TUNISIE
10/09/2018 14h:28 CET | Actualisé 10/09/2018 15h:55 CET

Pointé du doigt par I Watch dans l'affaire "Warda", l'ancien ministre de l'Énergie et des mines Mongi Marzoug se défend, arguments à l'appui

Suspicion de malversation et opérations douteuses à l'ETAP, l'ancien ministre de l’Énergie et des Mines démêle le vrai du faux

Anadolu Agency via Getty Images

Un véritable pavé dans la mare qu’a jeté, depuis près d’une semaine, l’ONG I Watch en dévoilant l’affaire douteuse du champ pétrolier “Warda”. Preuves à l’appui, l’organisation accuse l’Entreprise tunisienne des activités pétrolières (ETAP) de malversation et pointe du doigt certains dirigeants et hauts cadres d’avoir gonflé les chiffres et dépensé des sommes mirobolantes pour l’achat des titres d’hydrocarbures (droits et obligations) de la société suédoise “Pa Resources”, pour des permis de recherche expirés et des champs pétroliers à faibles rendements.

D’après ses révélations, l’ancien PDG de l’ETAP, Mohamed Akrout avait sacrifié 250 milliards pour l’achat d’une “fleur fanée” en allusion au nom choisi pour le cryptage de l’affaire “Warda”, et ce après “une rencontre secrète et un débat de haut niveau sur la faisabilité du marché, entre le ministre de l’Énergie et des Mines, Mongi Marzoug et plusieurs experts du secteur de l’énergie”.

Mongi Marzoug, ministre de l’Énergie et des Mines à l’époque de Habib Essid, confie au HuffPost Tunisie que ”l’ETAP avait estimé après discussion avec le ministère et les experts le coût du projet à 110 millions de dollars” a-t-il précisé.

Selon l’ancien ministre, I Watch s’est basée exclusivement sur les études menées par l’ETAP, sans se référer à d’autres sources complémentaires pour mieux décortiquer l’affaire. Il a noté que l’enquête d’I Watch est superficielle et ne tient pas compte du volet stratégique du dossier.

De plus, les interprétations formulées par l’organisation manquent de profondeur et ne fournissent pas assez de détails concernant la faisabilité économique du projet. 

D’après lui, la mauvaise interprétation des données et le manque d’une vision globale laisse les affirmations de cette dernière aux contours flous. “La discussion et l’évaluation du projet n’étaient pas assez pointues” fustige-t-il en remarquant le fait qu’I Watch ne s’est pas référée à des spécialistes dans son analyse.

Pour Mongi Marzoug, les révélations d’I Watch sont erronées. Ce n’est qu’une “récitation de données et d’informations d’une manière subjective et pressée”, selon ses dires.

Pour déceler le vrai du faux, l’ancien ministre n’a pas hésité à dévoiler quelques éléments et documents relatifs au projet de l’ETAP que son ministère, ministère de tutelle a suivi. Il a démontré que contrairement aux accusations d’I Watch, le traitement du dossier “Warda” a été fait dans les règles de l’art. Le principe de transparence ainsi que la consultation des différentes commissions ont été respectés tout au long du processus, révèle Mongi Marzoug en exposant l’historique de suivi de l’affaire par son ministère.

Il a précisé, d’autre part, que la présidence du gouvernement et le ministère des Finances étaient au courant l’affaire et ont suivi de près son évolution dès le premier jour. 

En ce qui concerne l’accusation portée sur le faible rendement du projet, Mongi Marzoug a fait savoir que malgré les embûches et certaines difficultés, l’opportunité qu’offre cet investissement a fait presque l’unanimité. Des directeurs, des experts... Tous ont manifesté l’intérêt d’un tel projet et de son apport en faveur de l’ETAP. 

D’ailleurs, il a évoqué le fait que dans la foulée des discussions et d’évaluation de la pertinence du projet avec la commission parlementaire chargée de l’énergie ont été faites. Le syndicat de base relatif à l’ETAP a tenté de faire pression sur le ministère pour accélérer le dossier et donner son feu vert au projet. Le syndicat a en effet accusé le ministère à l’époque de vouloir laisser passer une opportunité en or pour améliorer la situation de l’ETAP.

“Si le ministère s’est opposé à l’intention de l’ETAP de contrôler de façon intégrale le projet, j’aurais été accusé de vouloir céder les richesses du pays au lobbies et sociétés privées” a noté Marzoug avant de conclure qu’il a fourni beaucoup d’efforts pour déterminer l’utilité et la rentabilité de ce projet au profit de l’État et de l’ETAP. 

“Le ministère a joué son rôle de tutelle pour s’assurer de sa rentabilité économique, son intérêt stratégique, et ses risques. C’est pourquoi le ministère a refusé le projet dans sa version initiale. Il s’agit également d’acheter les droits et les obligations de PA Ressources et donc c’est la commission interministérielle des hydrocarbures qui donne son accord. Par contre, le ministre a le droit de Veto, mais il ne peux rien faire si la commission refuse l’achat” a-t-il précisé.

Mongi Marzoug
Mongi Marzoug

 

Le secteur de l’énergie et des mines est en pleine tourmente après le limogeage par le chef du gouvernement Youssef Chahed du ministre Khaled Kaddour, du secrétaire d’État aux mines, et de plusieurs responsables, dont le PDG de l’ETAP. 

Des limogeages liés à des soupçons de corruption ou de mauvaises gestion qui ont remis au devant de la scène la question de l’exploitation des ressources naturelles en Tunisie.

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