MAROC
23/10/2018 12h:27 CET | Actualisé 23/10/2018 12h:30 CET

Pour Erdogan, l'assassinat "barbare" de Khashoggi est un "acte politique", "planifié" des jours à l'avance

S'il a énuméré un grand nombre de détails déjà rapportés dans l’affaire, il s'est bien gardé de froisser la monarchie saoudienne.

Associated Press

AFFAIRE KHASHOGGI - Il avait promis “la vérité nue”. Ce mardi 23 octobre, devant les élus de son parti, l’AKP, et la presse internationale, le président Recep Tayyip Erdogan s’est exprimé sur les éléments de l’enquête du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, disparu il y a trois semaines dans l’enceinte du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.

Alors que Riyad a reconnu la mort “accidentelle” de son ressortissant, une version peu convaincante pour la communauté internationale, le président turc affirme que le meurtre de Khashoggi a été un “acte politique”, “planifié” quelques jours avant le 2 octobre, date à laquelle le saoudien a été aperçu pour la dernière fois et livre une chronologie des faits. “Le 1er octobre, la veille du jour fatidique, une équipe arrive à Istanbul et se rend dans le consulat. Le lendemain, une autre équipe de trois personnes s’est rendue dans une forêt aux alentours de la ville pour faire du repérage (...) Au total, une équipe de 15 personnes se trouve à Istanbul et le 2 octobre, tous ces gens se retrouvent au consulat”, affirme-t-il, confirmant ainsi les versions des services de renseignements turcs. 

Après l’annonce de la disparition de Khashoggi, les autorités turques ont immédiatement lancé une enquête et les investigations ont révélé, au fur et à mesure, des “informations capitales”. “Les Saoudiens ont affirmé que Khashoggi était sorti du consulat, qu’il n’y était pas. Alors il y a eu cette personne qu’on a voulu faire passer pour Khashoggi et cet individu a quitté Istanbul en direction de Riyad. Ensuite, le gouvernement saoudien a rejeté le 4 octobre toutes les informations sur l’assassinat de Khashoggi”, poursuit-il. 

Des questions et peu de réponses

“Nous sommes à Istanbul, c’est notre droit le plus naturel de mener une enquête sur l’affaire. Nous avons pris notre temps, et j’ai parlé au roi Salmane. Je lui ai dit ce que nous pensions de cette affaire au vu de nos éléments.(...) Les autorités saoudiennes ont fini par admettre la mort de Khashoggi après une dispute au sein du consulat. Le roi m’a confirmé que 18 personnes ont été arrêtées en Arabie Saoudite, 15 en provenance de Turquie et 3 autres envoyées par le consulat”, indique Erdogan, pour qui il était nécessaire de révéler la vérité et contredire ceux qui ont “cherché à discréditer la Turquie dans les médias”. “La Turquie est en train de devenir la conscience commune de la communauté internationale. Essayer de cacher un meurtre aussi féroce va à l’encontre de la conscience de l’humanité” a-t-il ajouté. 

Toutefois, s’il avait annoncé en grandes pompes vouloir éclaircir toutes les zones d’ombres de cette sordide affaire, son allocution ce mardi pose surtout plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. “Pourquoi ces 15 personnes sont-elles venues en Turquie? Par qui ont-elles été commanditées? Pourquoi le consulat n’a été ouvert que plusieurs jours après? Pourquoi des informations contradictoires? Pourquoi nous n’arrivons pas à trouver le corps?”, s’interroge-t-il face à l’assemblée. “Nous attendons des réponses à ces questions. On nous a dit qu’un collaborateur local s’est occupé du cadavre. Qui est-il? Surtout, c’est un officiel saoudien qui nous a rapporté cette information. Qui est cette personne?”

Silence sur la famille saoudienne

Le 19 octobre, Riyad avait reconnu, avec parcimonie, la mort de Khashoggi, indiquant qu’il s’agissait d’une “erreur monumentale” et d’une “mort accidentelle”. “Je crois le roi d’Arabie saoudite, mais une investigation importante doit être menée de manière impartiale. Qui sont les complices, ici et ailleurs? Il nous faut des réponses. Le droit international, islamique, saoudien doivent faire ce qu’il faut”. Il demande au roi Salmane à ce que les 15 individus soient jugés à Istanbul, “mais c’est à son altesse de juger” glisse-t-il à la fin de son allocution. 

S’il a énuméré un grand nombre de détails déjà rapportés dans l’affaire, il s’est surtout bien gardé de froisser la monarchie saoudienne et le roi, “gardien des deux mosquées sacrées”. En somme, pas de sanctions diplomatiques prononcées, ni l’évocation de l’implication de Mohamed Ben Salmane, le prince héritier que beaucoup pensent être à l’origine de cet assasinat. Le président turc n’a fait aucune mention des enregistrements audio au contenu divulgué dans la presse et qui, selon les autorités turques, accableraient l’Arabie saoudite de torture et de meurtre sur le journaliste saoudien.