MAROC
16/11/2018 12h:39 CET | Actualisé 17/11/2018 13h:44 CET

Les Marocains juifs résidant à l'étranger célèbrent leurs racines à Marrakech

"La puissance de l’identité marocaine est telle que le plus souvent, c’est elle qui gagne quand il y a conflit d’identité", déclare le président du Conseil des communautés israélites du Maroc.

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Près de 200 personnes venues du Maroc et d’ailleurs ont répondu à l’invitation du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME). Le Conseil a organisé, du 13 au 18 novembre à Marrakech, sa plus grande rencontre marocains juifs, en partenariat avec le Conseil des communautés israélites du Maroc (CCIM).

Intellectuels, leaders d’opinion, hommes politiques, hommes et femmes d’affaires qui font partie de la communauté juive d’origine marocaine résidant à l’étranger sont venus discuter, à travers plusieurs panels et conférences, de leur marocanité et de la préservation du patrimoine juif dans leur pays d’origine. Entre deux passionnantes séances, les participants ont souvent poursuivi leurs débats, un café à la main, en hébreu, en français, en anglais ou encore en espagnol, avant de poursuivre, sans transition, leur conversation en darija.

Ceux qui ont vécu dans les Mellah livrent avec nostalgie des anecdotes du passé, tandis que d’autres, plus jeunes, se disent attachés au royaume sans pourtant le connaître. “La puissance de l’identité marocaine est telle que le plus souvent, c’est elle qui gagne quand il y a conflit d’identité. Ces juifs se sentent Marocains même si un de leurs parents ne l’est pas”, explique au HuffPost Maroc, Serge Berdugo, président du CCIM.

“Bien que j’ai quitté le Maroc à l’âge de 7 ans, je me sens à 100% Marocain et je n’essaie jamais de cacher cette partie de mon identité”, confie au HuffPost Maroc un jeune habitant de Tel Aviv en Israël, pays qui abrite aujourd’hui la plus grande communauté de la diaspora juive marocaine avec plus de 800.000 habitants.

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Serge Berdugo, président du Conseil des communautés israélites du Maroc (CCIM).

La France, le Canada, la Belgique, ou encore la Chine -où le président actuel de la communauté juive est marocain-, font également partie des destinations que les juifs du Maroc ont choisi pour leur exil qui s’est accentué durant la deuxième moitié du 20e siècle.

“Il y a eu des problèmes entre juifs et musulmans au Maroc dans le passé, mais jamais le problème n’était d’ordre religieux. Le respect des juifs pour l’islam et le respect des musulmans pour les juifs n’a jamais été démenti. Des erreurs ont été faites dans le passé mais je crois que cela va se régler par un retour d’un islam marocain authentique”, déclare, fermement, Berdugo. 

Aujourd’hui, ils sont près de 3.000 résidents encore au Maroc, mais avec les 40.000 juifs marocains qui visitent, en moyenne, le pays chaque année, ils ne sont “pas moins de 10.000 à la fois”, selon Berdugo.

Valorisation du patrimoine matériel

Ces milliers de juifs ont laissé derrière eux un patrimoine matériel important au Maroc, notamment des synagogues, des cimetières et des nécropoles. Depuis mai 2010, une dizaine de synagogues ont été réhabilitées dans les villes et les campagnes et 175 cimetières ont été restaurés sur les 250 qui ont été inventoriés au Maroc. Une deuxième phase de valorisation de ces sites historiques du judaïsme marocain a été lancée en 2018 et comporte la rénovation de trois synagogues, ainsi que la création de quatre musées du judaïsme, à Tanger, Marrakech, Fès, et El Jadida. Les travaux sont prévus pour une période de deux ans, précise Serge Berdugo. Ce dernier ajoute que l’ensemble de ces travaux n’ont cependant pas été lancés pour faire revenir les juifs exilés du Maroc mais pour faire perdurer “ce marqueur de notre civilisation”.

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Synagogue de Tanger après rénovation.

“Nous ne demandons pas aux Marocains juifs qui habitent à l’étranger de revenir ou de financer ces projets. Ce qu’on leur demande, c’est de se sentir Marocains. La notion de Marocanité n’est pas une notion de résidence mais plutôt d’appartenance”, explique cet ambassadeur du Maroc à l’étranger. “On peut aider davantage un pays en apportant des idées, du travail, un projet et essayer d’apporter sa pierre à l’édifice du Maroc, de la paix et du dialogue interculturel… trouver quelqu’un qui peut porter une idée est aussi important que d’apporter des financements”, défend-il.

Une mémoire à préserver

Les lieux de prière et de repos ne sont pas les seuls vestiges du patrimoine juif au Maroc. Le patrimoine immatériel est tout aussi important à sauvegarder, notamment la langue de l’hébreu aujourd’hui enseignée dans toutes les facultés de lettres et sciences du Maroc, selon Omar Halli, président de l’université Ibn Zohr d’Agadir.

Ce dernier regrette cependant le choix d’enseigner l’hébreu comme langue orientale, aux côtés du perse. “L’hébreu fait partie de notre patrimoine. Il est temps d’enseigner la culture hébraïque, composante essentielle de notre culture marocaine”, ajoute Halli, appelant à l’ouverture de quelques synagogues au public pour les transformer en véritables centre culturels.

Pour Driss Khrouz, directeur du Festival des musiques sacrées de Fès, qui a eu droit à une standing ovation pour son discours sur les défis du Maroc contemporain, lors de l’événement de Marrakech, l’hébreu fait partie de notre culture tout comme l’amazigh. L’ancien directeur de la Bibliothèque nationale du royaume du Maroc, a également appelé, dans une déclaration donnée au HuffPost Maroc, à l’enseignement de l’histoire des religions, dont celle du judaïsme marocain, pour ne pas tomber dans la négation de l’histoire. 

Pour permettre à ce patrimoine de perdurer, les équipes du musée du judaïsme de Casablanca ont, pour leur part, effectué des enquêtes de terrains, dans les villes et villages qui autrefois abritaient des familles juives, auprès des musulmans qui ont côtoyé et vécu avec des juifs. Ce travail effectué notamment par la conservatrice du musée Zhor Rehihil, ainsi que par feu Simon Levy, grand militant pour la cause juive au Maroc, a permis de collecter de créer une base de données d’interviews et d’enregistrement sonores d’une mémoire juive racontée par des musulmans.