TUNISIE
29/04/2019 15h:02 CET

Pour le président de l'association nationale de la sécurité routière, la Tunisie devrait s'inspirer de l'exemple marocain en matière de transport des ouvrières agricoles

“Le nombre d’accidents dans le secteur agricole a baissé de 70%"

La Tunisie devrait s’inspirer de l’exemple marocain en matière de transport agricole a affirmé, lundi, Bilel Ounifi, président de l’association nationale de sécurité routière, sur les ondes d’Express FM.

“Notre loi en matière de transport terrestre est l’une des pires au monde. Il existe encore des amendes de 6 et 7 dinars, il ne couvre pas encore le transport agricole, ni le transport scolaire” a-t-il déploré ajoutant que la circulaire du ministère du Transport “ne remplace pas la loi”.

“Cette circulaire appelle les gouverneurs à autoriser les louages et transports collectifs à transporter les ouvrières agricoles (...) vous ne trouverez jamais de louagiste qui délaisse une course vers Tunis à 10 dinars pour transporter une ouvrière agricole à 500 millimes” a-t-il poursuivi appelant la Tunisie à prendre exemple sur d’autres pays.

“Regardez dans les autres pays! Il y a des sociétés de transports privés dans ce cadre. Encouragez les jeunes, encouragez le secteur privé pour créer des sociétés qui ne travaillent que sur le transport agricole. Cela existe au Maroc, en Espagne!!” dit-il indiquant qu’au Maroc, “le nombre d’accidents dans le secteur agricole a baissé de 70%”.

La députée Bochra Bel Haj Hmida déplore un manque de coordination 

Invitée dans la même émission, la députée Bochra Bel Haj Hmida a déploré pour sa part, le manque de civisme sur les routes mais également un manque de coordination entre les différents intervenant. “Indépendamment de ce drame, cela fait 30 ans que l’on est dans les trois premières places des pays où il y a le plus d’accidents de la route” a fustigé la député, “on voit tous aujourd’hui comment les gens conduisent et comment les policiers n’interviennent pas”.

“On veut ajouter des lois sur le transport, oui, mais si dans chaque institution, chacun ne fait pas correctement son travail, le problème ne sera pas résolu” affirme-t-elle avant de poursuivre: “Il n’est pas normal qu’il n’y ai aucune coordination. De loin, j’ai l’impression qu’il n’y a aucune coordination entre les différents intervenants”.

Selon elle, le ministère de la Femme et le ministère de la Jeunesse n’ont plus lieu d’être. “Ils doivent devenir des secrétariats d’État rattachés à la présidence du gouvernement, pour que leur travail soit transversal”.

Revenant sur le protocole conclu en octobre 2016 entre le ministère de la Femme, l’union générale tunisienne du travail (UGTT), l’union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP) et l’union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA), elle déplore le fait qu’il n’ait pas “organisé le transport spécifique comme par exemple celui des ouvrières agricoles ou encore celui des écoliers...”.

Au delà du rôle des ministères engagés, Bochra Bel Haj Hmida s’interroge également sur le rôle joué par les organisations nationales signataires du protocole à savoir l’UTICA, l’UGTT et l’UTAP: “Où sont-elles?! Pourquoi ne pas avoir fait pression pour trouver des solutions?”

Pour elle, “chacun a sa part de responsabilité et avant de réfléchir à une nouvelle loi, mettons-nous d’accord sur comment appliquer les lois que l’on a:  qu’un policier qui voit un tel mode de transport immobilise immédiatement le véhicule, qu’un gouverneur qui reçoit un dossier sur les transports spécifiques le traite en priorité, que tous les moyens soient pris par rapport à cette question. Après que chacun assume ses responsabilités” a-t-elle appelé.

Samedi, 12 personnes dont 7 ouvrières agricoles sont décédées à la suite d’un accident de la route survenu à Seballa dans le gouvernorat de Sidi Bouzid. Celui-ci a relancé le débat sur les conditions de travail et de transport des ouvrières agricoles en Tunisie.

La veille, dans la région de Ragada, dans le gouvernorat de Kairouan, des ouvrières agricoles avaient chuté d’un camion les transportant vers leur lieu de travail, faisant neuf blessées âgées entre 15 et 56 ans.

 

Le 11 avril dernier, à Zaghouan, deux ouvrières agricoles avaient trouvé la mort dans un accident de la route.

Depuis 2015, plusieurs association avaient tiré la sonnette d’alarme sur le transport anarchique d’ouvrières agricoles.

L’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) et le Forum Tunisien des Droits Economiques et Sociaux (FTDES) avaient dénoncé les conditions dans lesquelles les travailleuses agricoles sont transportées, mettant l’accent sur la ségrégation dont elles sont victimes.

Une étude du Population Council a souligné la précarité des conditions de travail des ouvrières agricoles en Tunisie. Selon l’étude, dans la région de “Nadhour”, 92% des femmes interrogées indiquent qu’elles se réunissent entre elles de façon informelle, en attendant la camionnette du chef d’exploitation. La durée du travail, la faible rémunération, la quasi absence des droits sociaux, et la pénibilité des conditions du travail constituent autant de facteurs de précarité pour ces ouvrières.

Selon le FTDES, il y a eu en 2018, 4 décès d’ouvrières agricoles et 199 blessées suite à des accidents de la route.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.