب وازدهاره، وأسعى بكل قواي في سبيل تحقيق المثل العليا للعدالة والحرّية والسّلم في العالم.

         واللّه على ما أقول شهيد ”.


Bon courage Monsieur le Président ! On nous a servi l’entrée. On attend la suite !