TUNISIE
10/09/2018 11h:02 CET | Actualisé 10/09/2018 12h:28 CET

Pour la députée démissionnaire de Nidaa Tounes Zohra Driss, Hafedh Caid Essesbi est derrière les maux du parti

“Il a dit que c’était lui le propriétaire du parti, lui qui décidait et que seules ses décisions devaient être appliquées”.

Invitée de la matinale d’Express Fm, la députée Zohra Driss est revenue sur les raisons qui l’ont poussé, ainsi que 7 autres députés, à quitter le bloc parlementaire du parti Nidaa Tounes.

Pour elle, tout est parti du Congrès de Sousse, “qui était tout sauf démocratique” a-t-elle lancé. “On a placé tout nos espoirs en ce congrès de voir un nouveau bureau politique élu démocratiquement”, or cela n’a pas été le cas.

“Puis le directeur exécutif Hafedh Caid Essebsi a revendiqué sa légitimité à la tête du parti et a commencé à prendre le pouvoir (...) comme s’il gérait sa chambre à coucher” a fustigé Zohra Driss.

Elle reproche à Hafedh Caid Essebsi sa façon unilatérale de gérer le parti.“On ne peut pas gérer ce parti de cette façon. C’est un projet qui appartient à 1, 7 millions d’électeurs qui ont voté pour Béji Caid Essebsi, qui appartient à 1,3 millions d’électeurs qui ont voté pour Nidaa Tounes lors des législatives” s’est-elle emportée avant d’ajouter: “Nidaa Tounes n’est pas un projet familial, ce n’est pas quelque chose qui appartient à une personne, c’est quelque chose qui appartient à la nation, à la Tunisie. Il appartient à chaque citoyen qui a voté pour lui”.

Amère, Zohra Driss affirme que cela n’a pas été compris par le fils du président de la République: “Il a dit que c’était lui le propriétaire du parti, lui qui décidait et que seules ses décisions devaient être appliquées”.

“Je suis restée à Nidaa Tounes parce que je voulais le réformer, parce que c’était un peu une partie de moi. Mais quand tu essayes de le sauver, et que tu vois tout ces efforts partir en fumée sans aucun résultat, il ne reste plus grand chose à faire” a estimé la députée.

Quel avenir pour ces huit députés?

Interrogée sur son avenir, ainsi que des sept autres députés qui ont quitté le bloc parlementaire de Nidaa Tounes, Zohra Driss nie avoir rejoint le bloc “coalition nationale” pour l’instant: “On va surement le faire” a-t-elle assuré.

Pour elle, en rejoignant ce bloc, ce n’est pas un soutien affiché au chef du gouvernement: “Ce n’est pas un soutien à Yousseef Chahed. Je ne suis ni pour, ni contre lui. Celui qui réfléchit objectivement doit voir que ce bloc soutient la stabilité, soutient la logique” explique-t-elle avant de démontrer que les décisions de Hafedh Caid Essebsi sont, selon elle, illogiques.

“Il y a de cela quelques jours, le directeur exécutif de Nidaa Tounes a appelé les ministres et secrétaires d’État du parti au gouvernement, et leur a demandé de démissionner. Imaginez s’ils avaient démissionné? Que serait-il arrivé au pays?” s’est-elle interrogée avant de continuer: “Imaginez que le ministre de l’Éducation Hatem Ben Salem démissionne alors qu’on est en pleine rentrée scolaire, qu’est-ce qu’on aurait pu avoir? Quelque chose de dramatique!”.

S’attaquant à nouveau à Hafedh Caid Essebsi, Zohra Driss condamne: “Cette personne est en train de gérer le pays comme s’il jouait à un jeu: Il veut placer tel pion ici, un autre là-bas. Et quand il ne veut plus de ce jeu, il le jette et en prend un autre. Ce n’est pas sérieux”.

Samedi, 8 députés du groupe parlementaire de Nidaa Tounes ont présenté leur démission du bloc parlementaire du parti. 

Les députés démissionnaires sont Zohra Driss, Moncef Sellami, Jalel Ghédira, Lamia Dridi, Marwa Bouazzi, Issam Matoussi, Ahmed Saïdi, et Mohamed Rachdi.

Dans un communiqué publié en réponse à cette démission, le parti Nidaa Tounes s’est attaqué au chef du gouvernement Youssef Chahed en l’accusant d’être à l’origine de la démission des parlementaires de Nidaa en ayant exercé une pression sur eux. 

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