MAROC
02/11/2018 19h:05 CET | Actualisé 02/11/2018 19h:21 CET

PLF 2019: Face à une surpopulation carcérale, la DGAPR crie au manque de moyens

Seulement un fonctionnaire pour 40 détenus de jour, et pour 300 détenus de nuit.

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PRISON - Plus d’ambitions que de moyens. La Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR) ne cache pas sa déception quant au budget qui lui est alloué dans le Projet de loi de finances 2019. La présentation du projet du budget sectoriel, ce vendredi, à la commission de justice, de législation et des droits de l’homme à la Chambre des représentants, y a mis l’accent. 

Lue par le porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, au nom du délégué général Mohamed Salah Tamek, la DGAPR a estimé que les 500 postes budgétaires qui lui sont alloués au titre du PLF 2019 en augmentation par rapport à l’an précédent (350 postes) restent insuffisants. “Ce n’est pas suffisant par rapport au manque de ressources humaines qui impacte négativement le taux d’encadrement”, affirme la DGAPR. En chiffres, ce taux d’encadrement est “d’un fonctionnaire pour 40 détenus durant le jour et d’un fonctionnaire pour 300 détenus pendant la nuit”. 

Une situation qui ”épuise en continue les ressources humaines qui travaillent dans des conditions difficiles et risquées”, insiste Tamek, précisant que son personnel n’a toujours pas droit à des indemnités notamment sur le logement, contrairement aux fonctionnaires exerçant dans des secteurs similaires opérant dans la sécurité, et ce “malgré leurs revendications”. 

Autre problème lié au manque de ressource humaine: l’encadrement médical. La délégation affirme qu’à la date de septembre dernier, elle comptait un médecin pour 883 détenus, ce qui, pour elle, reste en dessous de ses ambitions qu’elle qualifie de “bien plus grandes”. Et de regretter que son recrutement de 12 médecins au cours de cette année ne peut répondre aux besoins réels, d’autant que “les démissions se succèdent en raison des conditions de travail difficiles et le refus de médecins du public et du privé de travailler sous contrats avec la délégation”.

Manque de moyens humains mais aussi financiers. Au volet investissement, le PLF sectoriel n’a pas connu de changement entre 2018 et 2019, il est de 160,7 millions de dirhams (crédit de paiement). Tandis que celui des dépenses “Matériel et dépenses diverses” (MDD) a connu une augmentation passant de 794,936 millions de dirhams en 2018 à 814,936 millions de dirhams en 2019. 

Un effort insuffisant pour la DGAPR qui annonce sa volonté d’ouvrir de nouveaux chantiers et de mettre en place un plan stratégique 2019-2021 aux objectifs plus ciblés et précis. Entre autres questions soulevées par la DGAPR: mettre en place des solutions pour “rationaliser la détention préventive” et “des sanctions alternatives à celles juridiques privatives de liberté”. Des mesures présentées comme nécessaires pour “contrôler le volume de la population carcérale”, assure la délégation. Et de préciser qu’en date du 1er octobre 2018, 41% des détenus en prison le sont à titre provisoire.

En septembre 2017, chacun des 82.400 détenus formant la population carcérale n’avait droit qu’à un espace d’hébergement d’à peine 1,83 m². La DGAPR table sur une amélioration pour arriver à 3 m² dans les deux prochaines années. 

À septembre 2018, l’espace d’hébergement total est évalué par la délégation à 158.504 m², contre 155.329 m² en décembre 2017. Ce qui a permis, selon la même source, de réduire le taux de surpopulation carcérale de 38% à 36%.