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24/01/2019 12h:58 CET | Actualisé 24/01/2019 12h:58 CET

Pourquoi y a-t-il encore des charrettes d’ânes et de mulets à Marrakech?

"Une image pas seulement pittoresque pour le touriste qui, quand ils les voient, prend le temps de les prendre en photo en souriant".

David Deveson via Getty Images

L’existence des charrettes d’ânes persiste en ville, notamment dans l’ancienne médina de Marrakech. Pourquoi? L’un des arguments avancés pour l’expliquer est qu’ils peuvent transporter de la marchandise, du ciment, du blé, etc, tout en déambulant facilement dans les ruelles exiguës de l’ancienne médina. Or il existe des triporteurs qui peuvent s’acquitter de la même tâche, tout en laissant ces pauvres animaux (dont certains sont d’ailleurs maltraités en ville) vivre dans leur environnement naturel, à la campagne. Pourquoi dans ce cas garde-t-on toujours ces charrettes en milieux urbains?

D’autres avanceront le prétexte écologique, faisant valoir que ces charrettes ne polluent pas autant qu’un triporteur. Pourquoi dans ce cas ne pas adopter des engins électriques? La mise financière est certes plus conséquente, mais il est capital que toutes les bonnes volontés, publiques comme privées, s’investissent ensemble pour protéger l’environnement.

D’autres encore agiteront l’argument économique, soulignant que nous sommes tout simplement un pays du tiers monde, et que ces propriétaires de charrettes, dont c’est le seul gagne-pain, viennent de la campagne et sont pauvres. On ne pourra pas le contester, tout comme on ne pourra pas nier qu’il s’agit aussi de l’image de la ville. Une image pas seulement pittoresque pour le touriste qui, quand ils les voient, prend le temps de les prendre en photo en souriant. Mais une image avilissante aussi pour nous, habitants de la ville!

Il y a ainsi des vendeurs de légumes et de fruits qui se pressent devant presque chaque mosquée, encombrant le passage avec leurs charrettes de mulets, qui n’existaient pas il y a encore quelques années, alors qu’il y a pourtant un petit souk dans presque chaque quartier. Il existe même, hormis les grandes surfaces, de grands souks sophistiqués, couverts et bien organisés. Le pire est que ces vendeurs ambulants abandonnent devant la mosquée et les maisons des déchets, autour desquels sévissent les mauvaises odeurs et de plus en plus de mouches.

Voici un bref aperçu de la situation au quotidien: un âne ou un mulet qui braie devant la mosquée et des vendeurs qui vocifèrent: tomates, pommes de terre, carottes… précisément après la sortie des fidèles à la fin de la prière. Et quand un voisin leur rappelle qu’ils doivent parler un peu moins fort, le vendeur hurle de plus belle. Éclatent alors des disputes entre riverains et vendeurs sous prétexte que ces derniers doivent travailler et qu’on doit les laisser faire. Parfois, il arrive aussi que les conflits naissent entre vendeurs eux-mêmes. On est pourtant censés se reposer en rentrant à la maison et non trouver un souk à l’improviste devant chez soi…

Alors oui, il y a des chômeurs à la campagne, comme en ville d’ailleurs. Un phénomène qui n’est pas nouveau et qui s’est aggravé depuis la crise économique, la cherté de la vie, etc. Et oui, les gens ont besoin de travailler et de gagner leur vie avec dignité, quitte à faire du commerce informel, n’importe où et n’importe comment. Mais organiser l’ensemble du secteur informel, notamment en intégrant d’une manière adéquate les chômeurs ruraux dans le monde urbain, est une solution. Tout comme l’est la nécessité de faire disparaître définitivement les charrettes d’ânes et de mulets de la ville, car c’est une honte. Aider ces personnes à devenir des auto-entrepreneurs et leur accorder des facilités à tous les niveaux pour y parvenir est primordial. Les exemples de réussite dans ce sens ne manquent pas. 

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