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25/02/2019 10h:31 CET | Actualisé 25/02/2019 10h:31 CET

Pour Shams, contre le terrorisme mental !

C’est d’autant plus surprenant que l’État tolère des associations qui cultivent la haine et appellent, directement et indirectement, au meurtre en déclarant hors d’islam ceux qui ne partagent pas leurs idées obscurantistes.

Facebook/Shams

Aussi surprenant que celui puisse l’être, alors que le juge de fond a rejeté sa première demande le 23 février 2016 d’interdire l’association Shams qui défend, entre autres minorités en Tunisie, les homosexuels, le chargé du contentieux de l’État vient de faire appel de cette décision du tribunal de première instance de Tunis annulant une ordonnance de suspension des activités de l’association reconnue par l’État le 17 mai 2015.

Du terrorisme mental

C’est d’autant plus surprenant que l’État tolère des associations qui cultivent la haine et appellent, directement et indirectement, au meurtre en déclarant hors d’islam ceux qui ne partagent pas leurs idées obscurantistes et leur pensée rétrograde de cette religion.

Notons que l’État fait appel au nom de l’islam auquel réfère la constitution, tout en rappelant que l’article 230 du Code pénal interdit l’homosexualité. Est-ce à dire que l’État assume et affiche ainsi son homophobie, qui est bel et bien un crime internationalement reconnu comme tel dans les démocraties et les États de droit? Est-ce à dire que l’État tunisien n’entend pas édifier une démocratie dans ce pays?

Pourtant, ce n’est pas ce qu’il affirme haut et fort. Alors, pourquoi s’en prendre à une association dont le seul tort est de défendre une minorité qui ne partage pas le sexe dominant, supposé hétérosexuel ? Je dis bien supposé, car il a été démontré que le sexe pratiqué par la société est plutôt bisexuel, mais cela se fait en catimini du fait justement de la loi homophobe qui, bien qu’on la présente comme d’inspiration musulmane, est une survivance de la colonisation. En effet, il n’y avait pas de condamnation de l’homosexualité en Tunisie avant le protectorat; et ce sexe parfaitement naturel n’est pas illicite en islam si l’on fait une saine lecture du Coran et si l’on se réfère à la seule Sunna authentique.

En effet, l’islam n’est pas homophobe! Il n’est nulle prescription en la matière dans le Coran; il n’y a que du récit, les fameux versets des gens de Loth, qui ne saurait fonder l’illicite en islam. Ce sont les jurisconsultes, influencés par la Bible, qui ont inventé le crime homophobe en extrapolant sur l’adultère. De plus, la Sunna la plus authentique, celle recensée par Boukhari et Mouslem, ne rapporte aucun hadith en la matière. Tous les dires prophétiques cités par les homophobes sont inauthentiques, et rien n’a été attesté sur le comportement du prophète en la matière. Ce qui n’est pas pour étonner eu égard à la présence de ce type de sexe à La Mecque comme à Médine.

Enfin, il a été démontré aussi que ce n’est pas pour homosexualité que les gens de Loth ont été châtiés par Dieu, mais pour le brigandage de grands chemins pratiqué par tout le peuple, y compris la minorité homosexuelle qui y était. Car il s’agit bien d’une minorité, sinon il n’y aurait pas eu de peuple. Et si Dieu généralise les mœurs de cette minorité à tout le peuple, c’est juste par usage d’une forme de style de la rhétorique arabe, langue de la révélation, généralisant le caractère particulier pour accentuer la satire.  

Une action d’utilité publique

Aussi, la prétention que Shams agirait contre l’islam est infondée; c’est l’article 230 du Code pénal qui est contraire à l’islam correctement interprété et qu’il est honteux de garder dans la législation d’un pays se voulant respectueux de l’islam qui n’a pas estimé l’homosexualité comme n’être pas un sexe parfaitement naturel; ainsi, le chef du parti islamiste lui-même l’a admis !  

De même, prétendre que Shams violerait la tradition du pays et les bonnes moeurs traduit une cécité flagrante sur la réalité sociale du pays qui est loin d’être homophobe. Il n’y a qu’une minorité d’embrigadés homophobes en Tunisie à laquelle il importe de ne pas réduire tout le corps social. Et si la majorité reste silencieuse, c’est qu’elle est trompée sur sa religion par cette minorité, outre la peur de la violence qu’elle pratique en plus de celle, institutionnelle, générée par la loi scélérate. Il est bien temps donc d’en finir avec ce terrorisme mental qui défigure l’islam et légalise l’injustice !

Le gouvernement se doit de saisir cette occasion pour empêcher qu’aboutisse la récente démarche de la partie homophobe en son sein. Il a l’obligation de contrecarrer son action en se prononçant solennellement pour l’abolition de la cause de ce scandale juridique et religieux qu’est l’article colonial homophobe. Un projet de loi existe, respectueux de la constitution et d’une saine lecture de la religion du pays, qu’il le propose !  

Et qu’il honore le droit et la religion en osant même reconnaître le caractère d’utilité publique de l’action de cette association qu’on veut interdire ! C’est ainsi qu’on sortira de l’actuelle confusion terrible des valeurs qui justifie l’injustifiable au nom d’une foi défigurée, dont on fait religion de haine et de terreur alors qu’elle est tolérante et humaniste à la base.

Le vivre ensemble paisible et la vraie lutte contre le terrorisme imposent de reconnaître d’utilité publique toute action associative contre le terrorisme mental, à commencer par celle de l’association Shams. Le gouvernement supposé imbu des valeurs humanistes et démocratiques le fera-t-il ? C’est de son honneur et de celui du peuple tunisien qu’il s’agit !

Le gouvernement actuel de la Tunisie n’a plus le choix : soit il agit pour un pays en marche réelle vers la démocratie et l’État de droit et il confirme alors l’action de Shams, la valorisant même; soit il ne fait que soutenir les adeptes du terrorisme mental, source de tous les maux de ce peuple malade du manque de courage de certaines de ses élites et de l’obscurantisme dogmatique des autres. Or, il ne s’agit que d’une minorité qui ne représente pas le pays; mais elle est bien trop agissante, et il importe de la museler par la force de la loi. 

C’est bien le moment d’agir en appelant, par exemple, à des assises parlementaires urgentes pour l’abolition des lois scélérates de la dictature et du protectorat, et en y donnant le signal de lancement en annonçant l’intention d’abolir l’homophobie en Tunisie.

Il n’y a plus de temps à perdre avant que ce terrorisme mental ne se transforme en crimes, car l’homophobie tue désormais en terre d’islam ainsi qu’on l’a vu récemment chez notre plus proche voisin, l’Algérie. D’ailleurs, en Tunisie, elle a déjà donné lieu à des tentatives de suicide outre les violences récurrentes. Jusqu’à quand donc doit-on continuer à tolérer ce terrorisme institutionnel au nom d’un islam innocent des crimes commis en son nom?      

 

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