TUNISIE
10/04/2018 14h:33 CET | Actualisé 10/04/2018 15h:24 CET

Pour ce chercheur de l'université de Columbia, les pays arabes devraient suivre l'exemple de l'éducation tunisienne

La Tunisie représente l’exception à la tendance abrutissante des systèmes éducatifs arabes.

XtockImages via Getty Images

Pour le chercheur à l’université de Columbia, Safwan Masri, la Tunisie représente l’exception à la tendance abrutissante des systèmes éducatifs arabes. Et pour cause, tandis que la grande majorité des programmes scolaires arabes se focalisaient essentiellement sur la religion et l’histoire, la Tunisie s’est distinguée depuis son indépendance par un système éducatif moderne qui a permis l’ouverture de l’esprit critique chez les Tunisiens, et leur a donné, selon Masri, une base solide sur laquelle bâtir le pays après la révolution.

Alors que le reste des pays arabes faisait de la religion la principale base de la scolarité, le père l’indépendance tunisienne, Habib Bourguiba, avait choisi la voie de l’émancipation, consacrant plus de 35% du budget de l’État à l’éducation.

Ceci a, selon Masri, favorisé l’ouverture, la pensée critique et le débat, et a permis à la Tunisie de se démarquer de ses voisins.

D’ailleurs, selon lui, ces derniers devraient en tirer des leçons.

Dans son livre “Tunisia, An Arab Anomaly”, Masri établit la différence entre la Tunisie et le reste des pays arabes, qualifiant cette distinction par une anomalie, dans un sens positif du terme. Il critique ainsi le déclin, et parfois l’absence, de la pensée critique dans le monde Arabe, citant à cet effet l’exemple de l’Arabie Saoudite qui consacre entre 20 et 30% des heures de scolarité du primaire à la religion, au moment où d’autres pays comme la Libye, l’Irak, l’Algérie et la Syrie, imposaient le culte du “leader”, et interdisaient l’enseignement de langues étrangères.

Pour des pays comme l’Egypte et la Jordanie, Masri explique que leurs dirigeants ont utilisé l’Islam pour asseoir leur emprise sur le peuple, mais avaient cependant sous-estimé le pouvoir des islamistes. Ceux-ci ont par exemple en Jordanie, monopolisé l’éducation, enracinant la religion dans tous les programmes scolaires, y compris dans les sections scientifiques.

Mais l’éducation en Tunisie souffre depuis le début des années 1980, selon Safwan Masri, qui estime que la qualité de l’enseignement supérieur s’est détériorée, avec une baisse des normes académiques.

Ce système éducatif n’est désormais plus à jour selon lui, car avec l’évolution du marché du travail, les diplômés de ce système des années 1950 ne sont plus en mesure d’être embauchés, ce qui a contribué à la hausse du taux de chômage, en plus d’une situation socio-économique fragile.

Il reste toutefois optimiste quant à l’avenir du système éducatif tunisien, considérant que l’éducation bourguibiste est arrivée à survivre à ces changements malgré les difficultés, et que les réformes prévues dans ce domaine sauront améliorer la qualité de l’éducation et promouvoir la recherche.

Masri estime cependant que les dirigeants arabes ne font pas de l’éducation une priorité, et qu’il n’existe pas de volonté politique de réformes à cet égard.

“Les jeunes Arabes ne peuvent que regarder la Tunisie avec envie” a-t-il déclaré dans une interview accordée à la BBC, publiée par Foreign Policy.

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