TUNISIE
02/01/2019 09h:55 CET

Pour vous, c'est la personnalité politique de l'année 2018 - Bochra Bel Haj Hmida: Le parcours, les combats (INTERVIEW)

Vous l'avez élue la personnalité politique de l'année 2018, elle se confie sur son présent et son avenir.

FETHI BELAID via Getty Images

Bochra Bel Haj Hmida, est un personnage qui ne laisse pas indifférent entre ses détracteurs et ses admirateurs.

35 ans de carrière en tant qu’avocate et militante, la native de Zaghouan, est selon vous, la personnalité politique de l’année 2018, large vainqueur de vos votes lors de notre sondage.

Qui est-elle vraiment? Elle s’est livrée au HuffPost Tunisie.

Comme beaucoup d’étudiants et d’étudiantes de sa génération, son berceau politique était l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET). Au sein de cette mouvance militante estudiantine, elle s’est confrontée aux débats politiques et intellectuels. Elle s’est cognée aussi aux dogmes des uns et des autres et aux archaïsmes des milieux se présentant comme progressistes, raconte-t-elle. 

Pour faire face à la banalisation de la misogynie et aux discriminations envers les femmes, elle décide, avec d’autres militantes, de fonder l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) en 1989. Une association dont elle sera la présidente de 1995 à 2001. 

“En fondant l’association, on ne s’attendait pas à un tel chantier. Au fur et à mesure de notre lutte, des combats s’imposaient, comme contre les violences, d’où le lancement, dès 1992, du centre d’écoute des femmes victimes de violences”, affirme-t-elle.

Son terrain de bataille était les tribunaux, en sillonnant le pays à défendre les femmes et les enfants, mais aussi les opposants politiques. Féministe de la première vague, Bochra Bel Haj Hmida se définit comme réformiste.

FETHI BELAID via Getty Images

Pragmatique mais pas cynique, dit-elle: “Je crains les bouleversements brusques de la société. Je suis de ceux qui veulent construire sur les acquis. Pas adepte de la radicalité; du tout ou rien”, explique-t-elle. 

Bochra Bel Haj Hmida n’est pas donc une révolutionnaire. Sa prudence trouve sa source dans son observation de la société: “Je n’est tiré que du positif de la révolution, je ne sens aucune nostalgie envers l’ancienne époque mais j’étais en même temps consciente de la violence latente qui submergeait la société tunisienne depuis le règne de Ben Ali. Après des décennies de répression, de frustration, je savais que la fin de la peur-positive en soi- allait apporter aussi son lot de violence. Les valeurs de l’acceptation des différences, de la paix, etc, ne sont pas ancrées dans la société tunisienne”, dit-elle. 

Le constat dressé, elle s’est jetée dans l’arène politique après la révolution en tant que candidate aux élections de la Constituante sous la bannière du parti Ettakatol en 2011, puis sous la houlette de Nidaa Tounes pour les élections de 2014. Deux expériences, deux partis politiques et une seule évaluation: “Tant que le camp démocrate progressiste est éparpillé, la scène politique demeurera déséquilibrée en faveur des islamistes”, lance-t-elle.

Telle est sa prédiction pour les élections de 2019 également. Et pour cause: “La guerre des égo” entre les partis majeurs de ce camp, selon elle, en l’occurrence, Al Massar, Al Jomhouri (ex-PDP) et Ettakatol. “Depuis l’époque de Ben Ali, on a essayé de les unir, sans succès”, déplore-t-elle. Pour la députée, ces partis auraient pu constituer une seule mouvance politique, qui comme dans d’autres pays, serait constituer de nuances idéologiques.

Amère, Bohra Bel Haj Hmida confie sa décision de tirer sa révérence politique au moment des prochaines échéances électorales. “Je ne veux plus faire des compromis, je veux retrouver ma liberté”, lance-t-elle.

Sa déception émane également de la perception générale autour de l’action politique: “On est passé du béni-oui-oui sous Ben Ali au béni-non-non. Toute mesure est dénigrée”, dit-elle.

Elle quitte la politique en fustigeant la marginalisation persistante des femmes au sein des partis politiques et l’absence de solidarité entre les femmes politiques.

Son nouveau cheval de bataille en tant que réformiste est la Commission des libertés individuelles et de l’égalité (Colibe) dont elle est la présidente. Malgré la vague de violence dont elle a fait face, elle se dit optimiste mais réaliste. “Le projet de loi sur l’égalité dans l’héritage sera très bientôt examiné à l’ARP”, se félicite-t-elle.

Quant au projet de loi sur le code des libertés individuelles, seule une mobilisation de la société civile le fera sortir du carcan des dossiers entassés d’initiatives législatives proposées mais pas encore examinées car jugées non “prioritaires”. Ses luttes continuent au côté de la société civile. Elle demeure pragmatique mais déterminée. 

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.