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06/11/2014 11h:00 CET | Actualisé 06/01/2015 06h:12 CET

Pourquoi l'Algérie n'a pas connu une "seconde révolution"

Il y a quelques jours, l'Algérie célébrait le 60e anniversaire de sa révolution. Cette dernière allait conduire le pays à gagner dans la douleur son indépendance après huit années d'une guerre terrible. Ciment de l'unité de la nation algérienne, la Révolution de Novembre a donc permis de mettre fin à un système colonial en parfaite contradiction avec les valeurs fondamentales de la République française alors force occupante pendant 132 ans.

Il y a quelques jours, l'Algérie célébrait le 60e anniversaire de sa révolution. Cette dernière allait conduire le pays à gagner dans la douleur son indépendance après huit années d'une guerre terrible. Ciment de l'unité de la nation algérienne, la Révolution de Novembre a donc permis de mettre fin à un système colonial en parfaite contradiction avec les valeurs fondamentales de la République française alors force occupante pendant 132 ans.

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La révolution a donc en Algérie une signification singulière, les vicissitudes de l'histoire la doublant d'une symbolique particulière. Alors que certains pays arabes redécouvrent l'aventure révolutionnaire et son lot de violences, certains, philosophes, politiques ou encore simples citoyens assurent que la désormais célèbre "Thawra" (ثورة) est la seule et unique voie à suivre pour faire tomber les régimes autoritaires et corrompus.

Si l'on peut partager un constat commun mettant en évidence que de nombreux pays du monde arabe souffrent encore du monolithisme de leur régime, l'option révolutionnaire semble brutalement provoquer bien des réticences autant chez les politiques que les citoyens de cette région. Et pour cause, seule la Tunisie, considérée comme le berceau des "révolutions arabes" semble, malgré les grandes difficultés qu'elle traverse sur les plans économique et sécuritaire, entamer un long processus de transition vers un régime démocratique. La prochaine élection présidentielle constituera par ailleurs, si elle se déroule dans de bonnes conditions, un signe fort de l'achèvement de cette transition politique.

Exemple tunisien

Mais l'exemple tunisien ne peut cacher les contre-exemples égyptien et libyen. Dans chacun de ces pays, l'État post-­révolutionnaire, dont la légitimité reste au demeurant très discutable, ne parvient pas à donner de sérieux gages pour engager une transition démocratique. Le contexte sécuritaire dégradé annihilant toute initiative populaire, retarde fortement ce processus. La problématique sécuritaire est venue comme supplanter celle de la démocratisation de ces régimes, reléguée de facto au second plan.

Mais pourquoi alors une "seconde révolution" n'a-t-elle pas eu lieu en Algérie? Certains experts ou journalistes tendent à concevoir le monde arabe comme un bloc homogène où chaque pays serait identique. Cette conception erronée a donné naissance à cette fameuse théorie des dominos lors des révolutions arabes. La révolution tunisienne devait, selon cette théorie, s'étendre à l'ensemble des pays de la région et ainsi mettre fin aux régimes autoritaires. Si la révolte tunisienne a bien inspiré d'autres mouvements populaires, ceux-­ci ont connu diverses fortunes comme on le sait.

Transition générationnelle

L'Algérie n'a pas subi le même scénario, car même si la société civile aspire à une démocratie pleine et entière, l'Histoire récente du pays ensanglantée par une décennie noire est encore bien ancrée dans les esprits. Ce précédent historique freine un élan populaire de grande ampleur susceptible de faire vaciller un régime dont l'opacité en fait pour le moment sa force. Les diverses tentatives du mouvement Barakat pour mobiliser les foules afin de faire barrage à un quatrième mandat de Bouteflika ont bien montré, la difficulté de faire naître en Algérie un mouvement de protestation populaire coordonné et puissant. Ceci ne veut pour autant pas signifier que les révoltes populaires sont inexistantes dans le pays. Elles sont au contraire nombreuses et tournent parfois à l'émeute mais restent avant tout d'ordre social et non politique.

L'Algérie est complexe, son régime est tiraillé entre démocratie et autoritarisme. Si l'on peut constater une certaine "liberté" de la presse, les dérives touchant aux libertés individuelles les plus fondamentales rappellent que le pays a encore du chemin à parcourir. Cette ambivalence du régime perdure encore aujourd'hui, car paradoxalement, le contexte international particulièrement troublé l'a renforcé. L'opulence financière du pays lui permettant d'acheter temporairement la paix sociale, elle constitue un second facteur important qui explique son maintien.

Seule, une transition politique qui sera également générationnelle aura les chances de faire bouger les lignes. Pour l'heure, la génération de l'indépendance encore aux responsabilités bloque encore une régénérescence de la vie politique algérienne. Elle vit cependant ses dernières heures, le temps faisant son œuvre. La révolution en douceur? Elle se nomme tout simplement transition politique et elle demeure la plus belle chance que l'Algérie ne doit pas rater. Gageons qu'elle sera bel et bien au rendez­-vous de son Histoire.

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... ET SUR LES BLOGS:"Que la révolution est vaste... Que l'État est petit!".

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