MAROC
02/05/2018 15h:07 CET | Actualisé 06/06/2018 13h:43 CET

Pollution de l'air: Alors que l'OMS tire la sonnette d'alarme, le Maroc fait toujours figure de mauvais élève

La situation du royaume ne s'est pas améliorée depuis le dernier rapport de 2016.

Alexandros Maragos via Getty Images

POLLUTION  - 90% de la population mondiale respire de l’air pollué, entrainant chaque année, dans le monde, la mort de près de 7 millions de personnes de maladies cardiovasculaires et respiratoires. Des chiffres pour le moins accablants de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui tire la sonnette d’alarme dans un rapport, dénonçant les conséquences désastreuses de la pollution de l’air ambiant sur la population mondiale.

L’agence onusienne précise que 9 personnes sur 10 respirent de l’air contenant des niveaux élevés de polluants. Un chiffre qui reste inchangé depuis la publication du dernier rapport de l’OMS à ce sujet en 2016, même si elle note une certaine amélioration dans certaines régions du monde, en l’occurrence dans les pays développés. “Au cours des 6 dernières années, les niveaux de pollution de l’air ambiant sont restés élevés et plus ou moins stables, avec des concentrations en baisse dans certaines régions d’Europe et des Amériques”, relève l’OMS.

Sans surprises, les pays les plus pauvres et marginalisés subissent davantage les conséquences de la pollution de l’air et “portent le poids du fardeau”, selon le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus. 

Le rapport avance que plus de 90 % des décès liés à la pollution se produisent dans les pays à revenus faibles ou moyens, principalement en Asie et en Afrique, avec des moyennes annuelles de pollution qui dépassent souvent plus de 5 fois les limites fixées par l’OMS. Des pays où “l’air est chargé de particules fines qui pénètrent profondément dans les poumons et dans le système cardiovasculaire, causant ainsi des accidents vasculaires cérébraux, des problèmes cardiaques et des cancers du poumon”, ajoute l’organisation.

Les pays sub-sahariens sont particulièrement touchés par la pollution ambiante, bien plus que ceux du bassin méditerranéen. Cependant, l’OMS précise que certaines pollutions atmosphériques ne sont pas dues à une activité humaine et peuvent être parfois être causées par des tempêtes de sable.

Le Maroc, toujours mauvais élève

À peine une personne sur cinq sur la planète a la chance de vivre dans une région où les niveaux de pollution respectent toute l’année les seuils fixés par l’OMS, qui recommande aux pays de réduire la pollution de l’air en ne franchissant pas ces seuils.

L’indice de pollution se mesure en PM2,5 et PM10. Pour les particules fines PM10, les valeurs annuelles moyennes doivent être inférieures à 20 μg/m3, pour les PM2,5, soit des particules fines qui comprennent des polluants tels que le sulfate, les nitrates et le noir de carbone, il est recommandé qu’elles ne dépassent pas 10 μg/m3. 

Avec plus de 270 μg/m3 dePM10 en 2016, Delhi (Inde) et Le Caire (Égypte) sont les grandes mégalopoles mondiales les plus polluées. 

A Casablanca, poumon économique et industriel du pays, la qualité de l’air ne s’est guère améliorée depuis le dernier rapport: le taux de particules fines est toujours de 27PM2,5. Lorsqu’il se trouve entre 26 et 35, il indique une zone où la qualité de l’air est très polluée, dépassant largement le taux recommandé.  Dans le sud du pays, il peut parfois atteindre 34PM2,5. Par ailleurs, une carte interactive de l’OMS sur la pollution atmosphérique permet de prendre la mesure de la situation dans le pays qui, depuis 2016, stagne dans le orange, voire le rouge. 

Pour ce qui est des autres villes marocaines, Benslimane est dans le rouge avec une moyenne de 39 μg/m. Fès s’en tire avec une moyenne de 22μg/m3, Marrakech 28 et Meknès 29. Seules les villes de Safi et Salé s’en tirent avec de bonnes moyennes, respectivement 9μg/met 13μg/m3, faisant d’elles des villes où l’air est respirable et peu chargé en particules nocives. 

Pour l’heure, des mesures ont été fixées par le gouvernement qui travaille sur un plan stratégique, en cours d’adoption, pour améliorer la qualité de l’air au Maroc. Ainsi, à l’horizon 2030, le royaume devrait doter les grandes agglomérations de stations fixes de mesure de la qualité de l’air, portant ainsi leur nombre à 81, contre seulement 29 actuellement. Ce plan prévoit notamment l’accélération de la mise en place de comités régionaux de suivi et de surveillance de la qualité de l’air (CRA) et d’apporter des solution concrètes aux problématiques de pollution liées aux industries, aux transports et aux différents secteurs d’activités polluantes. 

D’autre part, l’OMS va organiser du 30 octobre au 1er novembre prochains à Genève, la première conférence mondiale sur la pollution de l’air et la santé, afin de convaincre un maximum de pays de déclarer la guerre à ce “tueur invisible”.