MAROC
19/10/2018 09h:52 CET

Pourquoi est-il essentiel de prévoir un suivi psychologique des proches et victimes du déraillement du train

On fait le point avec une spécialiste.

ASSOCIATED PRESS

PSYCHOLOGIE - Suite à l’accident ferroviaire de Bouknadel, qui s’est produit mardi 16 octobre, faisant 7 morts et 125 blessés dont 7 graves, plusieurs personnes se sont inquiétées du manque de suivi psychologique chez les personnes ayant assisté au drame. Dans ce cadre, une cellule d’écoute a été ouverte de manière bénévole par un groupe de psychologues marocains qui ont lancé un appel à toutes les personnes désirant s’exprimer. Quelle est l’importance d’un suivi psychiatrique chez les victimes et leurs proches? Quel est le risque en absence de prise en charge psychologique rapide?  Docteur Hind Bouamar, neuro-psychologue, répond au HuffPost Maroc.

HuffPost Maroc: Quel est l’objectif de la prise en charge psychologique dans ce genre d’événement ?

Dr Hind Bouamar : Normalement, lorsque ce genre d’accident se produit, il est important d’établir un dispositif médico-psychologique, composé de psychiatres et/ou de psychologues pour venir en aide aux blessés, mais aussi aux témoins qui ont assisté à des scènes choquantes et ce le plus vite possible. Ce genre de situation va forcement générer un traumatisme, qui se traduit par des perturbations comportementales, psychologiques, suite au choc émotionnel.

Que faut-il faire?

La première chose à prévoir est donc un dispositif médico-psychologique sur place, ne serait-ce que pour rassurer les personnes. Dans les jours qui suivent, l’idéal est de mettre en place une cellule d’écoute, simplement par téléphone, où les personnes peuvent parler si elle ne peuvent pas se déplacer en cabinet ou à l’hôpital. L’objectif étant d’évacuer le premier stress qui a été vécu et donner quelques petits conseils pour surmonter le choc. Un spécialiste saura trouver les bons mots pour rassurer et accompagner

Ensuite, ces personnes pourront aller consulter un psychologue, si elles le souhaitent, mais il est primordial qu’elles aient un premier contact par téléphone ou en face à face avec un spécialiste.

Le médecin peut également prescrire des anxiolytiques ou des anti-dépresseurs qui peuvent aider à surmonter le choc. Dans des situations beaucoup plus graves, il y a des thérapies cognitivo-comportementales, mais c’est une démarche plus coûteuse. 

Pourquoi est-ce si important? 

Il ne faut pas prendre ce genre d’incident à la légère. Dans le cas le plus basique, ce genre d’événement choquant va marquer la personne qui va y penser continuellement: cela va l’empêcher de dormir, elle aura du mal à travailler, à avoir une vie sociale... ce sont des petites choses mais qui ont des répercussions sur la vie quotidienne de la personne. Cela peut également conduire à une dépression ou à des cas bien plus graves.

Que risque-t-il de se produire si ces personnes ne sont pas prises en charge?

Si on ne prend pas en charge très tôt ce traumatisme avec une aide, simplement d’écoute, où la personne va pouvoir exprimer et verbaliser ce qui s’est passé, on peut voir se développer un “stress post-traumatique”. Ce dernier peut survenir bien après l’accident: 6 mois, un an après, voire même beaucoup plus tard. Le stress post-traumatique s’accompagne de symptômes beaucoup plus grave comme des flash-back involontaires de l’accident, des cauchemars, des angoisses et bien entendu une dépression. C’est le cas le plus classique. 

On peut aussi voir des comportements d’évitement, la personne aura ainsi  tendance à éviter de prendre le train ou les transports en communs ou développer des phobies...Tout cela va se répercuter sur sa vie quotidienne, même si physiquement elle n’a pas eu la moindre égratignure à la suite de l’accident.