ALGÉRIE
19/10/2019 15h:31 CET | Actualisé 19/10/2019 15h:38 CET

Pour Rahabi, la Présidentielle risque de déboucher sur “une ingouvernabilité de l’Algérie” (Le Monde)

Dans un entretien au journal français Le Monde, l’ancien ministre de la communication, Abdelaziz Rahabi estime que le “statu quo” n’est plus possible en Algérie et que les dirigeants du pays doivent admettre “que le système actuel a fait son temps”.  Il s’est inquiété des conséquences d’une élection à faible taux de participation qui pourrait mener le pays vers une situation “d’ingouvernabilité”.

Pourtant, le pays qui jusque-là n’avance que par “des ruptures violentes” se retrouve dans une situation sans précédent dans son histoire où l’on peut envisager de “sortir d’un système non démocratique de façon pacifique”.  “C’est une immense avancée. Une sorte de coup d’Etat civil, un coup d’Etat de la société contre ses propres institutions, incapables de se réformer, de se mettre en rapport avec le temps réel.

Un pays fermé, un peuple mondialisé

Mais l’ancien ministre n’occulte pas les très fortes résistances du système au changement en relevant que l’Algérie cultive le paradoxe d’être “le pays le plus fermé de la Méditerranée alors que le peuple est mondialisé”.  Le décalage est profond entre la société “en lien avec le temps réel” et la structure gouvernementale   “archaïque”  qui résiste au changement soit, dit-il, par absence de “ vision de l’avenir, soit par crainte de perdre sa rente, ses intérêts”. 

Pour Rahabi si le système ou une partie du système cherche le maintien du statu quo, les Algériens n’en veulent pas.  “Le peuple algérien n’est pas sorti et il ne sort pas dans la rue depuis huit mois pour avoir un système édulcoré ou la reproduction du même système sous d’autres formes. Les Algériens attendent une rupture. Ils veulent contrôler les richesses publiques, la décision politique, la souveraineté nationale, confisquées depuis 1962 par un groupe. “

Pour Rahabi, le système est toujours en place avec  l’administration, la bureaucratie, les groupes d’intérêt, le gouvernement des “frères Bouteflika”  les walis…. “Le  peuple a gagné la rue et les cœurs, mais il n’est pas entré au cœur des institutions. Nous avons un peuple qui ne fait pas confiance et un gouvernement inaudible. Et cela fait huit mois que cela dure. C’est le temps qu’il a fallu à l’Espagne, au Portugal ou à la Corée du Sud pour organiser une transition…”

Divergence avec le commandement de l’armée

C’est- a-t-il dit, sur cette question qu’il diverge “fondamentalement avec le Commandement de l’armée” car un “accord politique global” était possible dès le 22 février ou le 2 avril avec le départ de Bouteflika. Rahabi réaffirme que les conditions d’une élection présidentielle  “régulière et transparente ne sont pas réunies”.  Il a cet effet la “répression et le chantage” dont fait l’objet la presse, les arrestations de jeunes pour cause de manifestation ou de port de drapeau amazigh et le fait que ce soit “l’administration actuelle et le dernier gouvernement Bouteflika qui organisent les élections”.

La demande de démocratie en Algérie est endogène, ce n’est pas une greffe voulue par l’étranger. Le pouvoir a des réflexes sécuritaires en emprisonnant et en réduisant au silence les opposants et les médias, alors que la crise est politique. Et la solution est forcément politique.” 

Rahabi estime qu’une élection avec un faible taux de participation va  hypothéquer la future présidence. “J’ai peur qu’on mette en place les conditions d’une ingouvernabilité de l’Algérie.”