ALGÉRIE
07/06/2019 17h:51 CET

Pour les manifestants à Alger, le discours de Bensalah est un "non-événement"

RYAD KRAMDI via Getty Images

Les Algériens ont fait fi du discours de Abdelkader Bensalah. Lors de ce 16e vendredi de manifestation, ils étaient quelques centaines de milliers à marcher dans la capitale pour dire leur “ras-le-bol de ce pouvoir”. A travers leurs pancartes et leurs slogans, les manifestants ont de nouveau ciblé Gaid Salah, rejetant, au passage, “le dialogue avec le gang” et “les élections sous les 2B”.

A l’entêtement du pouvoir à se maintenir en place, les Algériens ont promis de ne pas cesser leur mouvement.

Il était 13H40 lorsque, la prière du vendredi terminée, les manifestants ont commencé à déferler sur les principales rues à Alger-Centre pour rejoindre, plus bas à la Grande-Poste, les protestataires mobilisés depuis la matinée. 

Comme chaque semaine, une marée humaine a déferlé de la mosquée Errahma, située à la rue Khelifa Benkhalfa jusqu’à la Place Audin via la rue Didouche Mourad, avant de se diriger vers la Grande-Poste. D’autres processions s’étaient dirigées de Belouizdad via la Place du 1er Mai et la rue Hassiba, de Bab El Oued via le square Port Said et la rue Larbi Ben M’Hidi vers le centre de la capitale. 

Ce 16e vendredi, le premier après le ramadan, intervenait au lendemain du discours du chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah. Diffusé en direct au 20H sur l’ENTV, il a affirmé que les élections présidentielles, organisées dans des délais raisonnables, sont “la solution la plus raisonnable démocratiquement à la crise politique actuelle”.

Il a appelé à toutes les parties concernées, politiques et civiles, ”à choisir le dialogue” pour “dessiner la feuille de route” devant mener à l’organisation des élections présidentielles. 

Intervenant après l’annulation, par le Conseil constitutionnel des élections du 04 juillet suite à leur “impossibilité”, ce discours de Bensalah n’apportait rien de bien nouveau par rapport à ses précédentes sorties.

Un “non-événement”

Est-il passé inaperçu pour autant ? De toute manière, les manifestants, eux aussi, n’ont pas changé leurs “discours”. A Alger, ils ciblent encore et toujours le vice-ministre de la Défense, Gaid Salah, “le problème qui ne peut faire partie de la solution”, de leurs avis. 

Sur leurs pancartes, les manifestants ont de nouveau qualifié le Chef d’Etat-major de “chef du gang”. “Le discours de Bensalah ? Hier, j’ai préféré voir le match (Pays-Bas VS Angleterre, NDLR). Puis, en lisant quelques articles, j’ai confirmé que j’ai rien raté”, déclare un sexagénaire. “Il répète la même chose. Nous sommes-là face à un non-événement. Alors le problème reste le même depuis des semaines: Gaid Salah”, fait-il savoir. 

Les manifestants ont affirmé leur rejet d’un ”état militaire” (الدولة العسكرية) ou “policier” (دولة بوليسية), appelant vivement à un ”état civil”, en réponse aux interpellations menées chaque vendredi matin par la police. 

Après la prière du vendredi, tandis que des groupes scandaient “Gaid Salah, à la poubelle” à la rue Abdelkrim Khettabi, d’autres répétaient le traditionnel “Gaid Salah Dégage” ou encore “Gaid Salah est avec les traîtres”. 

“Vous ou nous”

A l’obstination du pouvoir à répéter le même discours, faisant valoir le “dialogue” et des élections présidentielles comme “une solution à la crise politique”, les Algériens ont réitéré leur “ras-le-bol” de ce pouvoir.

Les manifestants à Alger ont répondu “niet” à l’appel de Abdelkader Bensalah “d’élire un président pouvant légitimement répondre” à leurs revendications. “Wellah manvoti”, scandaient certains à une centaine de mètres de la Grande-Poste.

“Abdelkader Bensalah est toujours à son poste. Nourreddine Bedoui est toujours à son poste. Combien de fois doit-on répéter à Gaid Salah que nous ne négocierons pas avec ce gang. Nous voulons bien d’une présidentielle, mais pas avant une période de transition”, affirme Omar, la trentaine. 

Les protestataires ont fait part de leur détermination à ne pas arrêter ce mouvement. “Ya hna ya ntouma, maranach habsin”, chantaient-ils, ou encore “Ntouma matahachemouch ou hnaya manahabsouch” (Vous, vous n’avez pas honte et nous, nous nous arrêterons pas). A la rue Pasteur, ils reprenaient, en choeur, un “Yetnahaw ga3” entonné sur le ton festif de la traditionnelle “Mezyan n’har lyoum’, saha aidkoum”.

Ce 16e vendredi, le premier après le mois du ramadan, a enregistré une mobilisation sans faille à Alger. Les manifestants n’ont pas cessé d’affluer vers les principales rues de la capitale avant de commencer à se disperser, dans le calme, vers 17H00.