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17/08/2018 11h:15 CET | Actualisé 17/08/2018 11h:27 CET

Pourquoi voyager ne vous rend pas plus heureux

"Toutes ces photos semblent avoir le même message à faire passer: je voyage donc je suis ouvert d’esprit. Je suis cool. Je profite de la vie."

Carsten Schanter / EyeEm via Getty Images
Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.Marcel Proust

VOYAGE - La passion pour le voyage ne date pas d’hier. Pourtant, en parcourant les fils d’actualité sur les différents réseaux sociaux, on a presque l’impression qu’il s’agit d’une récente découverte. 

De plus en plus de Marocains, hommes et femmes, semblent partager un enthousiasme dévorant pour le voyage. De Facebook à Instagram, en passant par Snapchat et même WhatsApp, tous les profils et stories mettent fièrement en vedette des photos de paysages exotiques, cadres urbains, monuments historiques, attractions célèbres et j’en passe. Tous ces pixels semblent avoir le même message à faire passer: je voyage donc je suis ouvert d’esprit. Je suis cool. Je profite de la vie.

Je voyage donc je suis libre

À vrai dire, je me réjouis à l’idée de voir de plus en plus de Marocains, plus particulièrement les femmes, voyager.   

Le voyage nous permet de fuir la routine de notre quotidien et découvrir de nouvelles cultures et modes de vies, ce qui peut être une grande source d’inspiration. En voyageant, nous sortons des sentiers battus, nous quittons notre cocon et nous apprenons à mieux nous connaître… mais si, et seulement si, nous arrivons à saisir l’occasion qui s’offre à nous. 

En vérité, il serait naïf de croire que le simple fait de réserver dans un hôtel – ou une auberge -, acheter un billet d’avion, faire sa valise à la japonaise et se démener pour demander son chemin dans une langue étrangère ferait de nous une personne plus ouverte, ou plus intuitive.

Il faut arrêter de prétendre  que le voyage nous rend plus heureux

La majorité des voyageurs éprouvent un certain émerveillement, une sorte de montée d’adrénaline, lors de leurs voyages. En réalité, de par sa source, cette joie ressentie la veille du départ, au moment du décollage de l’avion ou à l’arrivée à destination n’est guère différente de celle ressentie à l’achat d’un nouveau produit. La seule différence est que la première résulte d’une expérience vécue et la seconde d’un bien acquis.

Pensez-y: à l’époque de nos parents, ou celle de l’explosion du consumérisme, on a grandi en voyant que les gens acquéraient de plus en plus de “choses” sans que cela ne les rende plus heureux. Notre génération a donc décidé d’acquérir de l’expérience – activités à sensations fortes, épreuves insolites et, bien sûr, voyages. Mais voyager davantage ne veut pas dire que notre génération n’est pas aussi consumériste que celle qui la précède. Cela veut seulement dire qu’elle consomme différemment.

La quête de “l’expérience” est devenue une sorte de consumérisme moderne dans lequel on se complaît sans s’en rendre compte. Et le consumérisme, quelle qu’en soit la forme, n’apporte rien, ne donne pas de sens.

En vérité, le sens, c’est à nous de le créer. Aucune expérience vécue ne peut nous en apporter si nous en manquons nous-mêmes.

On cherche souvent le bonheur à l’autre bout du monde, pour finalement le retrouver sur le seuil de notre porte quand on revient chez soi.Anonyme

Maintenant, la manière de s’extirper de ce piège n’est pas en dissuadant les gens de voyager. En soi, le voyage peut faire de nous de meilleures personnes, pourvu qu’on sache s’y prendre. Le secret, c’est de le faire pleinement et en conscience réfléchie. 

Soyons plus présents lors de nos voyages

Très souvent, on a tendance à être quelque part sans vraiment l’être, comme si notre corps y était mais que notre esprit était ailleurs. Pas étonnant, avec le nombre inquiétant de distractions dont on dispose actuellement. 

Vous avez sûrement déjà vécu l’expérience suivante: 

Vous êtes en voyage, dans une ville différente, peut-être même un pays différent. Vous marchez dans la rue, en quête d’endroits intéressants à visiter. Tout est beau et différent. Vous savez que vous êtes là, quelque part dans votre esprit. Vous vous arrêtez devant un endroit connu, un must visit. Vous n’arrivez pas à croire que vous y êtes, vous êtes content. Vous faites la visite et sortez votre smartphone. Parce que oui, il faut bien prendre ça en photo. Vous prenez une dizaine de selfies dans le même endroit sous différents angles, en vérifiant à chaque fois si la photo est bonne. Vous êtes plutôt satisfait de la dernière. Vous pensez déjà au filtre que vous allez ajouter, à la légende pour l’accompagner, à la réaction de vos amis et connaissances quand ils la verront sur leur fil d’actualité… Une multitude de pensées traversent votre esprit l’une après l’autre alors que vous vous tenez là, dans cet endroit nouveau. Vous y êtes, sans vraiment y être. Et vous ne vous en rendez même pas compte. 

Vous êtes totalement déconnecté de votre expérience actuelle. Vous êtes en pilote automatique. 

STOP

Une méthode simple et assez connue pour être plus présent est la pratique STOP. Elle consiste à :

- Stop – arrêter ce qu’on fait

- Take a breath – respirer

- Observe – observer ce qui se passe

- Proceed – poursuivre ses activités.

Aussi simple qu’elle puisse paraître, cette pratique permet d’éviter ces “pannes” de conscience, en plaçant notre attention sur nos sensations et notre environnement.

En créant plus d’engagement avec le moment présent lors de nos voyages, on prend le temps de s’attarder sur ce qui nous entoure et on est plus ancré dans le “ici et maintenant”. 

Parfois, quand je me remémore certains voyages que j’ai eus en étant petite avec ma famille, je suis éblouie par la clarté de mes souvenirs. J’arrive non seulement à revoir ces moments comme une vidéo en ultra haute définition, mais j’arrive aussi à me rappeler des sensations du vent sur ma peau, du sable chaud sous mon corps et de l’odeur rafraîchissante de la mer... et cela sans avoir pris la moindre photo. Rétrospectivement, je me rends compte que c’est parce que j’étais véritablement présente. Tout ce qui comptait pour moi, c’était le “ici et maintenant”.

La prochaine fois que vous voyagez, ne prenez pas de photos

Je lance ce challenge, d’abord à moi-même. Cela peut paraître dur à réaliser, voire impossible pour certains, mais j’aimerais tenter l’expérience au moins une fois d’être pleinement présente, de me focaliser plus sur ce qui m’entoure et les sensations que je peux ressentir, et de laisser ma mémoire faire son travail.

N’hésitez pas à vous joindre à moi, mais seulement si vous y trouvez du sens.

Cet article a initialement été publié sur la plateforme BeyondKalimat.ma.