MAROC
31/10/2018 19h:09 CET

Plus de 97 millions DH mobilisés pour la scolarisation des enfants en situation d’handicap en 2018

Un budget qui reste insuffisant, notamment selon l'Union Nationale des Associations œuvrant dans le domaine du Handicap Mental au Maroc.

APAEI

HANDICAP - Le budget alloué à la scolarisation des handicapés au Maroc pourrait bientôt atteindre les 100 millions de dirhams. C’est ce que révèle les résultats de l’évaluation du fonds d’appui à la cohésion sociale, présentés ce 30 octobre lors d’une journée d’étude à Rabat, par Bassima Hakkaoui, ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement. 

Après trois ans de mise en oeuvre du fonds d’aide, le ministère a évalué la situation et révélé, suivant les derniers chiffres en la matière, que le budget de la scolarisation des enfants handicapés est passé de 44 millions de dirhams en 2015, lors de son année de lancement, à 97,8 million de dirhams en 2018 pour couvrir les besoins de 8.642 enfants de 213 associations opérant dans toutes les régions du Maroc.

La moyenne de prise en charge de la scolarisation de chaque enfant a suivi, augmentant de 846 dirhams par mois en 2015 à 1021 dirhams en 2017. Celle-ci varie entre 300 et 1700 dirhams selon la ville, le type de prise en charge, le genre mais aussi le type de handicap de l’enfant. 

En 2017, les personnes handicapées mentalement ont eu droit à 55,6% du budget réservé à l’amélioration des conditions de scolarisation des enfants handicapés. Près de 39,5% du budget a été alloué aux personnes souffrant de plus d’un handicap, alors que les enfants à handicap auditif et les malvoyants n’ont reçu respectivement que 4,5% et 0,42% du budget.

“Un enfant autiste ou trisomique aura beaucoup plus de besoins et donc de prestations qu’une personne souffrant d’une déficience motrice. Le coût n’est donc pas le même”, explique au HuffPost Maroc Ahmed Aït Ibrahim, directeur de la division de l’insertion sociale des personnes en situation d’handicap au ministère.

Pour Sabah Zemmama Tyal, présidente de l’Union Nationale des Associations œuvrant dans le domaine du Handicap Mental au Maroc (UNAHM), le budget de 97 million annoncé reste insuffisant, puisqu’il ne recouvre qu’une partie des enfants handicapés. 

“Quand on annonce un tel chiffre, on peut penser que c’est un très gros budget, alors qu’il ne bénéficie qu’à moins de 9000 enfants, un nombre insignifiant par rapport à la totalité des enfants handicapés au Maroc”, s’indigne la présidente de l’UNAHM, rappelant le retard de plus d’un an des versements des subventions révélé par le dernier rapport de la Cour de comptes. 

Le rapport avait en effet dénoncé le “nombre insuffisant des bénéficiaires de l’enveloppe financière allouée à l’amélioration des conditions de scolarisation des enfants en situation de handicap”, ainsi que “le retard dans le déblocage des subventions aux associations bénéficiaires.”

L’UNAHM, un des acteurs sociaux les plus importants au Maroc qui défend les droits des personnes en situation d’handicap, regrette par ailleurs de ne pas avoir été invitée à la journée d’étude où plusieurs associations représentants différents régions du Maroc étaient présentes.

L’Association marocaine pour enfants sourds (AMES) se dit aussi être avoir été ”écartée” de cette journée, tout comme d’autres associations pilotes dans le domaine qui attendaient cette occasion pour être entendues et proposer des recommandations au ministère vu leur expertise en la matière.

”Le ministère a choisi des associations bien définies pour ne pas être gêné par les associations qui ont pris part, en septembre, à des sit-in pour dénoncer la mauvaise gestion et la mauvaise gouvernance du fonds d’appui de la cohésion sociale”, s’indigne Kamal Mjaoual, directeur administratif et pédagogique de l’AMES.

“Le ministère a eu du mal à débloquer des fonds et faute de moyens, beaucoup d’enfants handicapés en âge de scolarisation n’ont aujourd’hui pas accès aux établissements de protection sociale ou aux classes intégrés”, regrette-t-il, suggérant que le ministère de la famille signe une convention bilatérale avec le ministère de l’éducation pour résoudre ce problème.

Le président de l’association des parents et amis d’enfants inadaptés (APAEI), Redouane Ali, présent lors de la journée d’études, dénonce également le retard des versements des subventions notamment à cause des procédures de demandes de subvention “longues et compliquées”. Ce dernier salue néanmoins la volonté du ministère d’améliorer la situation des handicapés au Maroc.

Encore du travail à faire

L’évaluation a permis de déterminer les lacunes du programme de soutien aux personnes en situation de handicap, notamment au niveau de la qualité des prestations liées à la maîtrise des méthodes éducatives du personnel des établissements qui assurent la prise en charge des handicapés et la formation d’acteurs sociaux spécialisés dans divers domaines.

Un constat qui semble déplaire aux associations. Le président de l’APAEI assure que leurs éducateurs sont bien formés et savent parfaitement interagir avec l’enfant handicapé. Le directeur administratif de l’AMES dénonce quant à lui l’inexistence de véritables centres de formations ou d’écoles spécialisées pour former les futurs éducateurs d’enfants en situation de handicap. “Nous n’avons aujourd’hui que des licences professionnelles de l’éducation spécialisée alors que chaque handicap a des besoins particulier”, regrette-t-il.  

 

lisegagne via Getty Images

Pour résoudre ce problème, le ministère prévoit dans un premier temps de lancer un programme national “ambitieux”, d’après Hakkaoui, de formation début 2019 pour renforcer et améliorer les compétences des formateurs dans les centres. Une réhabilitation et mise à niveau de ces établissements est également prévue pour améliorer les équipements et les services. Le fonds d’appui s’engage aussi à ouvrir plus de centres dans les provinces et zone rurale.

Autre point d’amélioration: le renforcement de l’accompagnement des auto-entrepreneurs afin de mettre en place leur activité génératrice de revenu. Le fonds d’appui a reçu aujourd’hui près de 20.000 demandes mais n’a pu répondre à et soutenir que 940 entreprises dont 57% travaillent dans le domaine des services, 25% de l’artisanat, 14% dans le commerce et 4% dans l’agriculture.

Toujours dans l’objectif d’assurer l’autonomie des handicapés, le ministère annonce l’organisation, pour la première fois au Maroc, d’un concours national réservé aux diplômés en situation de handicap, quel que soit leur type d’handicap, pour leur permettre d’accéder à des postes qui leurs sont dédiés et faire appliquer le quota de 7% dans la fonction publique.

Les résultats ont également démontré que ce soutien à la scolarisation et à l’accès à l’emploi n’était pas suffisant pour les familles qui vivent dans une situation précaire ou qui ont plus d’un membre handicapé. “Celles-ci bénéficieront d’un soutien financier direct”, assure la ministre au HuffPost Maroc, soulignant que d’autres études sur les personnes handicapées au Maroc sont en cours et devraient être achevées dans un an. 

Mis en place en 2015, le fonds d’appui à la cohésion sociale vient en aide aux personnes en situation de handicap au niveau national dans les villes comme dans les provinces et rentre dans la vision du projet global du registre social unifié.