TUNISIE
01/11/2018 10h:21 CET

Pourquoi ne "fumer qu'en soirée" pour arrêter est une fausse bonne idée

L'addiction à la nicotine perdure, l'addiction sociale se développe.

Rattankun Thongbun via Getty Images

SANTÉ - Vous avez certainement dans votre entourage cet ami qui “ne fume qu’en soirée”. Accro à la cigarette, lui? Jamais! Capable de s’enfiler dix clopes en quelques heures avec une bière à la main, il peut aussi ne pas en toucher une pendant les trois semaines qui vont suivre.

Cet attachement à la cigarette “festive” est aussi, pour certains gros fumeurs, une stratégie pour commencer à arrêter: avant de supprimer totalement le tabac de leur vie, ils commencent par réduire à certaines occasions. Mais est-ce une bonne idée? Le HuffPost a posé la question à deux experts.

Pas de différence entre fumeurs occasionnel et régulier

“Dans tous les cas, un fumeur occasionnel encourt plus de risques cardiovasculaires qu’un non-fumeur. Il n’existe pas de différence entre un fumeurs régulier et occasionnel”, affirme d’emblée Jean-Philippe Santoni, pneumologue et pathologiste bénévole à la Fondation du souffle. Il n’existe pas de seuil en-dessous duquel le tabac n’est pas nocif pour la santé.

Comme le souligne également Loïc Josseran, président de l’Alliance contre le tabac et professeur de santé publique à l’Université de Versailles Saint-Quentin, “dans tous les cas, un fumeur ingère des produits qui ne sont pas bons pour la santé. Il subit les mêmes effets vasculaires que les fumeurs réguliers”.

 

Tous deux insistent par ailleurs sur le possible effet addictif d’une telle pratique: ne fumer qu’en soirée, c’est prendre le risque de mettre en place une consommation de plus en plus fréquente, jusqu’à ce qu’elle devienne quotidienne. C’est déjà une forme d’addiction.

Addiction sociale

Quant à ceux qui envisagent d’arrêter complètement mais préfèrent commencer par limiter leur consommation à un cadre festif, c’est aussi une fausse bonne idée selon Loïc Josseran. “C’est loin d’être la solution idéale. Le problème, c’est que ces personnes entretiennent une addiction”, affirme-t-il. Quand on est fumeur, les récepteurs à la nicotine sont en éveil. Tout l’enjeu de l’arrêt de la cigarette est de les endormir (ils ne disparaissent jamais). Quand on fume, même occasionnellement, alors qu’on a été un fumeur régulier, on fait prospérer ces capteurs, on les empêche de s’endormir.

Par ailleurs, c’est tout le côté festif de la cigarette qui est entretenu. Et comme le souligne Jean-Philippe Santoni, “on développe ainsi une addiction sociale. À chaque fois qu’on se retrouve en groupe, on a envie de fumer et l’addiction se renforce au fil du temps, c’est un cercle vicieux”. Mais le spécialiste tempère: il s’agit déjà selon lui d’une première prise de conscience.

Cocktail explosif

C’est sans compter l’effet conjugué du tabac et de l’alcool en soirée. Associés, les deux forment un cocktail redoutable pour la santé. “Les cellules deviennent plus perméables, absorbent plus de composés et deviennent potentiellement plus cancéreuses”, alerte Loïc Josseran. Les risques de développer un cancer des voies aérodigestives supérieures (bouche, pharynx, larynx...) augmentent. Mieux vaut donc, autant que faire se peut, éviter cette combinaison.

Évidemment, tout ceci est plus facile à dire qu’à faire. Mais avec le mois sans tabac qui commence et les températures hivernales qui vont drastiquement réduire le temps passé en terrasse, verre dans une main et cigarette dans l’autre, c’est peut-être le moment de se lancer.

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