TUNISIE
27/03/2018 19h:32 CET | Actualisé 27/03/2018 20h:26 CET

Selon Faouzia Charfi, "L’islam politique ne reconnaît pas la pensée rationnelle"

La religion, un frein à la science?

Amanda Coleman

“Aujourd’hui, nous ne sommes que des consommateurs de science, pas des créateurs” regrette la physicienne tunisienne Faouzia Charfi, dans une interview accordée au magazine français Sciences et Avenir.

Pour elle, l’esprit critique dans le monde islamique se trouve pris otage par une pensée religieuse qui refuse l’exercice de la raison. “L’esprit critique est un défi contemporain” souligne-t-elle.

Professeur de physique à l’Université de Tunis, Charfi s’est penchée, dès les années 70, sur la question relative au lien entre l’Islam et la science. Elle a longtemps cherché à comprendre le rejet de ses étudiants face aux contenus scientifiques tels que les théorie de la relativité et de l’évolution.

“Nous sommes face à un retour du religieux” explique -t-elle en précisant que la vague de mouvements politiques basés sur l’idéologie de l’islam politique “ne reconnait pas la pensée rationnelle”. 

 

 La physicienne a estimé que l’Islam politique remet en cause la notion du doute. “Il considère que le doute est dangereux pour le croyant et la certitude est la capitale de la foi” poursuit-elle.

L’universitaire souligne, par ailleurs, le rôle très important d’Internet dans la diffusion de ces idées. C’est sur la toile que cette idéologie se répand le plus. “Nos enfants sont séduits par tout ce qui se propage sur Internet” note-t-elle. 

Faouzia Charfi s’inquiète également de la régression scientifique en cours en Tunisie, en relevant quelques causes et symptômes qui s’inscrivent dans son diagnostic du monde musulman en général.

“Ce dévoiement de la science se traduit par la tentative d’une étudiante à Sfax, en Tunisie, que la terre était plate et fixe” a-t-elle précisé.

Elle raconte, d’ailleurs, comment elle s’est mobilisée sur les réseaux sociaux, avec d’autres universitaires, pour accélérer la décision de la commission des thèses pour ne pas valider ce travail. “Ce qui est dramatique c’est que l’étudiante a travaillé 3 ou 4 ans sur le sujet” déplore-t-elle.  

En effet, d’après ses réflexions, pour bouleverser les fondamentaux et révolutionner la science, une grande liberté d’esprit s’impose. Or, dès que la religion sort de la sphère intime, elle instaure une structure de pensée particulière qui empêche l’appropriation complète de la pensée scientifique.

Avant de sombrer dans ce que Charfi nomme l’ ”enfermement dogmatique”, la civilisation musulmane a connu des périodes d’apogée scientifique. “Aujourd’hui nous assistons à une manipulation de l’histoire de la part des islamistes qui ne revendiquent pas la totalité de l’héritage culturel islamique” a-t-elle estimé dans une autre interview accordée au même magazine Sciences et Avenir. 

“La philosophie rationaliste du XIIe siècle développé par Averroès (Ibn Roshd, en arabe) a été abandonnée par le monde musulman, alors qu’il a eu une influence immense sur la vie intellectuelle de son époque. Grand commentateur d’Aristote, Averroès ne cessait de clamer que l’ordre du Cosmos pouvait être prouvé par la raison. Il est temps qu’Averroès redevienne Ibn Rochd” a-t-elle souligné.

Pour retrouver l’apogée de l’universalité des sciences, Faouzia Charfi suggère, ainsi, une éducation à l’esprit critique dès le plus jeune âge.

Physicienne de formation et professeur à l’Université de Tunis, cette ancienne Secrétaire d’État à l’Enseignement prône une éducation moderne et s’oppose à l’idéologie islamiste. Elle est l’auteure de nombreux ouvrages comme “La Science voilée” (Odile Jacob, 2013) ou encore “Sacrées questions… pour un islam d’aujourd’hui” (Odile Jacob, 2017). Autant dire qu’elle se distingue par sa connaissance approfondie de l’évolution scientifique et son rapport à la religion dans le monde musulman.

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