MAROC
09/11/2019 09h:18 CET | Actualisé 09/11/2019 19h:32 CET

Plongée au coeur du festival Taragalte, sous les étoiles de M’hamid El Ghizlane (REPORTAGE)

Le festival a eu lieu du 1er au 3 novembre sur les dunes de M'hamid El Ghizlane.

Hanane El Arjoun
Festival Taragalte

CULTURE - On est à Taragalte, commune rurale de la province de Zagora, dans la région de Drâa-Tafilalet. Située à la lisière du Sahara, aux confins de la frontière algéro-marocaine, cette commune appelée également M’hamid El Ghizlane s’est transformée, le temps d’un long week-end, en un gigantesque camping.

Du 1er au 3 novembre, la ville a accueilli le Festival Taragalte, l’un des festivals les plus originaux du sud du pays, dont la popularité ne cesse de croître. Regroupant des centaines de festivaliers locaux et internationaux, la 10ème édition du festival a tenu toutes ses promesses.

Dès la veille du festival, les festivaliers venus de partout ont monté leur tentes. L’ambiance est décontractée, on écoute de la musique, on prépare à manger, on parle du festival ou on roupille sous sa tente. Si l’objectif des organisateurs est de “célébrer la musique du monde, s’ouvrir sur la profondeur africaine et soutenir l’économie locale à travers la mise en valeur des oasis de la région”, celui des visiteurs est d’échapper au stress des grandes villes, pour une expérience unique.

”Nous sommes arrivés ce matin. Nous sommes de Casablanca, nous avons fait 15 heures de route pour arriver ici et, bizarrement, on n’est pas très fatigués!”, nous confie Mustapha, fidèle du festival Taragalte. ”C’est ma quatrième fois ici, ce festival est pour moi un rituel annuel” ajoute-t-il.

Hanane El Arjoun
Festival Taragalte

Dans un camping un peu plus loin, à quelques kilomètres de la scène, on entend tous genres de musiques. La veille du festival, les festivaliers impatients de voir le show de leurs groupes préférés s’improvisent DJ pendant la soirée, et ce à tour de rôle. ”On est là pour la musique avant tout. Personnellement, je n’ai pas pris de vacances en été, du coup j’en profite maintenant. Mon bonheur se trouve ici et se traduit par de la musique toute la nuit, sans arrêt. On choisit les chansons à tour de rôle, et c’est mon tour d’ailleurs” s’exprime Samiha, festivalière de 26 ans. 

Concerts, conférences, courses de dromadaires, hockey sur sable, gastronomie désertique, plantation d’arbres, ateliers de peinture et de musique, expositions de produits de terroirs oasiens, résidences artistiques et espaces d’échange pour les jeunes talents... Le menu de ce festival est riche et ne laisse pas place à l’ennui chez les festivaliers, et surtout les touristes étrangers. Ces derniers sont venus de partout: France, Pays-Bas, États-Unis, Suède et même d’Inde. ”C’est ma première fois au Maroc, et c’est une collègue marocaine originaire de Zagora qui m’a conseillé de venir assister à ce festival. Ce n’était pas dans mes plans, mais je peux dire que je suis heureuse d’y assister, c’est magique, les gens sont gentils, les paysages sont à couper le souffle, et puis l’expérience du désert est une chose que j’ai toujours voulu faire”, nous confie Laura, touriste suédoise.

Même si les activités de ce festival sont diversifiées, ce sont les concerts qui attirent le plus de monde, et on comprend facilement pourquoi. Des artistes comme le gnaoui Aziz Sahmaoui, les groupes Génération Taragalte, Tarwa N’Tiniri, ou encore le fameux chanteur algérien Kader Tarhanine ne laissent pas le public indifférent.

Chaque soir, les festivaliers envahissent le lieu où se trouve la scène, profitant ainsi de l’un des moments les plus magiques à M’hamid: le coucher de soleil. Alors que quelques uns s’installent dans les dunes avoisinantes, d’autres font le tour des petits stands de barbecue, pour le plus grand bonheur des locaux qui se transforment en restaurateurs durant les trois jours du festival. Ali, vendeur de tajines, est là depuis la veille du festival. ”J’ai commencé jeudi parce que comme chaque année, les festivaliers viennent un jour avant, j’en profite pour gagner un peu d’argent”, nous confie-t-il. ”Comme vous voyez, il n’y a pas grand chose à faire à M’hamid El Ghizlane, on a deux festivals par an, et c’est notre occasion pour gagner des sous. Nos tajines sont un peu plus chers, puisqu’on est juste à quelques mètres de la scène, mais les gens comprennent ça”, explique-t-il.

Hanane El Arjoun
Tarwa N'tiniri

Au festival Taragalte, l’ambiance unique ne ravit pas que les festivaliers. Les artistes aussi soulignent la bonne ambiance générale de l’événement. C’est le cas de Samira’s Blues, chanteuse maroco-néerlandaise ayant participé au festival. “C’est ma deuxième fois ici, ça fait du bien de voir le public répéter les chansons, la bonne humeur se dégager, les foules danser, et tout ça dans le désert, dans la nature” nous explique-t-elle. 

Un sentiment partagé par le leader du groupe local Noujoum Sahra, Said Taleb. Ce dernier estime que ce festival a un rôle important à jouer: celui de transmettre la culture hassanie et nomade au reste du monde. ”Je suis heureux de voir le public savourer nos chansons, et ce genre musical généralement. Je suis fier du fait que notre culture plait à tout le monde, au point de parcourir des kilomètres pour la découvrir de près”.