MAROC
23/09/2019 11h:31 CET | Actualisé 24/09/2019 18h:05 CET

Pour ses 10 ans, le M.A.L.I choisit des tatouages pour graver son militantisme

Le mouvement a invité Human rights tattoo au Maroc.

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Tatouage MALI

COMMÉMORATION - Les droits de Humains dans la peau. Ce week-end a été chargé pour les militants et sympathisants du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (M.A.L.I). A l’occasion des 10 ans de sa première action choc (le fameux pique-nique ramadanesque dans la gare de Mohammedia), M.A.L.I a décidé de célébrer cet anniversaire en compagnie d’une autre organisation: Human rights tattoo.

Depuis la création de celle-ci en 2012, cette organisation néerlandaise tatoue, lettre par lettre, la Déclaration universelle des droits Humains. Son fondateur, l’artiste néerlandais Sander Van Bussel, et son équipe parcourent le monde pour créer une “chaîne humaine” liée par le soutien commun aux droits Humains. “Nous avons décidé de créer cet organisme en 2012, après qu’un de nos collègues s’est fait assassiner sous nos yeux dans un bidonville de Nairobi (capitale du Kenya, ndlr), où il a grandi”, explique Sander Van Bussel au HuffPost Maroc.

Salma Khouja/HuffPost Maroc
Salma Khouja/HuffPost Maroc
Tattoo

“L’idée m’est venue de donner vie à un texte à travers une chaîne humaine où chaque personne représente un maillon nécessaire”, confie-t-il. Et de poursuivre: “On ne peut pas retirer une lettre de la Déclaration universelle des droits Humains, comme on ne peut pas enlever une personne. C’est ce que nous faisons, nous portons cette déclaration sur nos corps et nous lui donnons vie”. 

Une initiative qui a visiblement séduit plus d’un. En sept ans, l’organisation a tatoué 4000 personnes et il ne lui manque plus qu’environ 2000 pour accomplir sa mission. “Quand j’ai commencé ce projet, je ne savais pas à quoi m’attendre. La première question que je me suis posée est ‘est-ce que les gens s’engageront pour les droits Humains ainsi’ et la réponse a été ‘oui’”, nous précise Sander Van Bussel.

“Cette partie est facile!”, estime-t-il, avant de souligner que “d’un autre côté, pouvoir voyager, trouver les moyens reste un challenge, je suis un artiste pas un spécialiste financier, mais je dois en devenir un”. 

Si les événements organisés par Human rights tattoo se font, en général, en public, au Maroc, cela n’a pas été le cas. “On a, en fait, compté sur le bouche-à-oreille”, explique Betty Lachgar, porte-parole de M.A.L.I, au HuffPost Maroc. Et pour cause, affirme celle-ci: “il y aurait eu beaucoup trop de monde et nous n’avons pas les moyens logistiques et financiers pour cela. Et il ne faut pas oublier aussi que le mouvement a ses détracteurs et on craignait que ceux-ci viennent semer la zizanie”, continue-t-elle. 

Salma Khouja/HuffPost Maroc
Zahra porte le "L" de Liberté à son poignée.

“F” comme féminisme

La première à passer sous l’aiguille du tatoueur est Martha. Cette dernière est membre de l’association “Stop Violències”, à Andorre, principauté située entre l’Espagne et la France, où l’église catholique est particulièrement influente. Martha a entendu parler de l’initiative par le biais de Betty Lachgar et a été, tout de suite, séduite par l’idée. Elle a choisi de se faire tatouer un “T” comme “team” (équipe) parce qu’on a besoin d’une équipe pour changer les choses”. 

Vanessa, présidente de l’association, a pris le relais. Comme Betty Lachgar, elle s’est fait tatouer un “F”, comme “féministe”.

Salma Khouja/HuffPost Maroc
Martha (à gauche) et Vanessa arborant fièrement leur tatouage.
Salma Khouja/HuffPost Maroc
Le "F" de féminisme pour Vanessa.
Salma Khouja/HuffPost Maroc
Photos représentant certaines des personnes des 4000 personnes ayant participé au projet.

Mais la première marocaine à porter le premier tatouage de l’organisation au Maroc, c’est Zahra, militante de M.A.L.I. “J’ai choisi la lettre ‘L’ comme liberté, parce qu’il m’a fallu 27 ans pour pouvoir enfin avoir la mienne”, explique-t-elle au HuffPost Maroc. Autre sympathisant du M.A.L.I à se faire tatouer, Hassan, qui, lui, a choisi la lettre “H”, première lettre de son prénom et de “Human” (humain). Et, il a décidé, pour l’occasion, de se faire tatouer à la main, au majeur, zone particulièrement douloureuse. Mais il ne s’en inquiète pas car “la douleur, c’est ma chérie”, répète ce militant.

Les participants remplissent tous, par la suite, une carte postale, expliquant leur motivation et la signification des droits humains pour eux, et prennent la pause sous l’objectif de Sander.

10 ans de militantisme

Alors que certains de ses camarades passent sous l’aiguille, Betty Lachgar cherchait encore le type de police pour son propre tatouage: “je ne sais toujours pas quoi et où me faire tatouer”, répète-t-elle. Elle n’a aucun doute, cependant, que la lettre sera un “F” de “freedom, femme, féministe, female (femelle)”, comme elle l’écrit sur sa page Facebook. 

Il faut dire que cela fait plus d’un an qu’elle prépare cet événement. Elle a entendu parler de Human rights tattoo, il y a plus de trois ans, par le biais de deux étudiantes néerlandaises qui l’ont contactée pour l’interroger sur la question des droits individuels. “J’ai inscrit le nom de cette organisation et j’ai attendu. Puis, l’année dernière, je me suis décidée à la contacter”, nous confie-t-elle. “Cela fait, quand même, un an que l’on prépare cet événement parce que Human rights tattoo fait escale un peu partout dans le monde. Nous avons aussi trouvé un tatoueur local, pour la symbolique”, ajoute-t-elle.

“M.A.L.I défend les droits humains, universalistes et laïques, et cette initiative représente complètement le mouvement et ses revendications. De plus, on reste dans un esprit artistique et c’est important de faire passer des messages à travers l’art”, estime-t-elle.

Betty Lachgar, malgré les difficultés et polémiques, se dit fière d’avoir continué sa lutte pendant ces 10 dernières années: “Je suis très contente car je n’ai jamais lâché, alors que beaucoup l’ont fait. C’est une lutte très difficile et les conséquences sont là”. Et de poursuivre: “cela a été une victoire, pour nous, parce que les débats ont toujours été ouverts, par rapport aux questions et problématiques qu’on a soulevées”.

“On a levé des tabous, touché à des sujets sensibles... Toujours dans le politiquement incorrect et ça marche parce que tout le monde entend parler de ce que l’on fait”, se félicite-t-elle. Pour Betty Lachgar, le combat de M.A.L.I a été “contagieux”: “d’autres associations reprennent un peu le flambeau, ce qui est une victoire. Quand on a co-fondé M.A.L.I, pratiquement personne ne parlait de liberté individuelle. Tout le monde le fait maintenant”.