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29/10/2018 08h:31 CET | Actualisé 29/10/2018 08h:33 CET

Pourquoi les extrêmes sont partout?

Dans un système-monde aussi interdépendant que le nôtre, la montée des extrêmes dans un seul pays peut avoir des conséquences sur tous les autres

Reuters

Au Brésil, le nouveau président Jair Bolsonaro est ouvertement raciste, homophobe, misogyne et pro-militaire. Le risque d’une énième dictature au Brésil nous éveille sur le constat mondial politique depuis les 10 dernières années: Les extrêmes explosent les records de votes à chaque élection, et peu à peu, se normalisent dans le paysage politique. Matteo Renzi (Italie) et Viktor Orban (Hongrie) et leurs politiques anti-migratoire, Donald Trump a la tête de la première puissance mondiale et maintenant Bolsonaro (Bresil)...Comment les combattre? En renouvelant les autres partis.

L’extrémisme politique, une responsabilité des partis classiques

Si les partis “classiques” n’hésitent jamais à brandir la peur de l’extrême comme argument de vote, ils ne réalisent pas non plus la nature du vote qu’ils engagent. Le vote utile, est un vote par dépit. Le vote par dépit peut, à répétition, provoquer une abstention et/ou un passage à l’extrême.

L’offre politique n’est plus adéquate à la demande dans nombreuses démocraties représentatives d’où une explosion de l’abstention.

Une des solutions pourrait être de donner une importance politique au vote blanc: en cas de majorité de votes blancs, réorganisation des élections avec de nouveaux candidats.

Une perspective très difficile à réaliser, car cela supprimerait le capital politique de la lutte contre l’extrême: “Votez pour moi, sinon l’abstention augmente les chances de l’extrême”.

Ainsi, c’est pour cela qu’on doit attribuer la responsabilité des extrêmes, non pas aux gens qui votent pour eux, mais aux candidats qui n’arrivent pas à les combattre.

Centraliser le débat: Le programme, plutôt que la peur

Le fait est, que s’il y a une montée de l’extrémisme politique, c’est car il n’est plus considéré comme effrayant par l’opinion, conséquence d’une lassitude des politiques d’austérité habituelles. S’il n’est plus effrayant, radoter le même drapeau qu’il y a 10 ans ne changera rien pour ses électeurs. Ils veulent une rupture avec l’habituel, et pensent que l’extrême, de par son traitement politico-médiatique, est un changement.

Pourquoi donc ne pas l’attaquer sur le fond?

La forme l’alimente et lui permet d’accroître sa légitimité en tant que “politique différente”, alors que le fond reste sa faiblesse.

Les extrêmes doivent être traités dans les débats sur les sujets de fonds, confrontés sur leurs programmes avec un chiffrage, une expertise qui n’a même pas besoin d’être partisane.

Les extrêmes doivent prendre la route politique classique, si on veut qu’ils se fassent contrôler au péage. Amenons leurs des universitaires, des politistes, des économistes qui exposeront les faiblesses de leurs programmes.

Un double intérêt pour la Tunisie

Pour la Tunisie, il existe un double intérêt à combattre les extrêmes. Étant donné les politiques d’austérité appliquées par le gouvernement Chahed et l’alliance BCE-Ennahdha, on peut s’attendre à un revers de médaille: une démagogie extrémiste qui trouvera son public si on la laisse pousser. Sous quelle forme, néanmoins va-t-elle apparaître?

Un nouveau virage à droite pour Ennahdha (ou bien continuera-t-il sa centralisation à droite jusqu’à devenir le calque du PCD Français)?

Peut-être, même un parti plus traditionaliste, rassemblant les “Tahriristes” et les adeptes du conservatisme oriental .

Le risque est réel, et mieux vaut prévenir que guérir. Aux modérés Tunisiens de s’organiser pour combattre les extrêmes, et de ne pas les alimenter avec une culture du vote utile.

L’autre intérêt pour la Tunisie est économique: l’extrémisme est un isolationnisme.

Sous couvert de nationalisme, les extrêmes veulent nous replier sur nous-mêmes. La Tunisie qui manque cruellement d’investissements et dont la ressource première est l’agriculture pourrait subir les foudres d’une montée des extrêmes en Europe: les exportations pourraient être taxées afin de favoriser le national, une baisse des IDE, etc.

Dans un système-monde aussi interdépendant que le nôtre, la montée des extrêmes dans un seul pays peut avoir des conséquences sur tous les autres (Donald Trump et des accords de Paris). Reste à définir ce qui est extrême et ce qui ne l’est pas, et c’est bien ce vide qu’ils vont exploiter.

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