MAROC
16/05/2018 16h:06 CET

Présidence de la CGEM: Entretien croisé avec le binôme candidat Hakim Marrakchi-Assia Benhida

"Le temps est venu d’avoir un industriel à la tête de la CGEM."

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CGEM – À une semaine du vote qui désignera le nouveau patron des patrons, le binôme Hakim Marrakchi et Assia Benhida, respectivement candidat à la présidence et candidate à la vice-présidence de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM), ont présenté leur feuille de route et leurs arguments pour convaincre les adhérents du patronat. Mettant la PME et le renouvellement du pacte de confiance avec l’administration au cœur de leurs préoccupations, les candidats ont décliné les six axes de leur stratégie. Entretien croisé et retour avec le tandem sur leur candidature et les questions d’actualité qui agitent en ce moment le monde de l’entreprise. 

HuffPost Maroc: Votre slogan de campagne est “Libérer l’entreprise”. Qui la retient prisonnière?

Assia Benhida: Sans être prisonnière, l’entreprise est confrontée aujourd’hui à un certain nombre de freins qui sont autant de facteurs qui entravent sa croissance et son développement. Des freins au niveau administratif, au niveau réglementaire, au niveau environnemental... Des fois, ce n’est même plus la réglementation qui pose problème mais son absence qui handicape le plus les entrepreneurs. Il faut donc la libérer de tous ces freins. 

Prenons l’exemple du coût du travail. Comment voulez-vous qu’une PME puisse se développer, comment voulez-vous qu’elle puisse continuer à recruter, comment voulez-vous qu’un jeune entrepreneur ait envie de créer une entreprise alors que ce coût est aussi élevé? Nous prônons donc dans notre programme la suppression des charges sociales pour les bas salaires, ainsi que la suppression de l’imposition sur les investissements, pour donner un coup de fouet à la croissance et à la compétitivité.

 

Nous travaillerons en premier lieu à établir un pacte de confiance avec nos interlocuteurs.

Quelle est l’action la plus urgente, selon vous, à mettre en place une fois élus?

Hakim Marrakchi: Nous travaillerons en premier lieu à établir un pacte de confiance avec nos interlocuteurs. Cela fait partie des priorités car ce pacte sera le socle de notre travail. C’est d’ailleurs le premier axe de notre feuille de route: établir un pacte de confiance que ce soit avec le gouvernement, l’administration ou les partenaires sociaux pour un nouveau contrat social.

Selon les derniers chiffres du HCP, 10 millions de femmes marocaines sont exclues du marché du travail. C’est un chiffre très lourd. Quelle est votre réponse pour inclure d’avantage la femme dans l’entreprise?

Assia Benhida: C’est un point extrêmement important pour nous. Car comment prétendre avoir des femmes dirigeantes d’entreprises et des femmes chefs d’entreprise quand l’accès au marché du travail n’est pas facilité? Pire que le chiffre donné par le HCP, la part des femmes marocaines actives est en régression. Quand on parle de libérer l’entreprise, on parle également de cela. Notre approche sera abordée sous différents prismes dont celui de la participation de la femme au développement économique. Nous sommes conscients du travail important qu’il y a à faire en ce sens, c’est pour cela que cette question sera déclinée dans les différentes commissions et fédérations de la CGEM car elle concerne tout le monde. Nous avons d’ailleurs eu une rencontre avec une cinquantaine de femmes chefs d’entreprises pour développer davantage notre stratégie. 

J’ai été vice-président de la CGEM et j’ai proposé certaines inflexions qui n’ont pas convaincu le ministre en place à l’époque (Salaheddine Mezouar, ndlr)

Vous avez déjà été dans les instances dirigeantes de la CGEM et vous dites que votre feuille de route est basée sur vos expériences durant toutes ces années. Comment comptez-vous convaincre l’exécutif si vous êtes élus alors que vous n’êtes pas parvenu à le faire auparavant?

Hakim Marrakchi: Effectivement, j’ai été vice-président de la CGEM et cela fait longtemps que j’ai proposé certaines inflexions, notamment au programme d’émergence industrielle, qui n’ont pas convaincu le ministre en place à l’époque (Salaheddine Mezouar, rival dans la course à la présidence de la CGEM, ndlr). Certes le plan a permis la venue d’opérateur comme Renault dans l’industrie de l’automobile mais c’est allé trop loin, il fallait un point d’inflexion et les industriels n’ont pas été écoutés. Le temps est venu d’avoir un industriel à la tête de la CGEM, c’est important d’avoir un industriel qui connaît les pratiques de la concurrence et qui a l’habitude de travailler dans une concurrence ouverte que cela soit au Maroc ou à l’étranger qui sait quels sont les dispositifs à mettre en place pour pouvoir être efficace.

Au-delà du programme et de la feuille de route, les acteurs du privé attendent également du binôme à leur tête une réactivité exemplaire concernant des questions de l’actualité. Vous élus, quelle réponse auriez-vous donné à cette campagne de boycott qui agite le marché national?

Hakim Marrakchi: Tout d’abord, il faut se mettre d’accord sur un point: la CGEM défend les entreprises, c’est leur navire amiral. Il ne faut pas qu’il y ait de malentendu là-dessus. Effectivement, il y a des entreprises marocaines qui subissent aujourd’hui un boycott, mais si elles le subissent de cette manière c’est qu’il y a d’autres corps intermédiaires qui ne jouent pas leur rôle. Ils ont tout simplement disparu de la scène. C’est notamment le cas du Conseil de la concurrence. Si ce dernier était intervenu à temps, le mouvement n’aurait pas connu cette ampleur.

Il aurait dû présenter des éléments concrets à même de convaincre les consommateurs marocains sur la justesse ou pas des prix. Dans le cas du lait par exemple, le produit marocain est forcément plus cher que le lait à l’étranger tout simplement parce que les vaches font moins de lactation au Maroc qu’elles ne le font en Nouvelle-Zélande par exemple, c’est une évidence. Il est donc moins cher d’importer du lait que de le produire localement.

Bien sûr qu’il y a d’autres éléments à prendre en compte et qu’il y a des choses à améliorer mais il faut expliquer tout ça. C’est pour cette raison que nous avons besoin d’associations de protection de consommateur et ce n’est pas à la CGEM de jouer ce rôle. Il faut également des associations de défense de marques. Ce sont ces corps intermédiaires qu’il faudra réintroduire.

Il y avait un temps imparti à quiconque voulait se présenter comme alternative. À présent il y a deux candidats et il n’y a le choix qu’entre ces deux-là.

Invités à se prononcer sur celui qui présidera la CGEM, certains adhérents refusent l’intrusion politique apportée par la candidature de votre rival mais ne semblent pas non plus enthousiastes à la vôtre malgré l’énergie que vous déployez. Que pensez-vous de l’éventualité d’une troisième voie ?

Hakim Marrakchi: Ma foi, s’il y a des gens qui ne sont pas contents des candidatures proposées, c’est bien dommage pour eux, mais les règles de la démocratie doivent s’appliquer. Il y avait un temps imparti à quiconque voulait se présenter comme alternative, temps qui a pris fin le 13 avril. À présent il y a deux candidats et il n’y a le choix qu’entre ces deux-là. Et pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus de notre capacité à diriger la CGEM, je dis regardez tous les soutiens que nous avons pu obtenir. Enormément de gens, de toutes les entreprises, quels que ce soit leur taille et leur secteur et de toutes les régions, soutiennent notre candidature. C’est une première réponse à leurs doutes en attendant la meilleure réponse qui sera donnée dans 3 ans, lorsque nous aurons terminé le premier mandat.

Vous avez également souligné certaines pratiques que vous dites sans précédents au sein du patronat. Ce n’est pas l’avis de certains membres qui affirment que ce n’est pas la première fois que le vote peut se faire par procuration. Qu’est-ce qui vous a poussé à tirer la sonnette d’alarme cette fois-ci?

Hakim Marrakchi: Pour ce qui est de l’histoire des procurations, il faut savoir que la CGEM connait les premières élections plurales depuis 20 ans. Cela fait donc 15 ans que l’on n’a pas éprouvé nos règles en la matière. Le tweet que j’ai envoyé, et que je réécrirais aujourd’hui sans problème, a fait couler beaucoup d’encre. Mais il fallait que je dise à nos membres de faire attention, cette fois-ci leurs procurations ont un enjeu, ce n’est pas comme ce qui se passait il y a 3, 6, 9 ou 12 ans. Il y a plusieurs candidats et si vous donnez aujourd’hui une procuration, vous n’êtes plus maître de vos voix.

Cela a quand même fait réagir votre rival...

Hakim Marrakchi: J’ai lu en effet dans la presse que mon concurrent n’était pas content que j’éveille les consciences. Vous savez, les expériences de la CGEM montrent qu’il y a des choses qui manquent dans notre dispositif, surtout après l’ouverture de notre organisation à toutes les régions. Nous sommes présents dans 17 villes et notre assemblée générale élective n’a lieu qu’à Casablanca. Les gens qui sont à Séfrou, Guercif, Goulmim ou Dakhla doivent donc se déplacer pour voter ce qui représente un effort trop important alors que le but est justement d’asseoir la représentativité de la CGEM. Si je suis élu comme je l’espère, il y aura des modifications que j’apporterais dans le mode de scrutin.