ALGÉRIE
08/05/2018 15h:42 CET | Actualisé 09/05/2018 17h:08 CET

Politique, féminisme et humour: Les murs d'Algérie parlent toutes les langues

"La7youtes" est une page Instagram consacrée aux prescriptions sur les murs en Algérie.

La7youtes/instagram

Les murs en Algérie parlent. Ils portent souvent la voix de ceux qui n’ont pas trouvé d’autres moyens pour s’exprimer. D’une ville à une autre des phrases tapissent les murs. Celles-ci racontent des histoires, expriment des engagements, rendent hommage et bien d’autres sentiments de leurs auteurs. Pour faire  découvrir ces murs, une page sur le réseau social Instagram, baptisée “La7′youtes” qui signifie les murs en Arabe dialectal, capte ce “langage des murs” et en fait sa promotion.

 

 

Sarra et Kenza deux étudiantes à l’institut national de management d’Alger(INSIM), âgées respectivement de 19 et 20 ans ont lancé en mars dernier cette page Instagram “La7′youtes”. Elles publient une série de photos dédiées aux prescriptions sur les murs de l’Algérie.

“Ces prescriptions nous ont toujours interpellées. Humour, coup de gueule, poésie, ce sont souvent des messages forts qui témoignent de l’état d’esprit de la rue voire de la société. Seulement leur durée de vie est éphémère, un coup de peinture fera taire ces voix solitaires à jamais. C’est pour cette raison que nous avons décidé de leur donner un nouveau souffle à travers notre page La7′youtes, à travers laquelle on invite aussi nos abonnées à partager leurs trouvailles avec nous” précise Kenza.

 

 

Depuis le lancement de leur page, Kenza et Sarra ont publié plus de 130 photos. L’engouement est tel  que les abonnés de cette page contribuent également à enrichir son contenu. Chaque jour les initiatrices de la page “La7′youtes” reçoivent des photos de murs tagués des différentes villes d’Algérie. 

“Nous avons créé cette page pour l’amour des murs. Ça semble étonnant de dire ça mais ces prescriptions donnent une identité aux quartiers. Ces murs portent souvent la voix de la jeunesse qui les habite. Et il est agréable de voir que nos abonnés sont aussi sensibles que nous à cette phrase laissée sur un mur quelque part. C’est pourquoi avec les contributions de nos abonnés, on veut faire de La7′youtes un moyen d’expression libre”, ajoute Kenza.

 

 


Sur ces murs on lit souvent des maximes, en arabe, français et anglais, exprimant l’espoir, un avis politique ou encore des conseils pour une meilleure conduite .

À la cité universitaire de Dely Brahim les étudiants, parlent de nationalisme avec une touche d’amertume “la patrie est pour les riches et le nationalisme est pour les pauvres”. Un autre étudiant de l’université de Batna1, est nostalgique de jours meilleurs, il laisse sur un mur de la faculté “je vais bien mais ce ne sont pas mes meilleurs jours”.

 

 

La vie en Algérie est racontée avec humour, dans le quartier populaire d’El-Harrach: “On compare souvent la patrie à la mère, seulement l’Algérie est comme la belle-mère.” Il y a aussi les coups de colère, à Illizi on dénonce une Algérie vendue en dinars “honte à vous, vous avez vendu notre pays en dinars”. À Blida, on est plus virulent: “si ce n’est pas la politique vous serez dans la poubelle de l’histoire”.

 

 

L’humour à l’Algérienne est fortement représenté, la théorie de la gravitation de Newton est reprise sur un mur à Oran avec dérision, on y lit “Il n’y a ni Newton ni rien, la gravitation est dans tes yeux”. Les injustices faites aux femmes sont également dénoncées, sur un mur au 1er mai, une prescription en anglais dit “quand tu es une femmes tu devrais avoir peur de marcher dans cette rue”. 

 

La7YOUTES/Instagram

 

D’autres images sont à découvrir sur la page “La7_youtes”.

 

 
En somme ces murs sont devenus la voix de la rue. Ils parlent de l’Algérie et de la liberté. Ils appellent à la tolérance, dénoncent les injustices, et expriment bien d’autres revendications.

Sur chaque photo publiée sur la page “La7youtes”, les administratrices légendent la photo, avec le nom de la personne qui l’a prise, la date, le lieu, et traduisent en français le message écrit sur le mur.

Avec leurs communauté, Kenza et Sarra continueront leurs pérégrinations à la quête de ces murs qui nous parlent.