MAROC
16/05/2018 19h:48 CET

Présidence de la CGEM: Le binôme Mezouar-Mekouar assure le show

Aux chefs d’entreprise s’est jointe une catégorie toute particulière: les politiciens.

Salaheddine Mezouar/Twitter

ÉLECTIONS CGEM - L’endroit est le même, l’horaire sensiblement pareil (à une journée près) et l’objectif similaire: présenter la feuille de route du binôme candidat à la présidence de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM). Pourtant, l’ambiance est très différente ce mardi 15 mai à Casablanca à quelques minutes de la prise de parole du tandem Salaheddine Mezouar et Fayçal Mekouar.

Les politiciens viennent en renfort au binôme 

À commencer par l’audience. Car contrairement à leurs rivaux qui ont décliné leur programme le 14 mai devant un parterre de patrons du privé et quelques invités, le public de Mezouar-Mekouar était un peu plus nombreux, mais surtout plus hétéroclite. Aux irréductibles chefs d’entreprise, présidents et membres de fédérations et délégations internationales s’est en effet jointe une catégorie toute particulière: les politiciens.

Et aux discussions tonitruantes se sont mêlés photos prises avec les effigies des candidats sur les banderoles et propos évoquant complots électoraux et affaires publiques. Il faut dire que malgré ses précisions répétées sur la complète distinction entre son travail au parti du Rassemblement national des indépendants (RNI), qu’il promet de quitter une fois élu, et sa candidature à la tête du patronat, Salaheddine Mezouar a un peu de mal à se départir de son fan-club.

Qu’à cela ne tienne, un soutien supplémentaire n’a jamais fait de mal surtout lorsqu’il est habitué aux campagnes électorales. C’est d’ailleurs par cette expérience des urnes que Mezouar a préféré commencer une fois sur scène. “J’en ai vu d’autres, mais cette campagne est spécifique parce qu’elle concerne une élite”, précise le candidat très à l’aise face aux projecteurs et qui donnera la réplique à son colistier pour la présentation de leur feuille de route.

Une crise de confiance bien installée qui nécessite des “chocs”

Celle-ci, placée sous le slogan d’“Un élan pour tous”, a été élaborée sur la base d’un échange avec les acteurs du secteur privé pour répondre au mieux à leurs attentes. Le duo en veut pour preuve un ensemble de témoignages recueillis chez plusieurs catégories d’entrepreneurs un peu partout dans le royaume.

Le binôme en tire une première conclusion: le Maroc fait face aujourd’hui à une crise de confiance bien installée qui nécessite des “chocs” afin de faire repartir la machine dans une dynamique vertueuse qui place le secteur privé au centre de l’équation du développement. Pour cela, plusieurs actions s’imposent.

Les premières, de court terme, sont appelées à entrer en vigueur dès le prochain projet de loi de Finances (PLF 2019). Ces “Quick wins” sont surtout de nature fiscale et devraient pouvoir insuffler une nouvelle motivation aux entreprises. C’est ainsi que les deux candidats promettent de mettre en place un Fonds de garantie pour les besoins en fonds de roulement des entreprises. “La mise en place d’un tel dispositif va permettre à la PME-TPE d’accéder aux financements nécessaires pour pouvoir relancer la machine et s’oxygéner sans que cela ne soit coûteux pour l’État”, explique l’ancien argentier du royaume.

Permettre aux entreprises de licencier plus facilement

En plus de ce Fonds, le programme insiste sur l’importance de ne pas taxer l’investissement en instaurant l’exonération de la TVA sur les biens d’équipements et en engageant la réforme de la fiscalité locale ainsi que la révision du mécanisme de calcul de la taxe professionnelle. Complétées par un contrôle des exportations sauvages, la suppression du butoir et la généralisation des remboursements de la TVA, ces premières mesures devraient être suffisantes pour redonner la confiance en attendant la mise en place de réformes plus ambitieuses.

Globalement, le programme repose sur six axes déclinés en 28 chantiers qui regroupent 91 mesures, dont certaines pourraient bien créer la polémique notamment avec les interlocuteurs du patronat. C’est le cas par exemple de l’actualisation du Code de travail que souhaite apporter le binôme et qui introduirait la notion de flexisécurité. 

La CGEM partenaire des CRI 2.0

Pierre angulaire du modèle social en vigueur dans des pays comme le Danemark ou la Suède, la flexisécurité repose sur un mécanisme économique autorisant une plus grande facilité de licenciement pour les entreprises (volet flexibilité) et des indemnités longues et importantes pour les salariés licenciés (volet sécurité). Ce mécanisme permet donc aux entreprises d’embaucher des salariés plus sereinement durant les périodes où elles en ont besoin, sans avoir à considérer l’impact que cette embauche aurait si l’entreprise connaissait un déclin futur.

D’un autre côté, et afin de relancer l’investissement, Mezouar propose un co-leadership des antennes régionales de la CGEM afin de mettre en place des Centres régionaux d’investissement (CRI) 2.0. Vivement critiqués par le roi Mohammed VI, les CRI sont appelés à se transformer et les candidats offrent de participer à cette transformation.

Toujours dans la politique de régionalisation, les candidats ont relevé la nécessité de tenir des réunions périodiques et tournantes entre la présidence et les régions et d’assurer une interaction du travail avec la centrale, en vue de renforcer le poids des régions et renforcer la proximité avec les entreprises. Le programme prévoit également une concertation permanente avec les entrepreneurs et une mise en place d’indicateurs de suivi.