MAROC
17/10/2019 13h:49 CET

Pourquoi l'accord sur le Brexit est loin de siffler la fin du feuilleton

Les espoirs de Boris Johnson ont rapidement été douchés par le chef des travaillistes Jeremy Corbyn mais également par ses alliés nord-irlandais du DUP.

POOL New / Reuters
Pourquoi l'accord signé à Bruxelles ne signifie pas la fin du feuilleton Brexit (ici Boris Johnson le 15 octobre 2019)

BREXIT - C’est Theresa May qui pourrait en parler le mieux. Les instances européennes et Boris Johnson ont annoncé ce jeudi 17 octobre, avoir trouvé un accord pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union. Un texte “juste et raisonnable” pour le négociateur en chef européen Michel Barnier mais qui ne signifie pas pour autant la fin du feuilleton Brexit.

Signé in extremis avant la date butoir et après des semaines d’atermoiements, cet accord pourrait effectivement encore être retoqué par le parlement britannique. Ils sont convoqués à Westminster ce samedi, pour la première session organisée un tel jour depuis 40 ans. En cas d’accord, le texte serait soumis au vote des eurodéputés la semaine prochaine à Strasbourg. 

Mais ce serait oublié un peu vite que les léputés avaient déjà refusé de signer le premier deal conclu par la Première ministre précédente Theresa May, provoquant ainsi sa démission et l’arrivée de l’imprévisible Boris Johnson au 10 Downing Street. “Nous avons un excellent nouvel accord pour reprendre le contrôle. Maintenant le parlement devrait faire passer le Brexit samedi pour que nous passions à d’autres priorités, comme le coût de la vie, le NHS, la criminalité et l’environnement”, veut croire Boris Johnson sur les réseaux sociaux faisant fi des difficultés politiques évidentes auxquels son accord va devoir se confronter à Londres. 

Le “no” des travaillistes et du DUP

Car ces nouveaux ennuis ont commencé à poindre dès l’annonce de la signature du texte et sans attendre la session extraordinaire qui se tiendra samedi 19 à Westminster. Le chef du parti travailliste, principale formation d’opposition au Royaume-Uni, a effectivement appelé les députés britanniques à “rejeter” l’accord de Brexit entre Londres et l’Union européenne, rendant très délicate son adoption par le Parlement britannique. D’autant que le parti nord-irlandais DUP a lui aussi annoncé son opposition au texte

 

Un communiqué dans la matinée faisant état de l’opposition de cette formation unioniste -alliée au Parlement britannique des conservateurs de Boris Johnson- au compromis en préparation “reste notre position”, a indiqué à l’AFP une source au sein du DUP après l’annonce de l’accord.

Ce parti unioniste nord-irlandais a douché l’optimisme en déclarant qu’il ne pouvait pas “soutenir ce qui est proposé sur les questions des douanes et du consentement (de l’exécutif nord-irlandais au projet de Brexit). Il a également regretté “un manque de clarté sur la TVA”, à savoir le régime de taxe qui sera appliqué en Irlande du Nord.

Deux coups durs pour BoJo qui a besoin de faire approuver son texte par la majorité des parlementaires britanniques. Une majorité que le Premier ministre ne possède plus depuis le mardi 3 septembre et le coup de théâtre du député conservateur Phillip Lee qui quittait les rangs de la majorité pour s’installer dans l’opposition en pleine séance à la Chambre des communes. 

Sur le graphique ci-dessous, vous pouvez effectivement voir que le parti conservateur de Boris Johnson possède plus de députés que n’importe quelle autre formation politique. En revanche, il se retrouve en minorité sur les questions du Brexit face à une opposition coalisée des travaillistes aux écolos  en passant par les europhiles du Lib-Dem. 

Les différentes forces au parlement
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Les différentes forces au parlement britannique

Élections ou référendum à venir?

Alors face à une telle situation, insoluble si l’opposition des Travaillistes et du petit parti irlandais persiste, le spectre d’un nouveau vote plane au-dessus du Royaume-Uni.

Cet accord “ne rassemblera pas le pays et doit être rejeté. La meilleure façon de résoudre le Brexit est de donner à la population le dernier mot lors d’un vote populaire”, a ainsi lancé Jeremy Corbyn, leader du Labour, dans un communiqué publié quelques secondes après l’annonce de l’accord entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Il penche donc pour un référendum, bien évidemment impossible à organiser avant le 31 octobre, date prévue pour le Brexit.

De son côté l’actuel chef du Parti du Brexit Nigel Farage, fer de lance du vote britannique en faveur de leur sortie de l’Union, a indiqué qu’il était, dans ces conditions, favorable à l’idée de repousser la date butoir de la sortie du Royaume-Uni et à organiser de nouvelles élections.

“Ce n’est tout simplement pas le Brexit”, a-t-il lancé sur la BBC, très critique à l’égard de l’accord trouvé par Boris Johnson, avant de poursuivre: “est-ce que je préfère accepter un nouveau traité qui soit franchement très mauvais pour nous? Ou préféré-je avoir une prolongation et des élections générales? Je choisirai toujours la dernière option.”

Cet article a initialement été publié sur Le HuffPost France.