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27/05/2015 11h:48 CET | Actualisé 27/05/2016 06h:12 CET

Pourquoi les sujets d'Histoire ne sont plus mobilisateurs?

Décidément, le chef de l'État -pour peu que ce soit lui qui écrive les messages- ne rate aucune occasion historique pour s'adresser aux Algériens. La commémoration de la grève des étudiants, en mai 1956, ne déroge pas à la règle. Toutefois, bien que la forme ne soit pas critiquable, le fond, en revanche, pose problème. Car, si l'école algérienne ne joue plus son rôle, la faute incombe à ceux qui l'ont gérée.

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Décidément, le chef de l'État -pour peu que ce soit lui qui écrive les messages- ne rate aucune occasion historique pour s'adresser aux Algériens. La commémoration de la grève des étudiants, en mai 1956, ne déroge pas à la règle. Toutefois, bien que la forme ne soit pas critiquable, le fond, en revanche, pose problème. Car, si l'école algérienne ne joue plus son rôle, la faute incombe à ceux qui l'ont gérée. Et en sa qualité de chef de premier plan -ministre de 1962 à 1979 et chef de l'État depuis 1999-, A. Bouteflika est responsable de cet état de délabrement de l'école.

Du coup, la question qui se pose naturellement est la suivante: pourquoi les étudiants ne jouent pas le même rôle que leurs aînés? Faut-il rappeler qu'à l'indépendance du pays, le régime a instauré un système où le citoyen, de façon générale, est contraint au silence. Les rares personnes tolérées à s'exprimer sont celles qui affolent les applaudimètres. Alors que le combat libérateur a nécessité la mobilisation de toutes les catégories du peuple algérien, le régime, issu du coup d'État de l'été 1962, ne pense qu'à glorifier les membres de son groupe.

Selon Benjamin Stora, pendant tout le règne du parti unique, toute référence à ceux qui ont écrit la page glorieuse de notre Histoire est censurée. "Le 5 juillet 1985, un numéro spécial d'Algérie Actualité a consacré à l'Organisation Spéciale (OS) est saisi dans les kiosques. Plusieurs milliers d'exemplaires sont détruits. Le fait de citer Hocine Aït Ahmed, Ahmed Ben Bella, Mohammed Boudiaf (responsable de l'OS) dans les articles explique l'interdiction", écrit-il dans La gangrène et l'oubli. Ainsi, en amputant l'Histoire de sa partie saine en faveur du clan régnant, le régime prive les Algériens de la connaissance de leur histoire.

Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'école subit ces répercussions. Il faut que l'on quitte les bancs de l'école pour qu'on puisse découvrir la richesse de notre Histoire. Contrairement au régime, bien que l'on puisse être critique sur un tel ou un tel épisode de notre histoire, celle-ci est acceptée dans sa globalité. Or, dans le message présidentiel, on fait comme si l'école n'a pas été instrumentalisée. "L'État algérien accorde depuis l'indépendance un intérêt capital à l'éducation et à l'enseignement supérieur en misant notamment sur les domaines des sciences exactes...," tente-t-il de convaincre les crédules?

Mais, si tel est le cas, un recensement sur les enfants de la nomenklatura, scolarisés dans l'école publique, devra être significatif. Hélas, s'il y a des Algériens qui ne croient pas à l'école qu'ils ont eux-mêmes façonnée, c'est bien notre classe dirigeante. Quant aux programmes enseignés, ils sont tout bonnement antinomiques avec la réalité.

L'absence des personnalités qui ont animé le mouvement national avant 1954 et de ceux qui n'ont pas soutenu le groupe vainqueur de la crise de l'été 1962 corroborent, si besoin se fait sentir, la thèse de l'exploitation de l'Histoire à des fins politiques.

Dans ces conditions, comment peut-on demander à la jeunesse d'assumer ce lourd héritage, si rien n'est fait pour que la transmission de l'histoire se fasse de façon objective? De la même manière, comment peut-on valoriser le récit historique, si ses concepteurs sont exclus de ce récit? Ce sont là autant de questions auxquelles le régime actuel n'est pas prêt de répondre.

En guise de conclusion, il va de soi que la désaffection de la jeunesse est due à la politique d'idéologisation de l'école. Or, pour reprendre l'expression de Hocine Aït Ahmed, le pays vaut ce que vaut son école. Par conséquent, pour que la flamme du passé glorieux soit entretenue, il faudrait que le régime assume son échec et, par ricochet, abandonne la stratégie qui a prévalu jusque-là.

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