TUNISIE
25/02/2019 13h:10 CET

Pourquoi "Green Book", Oscar du meilleur film, divise autant

Lauréat du prestigieux Oscar du meilleur film ce 24 février 2019, "Green Book" est la cible de nombreuses critiques depuis sa sortie pour son traitement du racisme.

OSCARS - À chaque victoire sa polémique. Lors de la 91e édition des Oscars, le triomphe de “Green Book” dans la catégorie reine de “meilleur film” a déclenché une nouvelle salve de critiques. Les détracteurs du film pointent du doigt son traitement réducteur de l’histoire du racisme aux États-Unis.

Quelques heures plus tôt, Mahershala Ali était monté sur scène recevoir la statuette de “meilleur second rôle masculin” sous les applaudissements du public pour son rôle parfait dans “Green Book”. Puis le long-métrage, inspiré de l’histoire vraie du pianiste noir Don Shirley et de son chauffeur blanc Tony Lip dans l’Amérique ségrégationniste des années 1960, a remporté le tant convoité Oscar du “meilleur film” face à “Black Panther”, “BlackKklansman”, “Bohemian Rhapsody”, “La Favorite”, “Roma”, “Vice” et “A Star Is Born”. Mais cette seconde victoire du film n’est pas aussi bien passée.

“Green Book” critiqué dès sa sortie

 

Le frère et la nièce du vrai Don Shirley avaient été parmi les premiers à critiquer le scénario, dénonçant une “symphonie de mensonges” et “le point de vue d’un homme blanc sur la vie d’un Noir”. Il se trouve que le film a été réalisé à partir de témoignages rapportés par Nick Vallelonga, le fils du chauffeur qui a conduit le musicien dans les États du Sud lors d’une tournée de concert, aidé du “Green Book”, sorte de guide recensant les lieux acceptant les hommes de couleur.

“Le ‘Green Book’ fait partie de l’histoire des Noirs, et il est inacceptable qu’un Blanc vole cet héritage et ce nom pour un film qui a très peu, si ce n’est rien, à voir avec le ‘Green Book’”, avait aussi dénoncé sur Facebook le réalisateur oscarisé Roger Ross Williams. “Nos histoires et notre Histoire nous ont toujours été volées et racontées à travers une optique blanche, et ce film en est le dernier exemple en date d’Hollywood”.

 

De nombreux médias avaient également soulevé les maladresses du film au moment de sa sortie. Le Los Angeles Times écrivait ainsi: “Il réduit la longue, barbare et toujours actuelle histoire du racisme américain à un problème, une formule, une dramatique équation qui peut être résolue.” Et le New York Timesdécrivait: “Il n’y a pas grand chose dans ce film que vous n’avez pas vu ailleurs, et peu de choses qu’on ne peut décrire comme grossières, évidentes et presque repoussantes”.

Outre des critiques sur le contenu du film “Green Book”, un ancien tweet de Nick Villelonga avait également alimenté la controverse. Le fils du chauffeur Tony Lip s’était publiquement excusé pour une prise de parole islamophobe datant de 2015, dans lequel il affirmait, à tort, que des musulmans s’étaient réjouis près de New York lors des attentats du 11-Septembre.

Le réalisateur de “Green Book” se défend

 

Sur la scène des Oscars suite à sa victoire, le réalisateur Peter Farrelly a pourtant réitéré son discours de défense déjà tenu auparavant: “Toute cette histoire tourne autour de l’amour. Cela parle de s’aimer les uns les autres malgré nos différences (...) Nous sommes tous les mêmes”. Mais cela n’aura pas suffi à convaincre.

Sur Twitter, nombreux sont ceux qui ont exprimé leur colère à l’encontre du choix de l’Académie:

“Combien de fois encore le Noir Américain va devoir couvrir ses espoirs et ses rêves avec le prix de quelqu’un d’autre? Les Oscars vont continuer de vous ‘greenbooker’ jusqu’à ce que vous décidiez enfin que vos opinions comptent plus que celles de n’importe qui d’autre.”

“Bon, soyons absolument clair: ‘Green Book’ n’était clairement pas le meilleur film de l’année, mais il était certainement le film le plus rassurant pour des fragiles personnes blanches qui ont besoin de ce genre de choses dans notre ère Trump”

Dans quel univers ‘Green Book’ est meilleur que ‘BlackKklansman’, ‘Roma’, ‘Black Panther’, ‘La Favorite’ et ‘A Star Is Born’? États-Unis 2019″

D’autres ont encore souligné l’ironie de voir John Lewis, démocrate membre du Congrès américain, militant et figure du mouvement afro-américain des droits civiques, remettre cet Oscar à Peter Farrelly.

“Tellement malin de la part de l’Académie de voir l’icône des droits civiques John Lewis présenter un extrait de ‘Green Book’. L’exemple parfait de ‘damage control’ visant à contenir les inévitables critiques qui viendront avec sa victoire pour ‘meilleur film’”

 

“Comment ont-ils osé prendre John Lewis pour introduire ‘Green Book’, une version ‘livre pour enfants’ de ce contre quoi il s’est battu toute sa vie”

Spike Lee mécontent

 

Et il n’y a pas que sur Internet que les critiques se sont faites entendre. D’après un journaliste d’Associated Press présent dans la salle, le réalisateur Spike Lee aurait exprimé son désaccord au moment de l’annonce du lauréat. Après avoir “agité ses bras en signe de dégoût”, il se serait levé de son siège pour quitter la salle, finalement retenu aux portes par l’équipe organisatrice des Oscars.

Spike Lee était en lice dans la même catégorie que “Green Book” avec le film “BlackKklansman”, évoquant lui aussi l’histoire du racisme aux États-Unis et les agissements du Ku Klux Klan au début des années 1970. Mais le réalisateur, viscéralement engagé pour une meilleure représentation de la communauté afro-américaine, a dû se contenter de l’Oscar du meilleur scénario adapté, le premier de sa carrière.

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