MAROC
19/12/2018 13h:17 CET | Actualisé 19/12/2018 14h:06 CET

Plus de la moitié des Parisiens ne veulent pas être en couple avec quelqu'un d'origine africaine ou arabe

Les clichés ont la vie dure.

anyaberkut via Getty Images

ENQUÊTE - “Coucheriez-vous avec un mec du 9-3?”. L’Institut français d’opinion publique (Ifop), a publié une nouvelle enquête pour le moins étonnante, ce 17 décembre. Il s’est intéressé au poids des origines et du lieu de résidence dans le choix du conjoint des Parisiens et des Parisiennes. Résultats (entachés par des stéréotypes): sur les 2.000 personnes interrogées, plus de la moitié est réticente à l’idée de se mettre en couple avec quelqu’un d’origine africaine ou arabe.

Rares sont ceux qui assument retenir les critères de religion (26%) et d’origines ethniques (23%) lorsque qu’ils choisissent un partenaire. “Ils déclarent plutôt prendre en compte ‘l’éducation/les manières’ (59%), les ‘hobbys’ (38%) ou la ‘situation parentale’ (31%) lorsqu’ils font le choix d’une personne avec laquelle ils souhaiteraient être en couple”, souligne l’Ifop.

Les résultats de l’enquête, menée par le département “Genre, sexualités et santé sexuelle”, dévoilent pourtant un paradoxe étonnant: “Si les discours des Parisien(ne)s ont tendance à valoriser une certaine ouverture à la mixité sur le plan social, géographique ou ethnique, celle-ci est, en réalité, peu pratiquée dans les faits”, affirme l’Institut.

Les résultats montrent que plus d’une femme sur deux serait réticente à une relation inter-ethnique. 62% des Parisiennes refuseraient de se mettre en couple avec quelqu’un originaire d’un pays d’Afrique subsaharienne, 57% d’entre elles avec quelqu’un originaire d’un pays du Maghreb ou du Moyen-Orient et 54% avec quelqu’un originaire d’un pays d’Asie du sud-est. Pour expliquer cette réticence vis-à-vis des pays arabes et africains, l’Ifop pointe du doigt les stéréotypes. Ces partenaires ont “pour point commun d’être souvent présentés comme porteurs d’une culture conservatrice peu respectueuse des principes d’égalité entre les sexes”, assure l’Institut.

Dans le détail, le rejet des hommes venant d’Afrique “noire” intervient principalement chez les femmes âgées (78%), aisées (66%), situées à droite politiquement (83% chez les sympathisantes Les Républicains, 85% chez les sympathisantes Rassemblement National) ou vivant dans les quartiers ‘bourgeois’ de la capitale (72% dans le 7e, 67% dans le 16e).

Côté hommes, le taux de refus d’être avec une personne d’origine africaine ou arabe est légèrement moins élevé que chez les femmes: 51% refusent d’être avec quelqu’un originaire d’un pays d’Afrique subsaharienne, et 44% avec quelqu’un originaire d’un pays du Maghreb ou du Moyen-Orient. Le rejet des Asiatiques s’atténue par contre beaucoup plus dans les résultats (34%), “ce qui tient peut-être au fait que les clichés qui lui sont associés correspondent, eux, aux représentations traditionnelles de la féminité”, souligne l’Ifop.

Pour l’ensemble des personnes interrogées, les relations purement sexuelles sont moins vouées à l’ostracisme. “Dans cette perspective moins impliquante, on note par exemple un rejet un peu moins fort (...) des personnes originaires d’Afrique subsaharienne: 52% refuseraient d’avoir une relation sexuelle avec ces dernières, contre 57% qui refuseraient d’avoir une relation sentimentale”.

“Le métissage transgressant des interdits encore très présents dans les esprits, la construction d’un couple interracial ou interconfessionnel reste une perspective difficile à envisager pour nombre de Parisien(ne)s, notamment lorsqu’à la distance culturelle s’ajoute une forte distance sociale”, analyse François Kraus, directeur du pôle politique de l’Ifop.

“Ainsi, les hommes dits ‘africains’ ou ‘arabes’ s’avèrent, avec les habitants de la très ‘populaire’ et ‘métissée’ Seine-Saint-Denis (banlieue nord de Paris, ndlr), les plus exposés à cette forme de rejet. Comme dans d’autres domaines, les Parisien(ne)s cultivent donc en matière sexuelle et conjugale une sociabilité de l’entre-soi qui favorise une forte endogamie géographique, sociale et culturelle”.

Doit-on limiter ces résultats aux Parisiens? Au mois d’avril dernier, le YouTubeur Diego Morissou partageait des micro-trottoirs sur le même sujet. Dans la rue, il demandait aux personnes qu’il croisait avec quelles nationalités elles ne “sortiraient jamais”.

“Les réponses sont effarantes”, souligne-t-il au début de sa première vidéo, vue plus de 1,5 million de fois: “Je ne sortirai jamais avec un Congolais par rapport à la fidélité”, “Pardon mais pas d’Asiat’, pas de Roumains”, “Je ne pourrai jamais sortir avec un Arabe parce que c’est des voleurs, en plus de ça ils battent beaucoup leurs femmes”, “J’aime pas les Français, je les trouve trop mous. Et radins”, “Un Asiat encore moins qu’un ‘babtou’”... Les clichés ont la vie dure.