MAROC
22/04/2019 16h:30 CET

Près de la moitié des migrants passés par le Maroc affirme avoir été victimes de mauvais traitements

Beaucoup dénoncent des cas de harcèlements policiers et des relocalisations forcées.

Youssef Boudlal / Reuters

MIGRANTS - Une nouvelle enquête sur les conditions de traversée des migrants vers l’Espagne dresse un portrait peu reluisant de leur passage par le Maroc. En effet, dans un rapport relayé par El Pais, et publié par l’agence scientifique espagnole CSIC (Conseil supérieur de la recherche scientifique), en collaboration avec l’UNHCR, on apprend que plus de la moitié d’entre eux a subi des violences et déclare avoir été victime de violences policières au Maroc.

L’étude, récemment dévoilée, compile des chiffres de 2017. Cette année là, parmi les migrants arrivés en Espagne, la majorité  sont originaires du Maroc (19%), d’Algérie (18%), de Guinée (14%), de Côte d’Ivoire (13%), de Gambie (10%) ou encore de Syrie (8%). 92% d’entre eux ont atteint l’Espagne par le Maroc, soit par voie maritime, pour 72% d’entre eux, ou tertiaire en passant pas les enclaves de Sebta et Melilla (28%).

La violence, question centrale

La question des violences subies par les migrants est largement évoquée par le CSIC. Ainsi “48% des personnes ayant traversé le Maroc déclarent avoir été victimes de violences dans le pays (surtout à proximité de Sebta et Melilla)”, affirme ce rapport. Les victimes présumées affirment notamment avoir été victimes de violences physiques et avoir été déplacés de force par les autorités. 

“Ces allégations font régulièrement cas de harcèlements policiers et de relocalisations forcées vers d’autres endroits au Maroc, typiquement par les autorités nationales les arrêtant à proximité de Sebta et Melilla, et les transportant dans des bus les menant dans des zones proches des frontières mauritaniennes et algériennes”, explique le CSIC.

Des faits parfois répétés. Ainsi selon le rapport, 563 des personnes interrogées ont raconté 941 incidents violents, ayant souvent eu lieu dans deux pays différents. Un quart d’entre eux ont eu lieu pendant des passages de frontières. 

Sur ces 941 incidents, 52% auraient été perpétrés par des forces de police, 23% par des anonymes ou “criminels de droit commun” et 21% par des trafiquants. 

CSIC

Des violences qui touchent en particulier les migrants originaire d’États subsahariens. Ainsi 94% des migrants originaires de Guinée Bisseau disent avoir subi des violences durant leur voyage, idem pour 80% des Camerounais, 77% des Guinéens et 59% des Sénégalais. 63% des migrants yéminites disent avoir également subi des violences sur la route les menant vers l’Espagne. 

CSIC
Villes marocaines et algériennes où des cas de violences ont été reportés par les migrants.
 

Parmi les violences subies, sont cités des violences physiques (39%), mentales (33%), discriminatoires (20%), des coups de feu ou des menaces de tirs (19%), des kidnappings (16%), ou encore des violences sexuelles (3%, parmi lesquels 10% de femmes).

Des violences également fréquentes dans la région de Tamanrasset, dans le sud de l’Algérie, où des cas mêlant kidnapping, travaux forcés, violences physiques ou encore tirs, ont été dénoncé par des migrants.

Hommes, jeunes et célibataires

Parmi les raisons invoquées par les migrants marocains, la migration économique est en tête des raisons de leur départ vers l’Espagne (50%), suivi par la peur de discrimination dû à leur sexualité (25%).

Des migrants dont le profil majoritaire semble être des hommes célibataires, âgés de moins de 30 ans. En effet selon le rapport, on retrouve parmi les migrants interrogés 79% d’hommes et 7% de femmes et 14% de mineurs. 70% sont célibataires et 87% âgés de moins de 30 ans.

L’enquête affirme avoir effectué “l’un des plus grands exercices de collecte de données mené par une organisation humanitaire en Espagne”. Entre octobre et décembre 2017, 1002 interviews ont été réalisées dans plusieurs installations d’accueil humanitaires  se trouvant en Espagne et dans les enclaves de Sebta et Melilla.

“Les résultats de cet exercice soulignent la nécessité de mener des recherches axées sur des nationalités, des types d’installations et des lieux d’arrivée spécifiques. Ce rapport et l’ensemble de données sous-jacentes contribuent à renforcer la base de données probantes pouvant guider les programmes et les politiques des gouvernements, du HCR et d’autres organisations humanitaires”, conclut le CSIC.

Un rapport qui intervient alors qu’un texte de l’OIM, paru au début du mois d’avril, affirme que presque la moitié des migrants ayant fait la traversé jusqu’en Espagne, “ont indiqué avoir connu au moins une expérience directe en lien avec la traite, l’exploitation ou la maltraitance en voyageant le long de l’itinéraire de la Méditerranée occidentale”, indique l’OIM.

“Les résultats de cette étude montrent une proportion inquiétante de cas d’exploitation et de maltraitance de migrants et de réfugiés en chemin. La diversité des motivations et expériences est frappante et nous ne nous rendons pas toujours compte du niveau de vulnérabilité en jeu”, a souligné Maria Jesus Herrera, chef de mission de l’OIM en Espagne.