TUNISIE
09/08/2018 19h:26 CET

Pourquoi les ados sont particulièrement vulnérables au harcèlement par des Youtubeurs

Ces vidéastes répondent parfaitement au besoin d'être reconnu.

PSYCHOLOGIE - Elles ont 14, 15, 16 ou 17 ans et ont vécu des histoires de harcèlement en ligne similaires. Alerté par un message du Youtubeur Squeezie, Le Parisien a dévoilé mercredi 8 août des témoignages d’adolescentes harcelées par des Youtubeurs.

Ces jeunes femmes accusent plusieurs stars du réseau social, parmi lesquelles Wass Freestyle ou Anthox Colaboy, de leur avoir fait des propositions douteuses, envoyé des messages insistants, invité à venir à leur domicile pour l’un d’entre eux.

Si les récits varient sensiblement, l’un des points communs est l’âge des utilisatrices de Youtube, toutes mineures.

Sont-elles particulièrement vulnérables, parce que si jeunes?

Relation de proximité

“Vulnérabilité” est en tout cas l’expression employée par Squeezie dans son tweet qui a mis le feu aux poudres lundi 6 août.

Si ces victimes sont des “proies” faciles, c’est en partie parce que les adolescents, du fait de leur jeune âge, sont particulièrement sensibles à la relation de proximité instaurée par les Youtubeurs.

C’est ce qu’explique le journaliste Vincent Manilève, auteur de “Youtube, derrière les écrans”. Contacté par Ouest-France, il souligne qu’une relation singulière est créée entre les Youtubeurs et leur public, très jeune. “En tournant leur vidéo dans leur chambre (ou un lieu se présentant comme tel), sur des sujets du quotidien, les Youtubeurs créent un lien de proximité presque intime avec leurs abonnés”, explique-t-il. “C’est une relation spéciale, qui donne l’impression de connaître personnellement celui qui parle, que c’est un ami, alors que ce n’est pas le cas. Youtube établit en fait une fausse relation horizontale, où les abonnés peuvent avoir l’impression d’être au même niveau que le Youtubeur.”

Il poursuit en mettant en avant un véritable “culte de l’attention”. “Cela crée une relation étrange, où les abonnés, particulièrement quand ils sont jeunes, peuvent faire passer cette attention avant toute chose, quitte à se voiler la face sur les attentes de leur interlocuteur”, ajoute-t-il.

Quête d’existence

Pour la psychiatre Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie, ce lien très fort qui s’installe entre les Youtubeurs et leurs abonnés donne aux plus jeunes le sentiment qu’ils ont de la valeur. “Les adolescents ont besoin d’être reconnus comme des personnes qui comptent, ils sont en quête d’existence”, souligne-t-elle auprès du HuffPost. “Or, d’un seul coup, ils existent pour ces gens qui ont du succès, ils se disent qu’ils valent quelque chose. Sauf que c’est une illusion totale”, poursuit-elle.

Leur valeur prend d’autant plus d’importance que ces Youtubeurs sont extrêmement populaires, de vraies “rock stars”, explique Vincent Manilève.

Si à cette quête d’existence s’ajoutent un certain mal-être, voire un vécu de violences et une méconnaissance par l’entourage de ces problématiques, les adolescents sont encore plus vulnérables. “Face à une personne qui a besoin qu’on lui donne de l’intérêt, il est facile de mettre en place une stratégie, de la manipulation. C’est souvent même de la prédation. Il suffit de faire semblant de s’intéresser”, regrette la psychiatre, qui insiste sur l’importance de protéger les mineurs.

C’est pourquoi, selon elle, il est primordial quand on est parent de détecter la mise en place d’un système d’addiction à un réseau social. “Si l’adolescent change de comportement, sa manière de parler ou d’être, si l’on ressent une certaine emprise, il faut parler, poser des questions, repérer d’éventuels symptômes de dépression ou des signes de violence.” Pour cela, encore faut-il que l’adolescent accepte de se livrer à ses parents sur ses vidéos préférées.

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