TUNISIE
12/11/2018 20h:27 CET

Polémique autour de la création d'une antenne de la LICRA en Tunisie

Certains avouent être piégés.

La polémique enfle en Tunisie! L’affaire relative au “débarquement” de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), connue pour ses engagements pro-sionistes, en Tunisie a fait couler beaucoup d’encre durant ces deux derniers jours. Même si la nouvelle bascule entre intox et vérité, l’affaire fait scandale. 

Tout est parti d’un statut Facebook, posté dimanche, par le professeur de droit international et membre de la Commission sur les libertés individuelles et l’égalité (Colibe), Slim Laghmani. “Je me suis fait avoir” entame-t-il son post en jetant un pavé dans la mare. 

Une branche de la LICRA en Tunisie?

Invité par “une nouvelle association de défense des minorités et de lutte contre le racisme” Slim Laghmani raconte sa mésaventure:

“Hamrouny Salwa me demande, il y a une dizaine de jour, de la remplacer et de présenter à sa place l’avant projet de code des droits et libertés individuels à l’attention d’une nouvelle association de défense des minorités et de lutte contre le racisme. Elle avait pris deux engagements en même temps. J’accepte de le faire ne retenant que le jour, le lieu et l’heure et le nom de mon vis-à-vis dans l’association, Amine Jelassi, que je connaissais pour avoir siégé dans son jury de thèse”.

Au fil de son témoignage, le professeur de Droit a mis en doute le lien présumé trop étroit entre cette nouvelle association tunisienne et l’Organisation jugée sioniste, qui défend les intérêts de l’État sioniste sous couvert de l’antisémitisme.

“M. Kazdaghli était là, il m’invite à prendre un café en attendant l’ouverture. Il me présente deux Tunisiens de confession juive (sans autre précision), la discussion s’engage j’entends par deux fois nommer la LICRA”.

Tout ceci nourrit le soupçon chez Laghmani qui se voit à chaque fois rassuré par la présence de Habib Kazdaghli, le doyen de la faculté de la Manouba et icône de la gauche tunisienne. “Je pose la question à M. Kazdaghli qui m’assure que l’association qui a invité n’a rien à voir avec la LICRA, que c’est association autonome de droit tunisien” dit-il. 

Mais selon Slim Laghmani la vérité serait tout autre. “Je découvre après que non seulement les deux associations sont liées, mais qu’en plus l’association tunisienne est affiliée à la LICRA” regrette-t-il.

“Je présente mes excuses pour mon étourdissement et mon manque de diligence, j’ai eu tort de ne pas avoir cherché à en savoir plus, mais jamais je n’aurais pensé qu’un ancien étudiant dont j’ai fait partie du jury de thèse m’implique dans une manifestation à laquelle une association sioniste est associée” conclut-il.

Al Massar gèle l’adhésion de Habib Kazdaghli 

Arrivées comme un coup de tonnerre, les révélations de Slim Laghmani ont poussé le parti Al Massar à geler l’adhésion de Habib Kazdaghli jusqu’à l’adoption d’une décision définitive à son sujet.

Dans un communiqué rendu public, le parti explique que cette décision intervient sur fond de révélations portant sur la présidence honorifique de Habib Kazdaghli d’un Centre d’études historiques relevant de la section régionale d’une association ayant des liens avec le mouvement sioniste et qui opère sous couvert d’une association tunisienne.

Selon Al Massar, les faits attribués à Habib Kazdaghli sont graves et contradictoires aux principes et constantes adoptés par le parti en soulignant le fait que “les agissements et les liens d’appartenance de Kazdaghli n’engagent aucunement le parti”.

“Je suis visé” clame Habib Kazdaghli

De son côté, Habib Kazdaghli a affirmé sur les ondes de Jawhara Fm qu’il s’agit d’une campagne de diffamation orchestrée à son encontre. “Ce n’est pas la première fois que cela m’arrive. Je suis visé” martèle-t-il en soulignant le lien entre ce genre d’agissements et ses recherches d’études portant sur les minorités notamment les juifs en Tunisie. 

Kazdaghli a, par ailleurs, pointé du doigt la décision précipitée de son parti. Il a fait savoir que ce n’est pas la première fois qu’Al Massar tente de mettre à l’écart ses membres emblématiques. Il a cité, dans ce sens, l’exemple du ministre de l’Agriculture Samir Taïeb.  

Accusé de sympathie pour l’entité sioniste, Habib Kazdaghli nie en bloc. Il a affirmé que contrairement aux informations relayées par les médias, cette association adopte des principes en phase avec l’intérêt du pays et “ne touche en aucun cas la Tunisie”. 

Selon Kazdaghli, LICRA Tunisie est une association tunisienne qui regorge de compétences dont la majorité sont des anciens étudiants de sa faculté. “Je connais certains personnellement“ lance-t-il en précisant qu’il a été invité en tant qu’universitaire pour donner une conférence portant sur l’Histoire.

Si l’universitaire Cherif Ferjani a estimé que Habib Kazdaghli a été victime d’une manipulation et s’est fait piéger, ce dernier persiste et signe que “personne ne l’a induit en erreur.”

Pour Kazdaghli, plusieurs sont en train de jouer à fond la carte de la confusion et s’amusent à embrouiller un peu plus les esprits. “Je suis contre la normalisation avec le sionisme” affirme-t-il. 

L’annonce retirée du site officiel de la LICRA en France

À peine partagée, la nouvelle vient d’être retirée du site officiel de la LICRA en France. Cette décision aurait été prise pour calmer les agitations et les hurlements des activistes de la Campagne tunisienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (TACBI) et l’Instance nationale de soutien à la résistance arabe, à la lutte contre la nominalisation et le sionisme (INSRA), rapporte le site Espace Manager.  

Selon la même source, l’annonce de la LICRA a été supprimée sur instruction du président du bureau tunisien de la LICRA.

D’après le président de l’association, les priorités de la LICRA Tunisie se focalisent principalement sur “la protection des minorités (la communauté juive, les chrétiens et les bahaïs) et la lutte contre le racisme en général. La LICRA combat aussi la haine au quotidien et la banalisation des actes antisémites, en apportant une aide juridique aux victimes”. 

En effet, la date du lancement de la branche tunisienne n’est pas anodine. Elle coïncide avec la date anniversaire des 9 et 10 novembre 1938, qui marque le passage de la discrimination des juifs à leur persécution puis leur extermination par les nazis en Europe” note le site Europe-Israel.

Des démissions en bloc 

Après ces révélations, les réactions fusent de partout, surtout à propos de l’identité des membres de l’équipe de la LICRA Tunisie annoncée par LICRA France.

Etant au centre de la polémique, Amine Jelassi, présenté par LICRA-France comme vice-président et chargé des affaires juridiques à la commission juridique, vient de s’exprimer dans un post publié sur sa page Facebook.

Amine Jelassi a fait savoir qu’il ne connaissait pas la nature des activités de l’organisation française et son engagement pro-sioniste.

Après s’être renseigné, ce dernier a reconnu avoir commis une erreur. Il a affirmé que lui et les autres membres démissionnaires sont pour la défense des causes justes et en particulier celle du peuple palestinien et refusent toutes forme de normalisation avec l’entité sioniste.

Amine Jelassi s’excuse auprès des invités et conférenciers de les avoir impliqués dans une telle polémique et annonce qu’il n’a désormais aucun lien avec cette organisation douteuse.

Fondée en 1936 en France, la LICRA qui a une grande influence médiatique, a intensifié son action internationale et oeuvré pour une implantation dans plusieurs pays: Suisse, Belgique, Luxembourg, Allemagne, Autriche, Portugal, Canada, USA, Cameroun, ou encore le Congo Brazzaville.

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