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28/05/2019 12h:11 CET | Actualisé 28/05/2019 12h:11 CET

Pourquoi vivons-nous, politiquement, dans le passé?

Que ce soit vis-à-vis de Bourguiba ou vis-à-vis de Ben Ali, on retrouve un attachement à ce passé qui n’est pas total, mais qui reste influent.

JOEL ROBINE via Getty Images

Ces dernières semaines, un débat règne dans l’opinion autour de l’Instance Vérité & Dignité présidée par Sihem Ben Sédrine. Un débat dominé par les Bourguibistes et les nostalgiques. Il faut se poser une question: La justice transitionnelle a-t-elle eu la place qu’elle était censé avoir?

Qu’est que la transition ?

Le terme de transition est d’ores et déjà une erreur. Il nous faut une mémoire collective et ancrée de ce qui nous a précédé afin que les futures générations ne soient pas tentées par les retours en arrière simplistes.  

Concevons une chose. Le bourguibisme est une idée progressiste, de droits sociaux et d’avancées sociétales. Les crimes de la dictature de Bourguiba sont factuels et historiquement prouvés à de nombreuses reprises. Or, leurs diffusions reste difficile à admettre car d’un coté nous avons la moitié des politiciens Tunisiens qui se revendiquent “héritiers” de Bourguiba et de l’autre nous avons mythifié et glorifié “le héros Bourguiba” en oubliant ses dérives.

Ainsi, le devoir de mémoire est toujours une étape difficile pour la société Tunisienne. Que ce soit vis-à-vis de Bourguiba ou vis-à-vis de Ben Ali, on retrouve un attachement à ce passé qui n’est pas total, mais qui reste influent. Cela se traduit souvent avec un discours qui revient à glorifier certains aspects des dictatures passées. Pour Bourguiba, c’est le progrès social. Pour Ben Ali, c’est la sécurité économique.

Pourquoi le futur, qu’il soit proche ou lointain, n’arrive pas à dépasser le passé? Pourquoi l’espoir d’un avenir meilleur à moins de succès que la nostalgie?

Des espoirs puis désespoir

La politique politicienne nous vend depuis 2011 un fatalisme économique plus sévère dans le discours que dans la réalité. C’est le discours de la peur.

La réalité est que nous avons un potentiel économique certain par le biais de nos énergies renouvelables mais aussi de la révolution numérique qui ouvre la voie à un secteur économique nouveau. Mais les politiciens Tunisiens, formés au libéralisme sauvage et à la mondialisation sauvage ne sont pas au niveau des enjeux actuels. Et pourtant le potentiel est présent!  

Le secteur de l’informatique et de l’ingénierie numérique est extrêmement dynamique chez les Tunisiens. De par la culture débrouillarde du Tunisien sous Ben Ali, à coup de proxys et de piratage pour accéder à l’entièreté des ressources censurées, nous avons une jeunesse qui a beaucoup d’avance sur d’autres. Il n’y a qu’à comparer les TRE du monde étudiant européen et les étudiants locaux. 

Mais évidemment, il faut que l’Etat joue le rôle de diversification des secteurs d’études post-Bac afin de réellement transmettre l’idée que c’est un secteur de professionnalisation et par dessus tout extrêmement varié. De la programmation au graphisme en passant par le community management, c’est tout un monde professionnel dynamique où l’Etat doit investir.

S’agissant de l’écologie et des énergies renouvelables, si les politiciens avaient le courage d’expliquer tout le potentiel solaire tunisien et la multitude de projets publics que ça peut engendrer, nous en serions pas là.  

Néanmoins, il est beaucoup plus facile de gagner par la peur. Alors nous votons toujours dans l’urgence, dans l’immédiat. Nous avons acquis le réflexe de voter pour qu’il y ai juste une petite amélioration du cours du dinar ou une baisse momentanée des prix. Sans vision à long terme.  

Et évidement, cette temporalité du vote engendre toujours de la déception au bout du mandat et enclenche la pensée nostalgique.

Alzheimer collectif

Les risques de cette pratique? Et bien, petit à petit, le délaissement, le désintérêt et puis l’abstention qui favorisera les extrêmes.

Jamais, nous pourrions nous doter d’une vision d’avenir si d’abord nous ne faisons pas le deuil du passé. Le passé n’est pas un idéal. Elevons nos ambitions car le bourguibisme ne suffit pas!

Mais pour faire ce deuil, il faut renouveler cette classe politique, qui de par ces pratiques évoquées précédemment déçoit mais de par sa composition, a toujours intérêt, à préserver la mythification du passé car c’est de là qu’ils sont issus.  

C’est cette identité destourienne qui ravage le centre “progressiste”, qui nous empêche de demander plus de la classe politique. 

Non, la jeunesse Tunisienne ne veut pas d’un “c’est mieux que rien”, elle veut atteindre le maximum de son potentiel.  

À vous de nous inspirer. Ou peut être qu’on écrira les prochaines pages sans vous, s’armant uniquement de notre volonté et de notre émancipation du temps d’avant, qui ne semble pas vous atteindre.

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