TUNISIE
26/03/2019 17h:08 CET

Plateau du Golan: La décision de Trump largement critiquée

Cette décision de Trump représente un risque de déstabilisation majeur dans une région déjà instable.

Xinhua News Agency via Getty Images

Le lundi 25 mars 2019, au cours de la visite du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aux Etats-Unis, le président américain Donald Trump a signé un décret reconnaissant la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan conquis militairement par Israël en 1967. Jusque là l’annexion du plateau du Golan par Israël était informelle et non reconnue par la communauté internationale. La décision du président américain marque donc un réel tournant dans le conflit territorial entre Israël et ses voisins arabes.

Retour sur ce plateau tant convoité à l’origine de bon nombre de tensions.

Dans une région où les conflits territoriaux font des ravages, le plateau de Golan est une source de conflit entre deux pays, la Syrie, et Israël. Depuis 1967 et la guerre des Six Jours qui opposa les pays arabes (Syrie, Liban, Egypte, Jordanie) à Israël, le territoire du Golan a été conquis par Israël. En 1973, lors de la guerre du Kippour opposant encore une fois Israël et une coalition menée par la Syrie et l’Egypte, Israël une nouvelle fois vainqueur a pu étendre sa conquête du Golan jusqu’à l’annexion en 1981. Cette annexion n’est pas reconnue par la communauté internationale et a été considérée par la résolution 497 du Conseil de Sécurité de l’ONU , comme étant “nulle et non avenue et sans effet juridique sur le plan international”.

Non reconnue par la résolution 497 du Conseil de Sécurité de l’ONU, cette annexion est aussi condamné par la résolution 242 votée le 22 novembre 1967, qui juge “l’inadmissibilité de l’acquisition de territoires par la guerre et la nécessité d’œuvrer pour une paix juste et durable permettant à chaque État de la région de vivre en sécurité”. À la suite de son annexion, le plateau est considéré comme territoire israélien aux yeux de la loi de l’État hébreu. Pour justifier son annexion, Israël avance que le plateau du Golan aurait fait initialement partie du Mandat de Palestine prévoyant l’établissement d’un foyer national juif sur ce territoire, qu’il fait partie de l’histoire et de la religion juives et que son contrôle est nécessaire à sa sécurité. Certains de ses dirigeants ont néanmoins déclaré être prêts à le restituer en échange de la signature d’un accord de paix. Le Liban revendique lui aussi une souveraineté sur une zone de 22km2 dénommée fermes de Chebaa.

Pour toutes les raisons évoquées et la lutte historique concernant le plateau de Golan, la déclaration de Donald Trump n’a pas pas tardé à susciter le mécontentement et l’indignation de la majorité de la communauté internationale. Les pays arabes ont en majorité condamné la décision américaine. La Syrie, le principal pays concerné a dénoncé – par la voix d’une source au ministère des Affaires étrangères citée par l’agence de presse officielle israélienne Sana –, “une violente attaque contre la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie (...) Trump n’a pas le droit ni l’autorité légale pour légitimer l’occupation”.

Le chef de l’opposition syrienne, Nasr Hariri, a déclaré sur Twitter, que la décision américaine allait “provoquer plus de violence et d’instabilité et aurait des répercussions négatives sur les efforts faits en vue de la paix dans la région”.

 

La Jordanie, autre pays de la région et impacté par cette décision, a dénoncé une “décision unilatérale qui provoquerait plus de tensions dans la région”.

Au Liban, le ministère des Affaires étrangères a rejeté une mesure qui “viole le droit international et nuit aux efforts pour une paix juste (...) Les hauteurs du Golan sont un territoire syrien et arabe, et […] aucun pays ne peut changer l’Histoire en transférant la propriété d’un territoire d’un pays à un autre”.

Pour les pays arabes qui ne sont pas de la région la décision n’est également pas légitime. Le secrétaire général de la Ligue Arabe, Ahmed Aboul Gheit a affirmé que le rejet de cette décision “nulle et non avenue dans le fond et la forme” était une position arabe “unanime”.

Au niveau des pays occidentaux aussi la décision dérange. Au moment de l’annonce de la reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur les hauteurs du Golan le jeudi 21 mars, la France avait dans la foulée averti qu’elle ne reconnaîtrait pas l’annexion israélienne du Golan. Selon le ministère des Affaires étrangères, “la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le Golan, territoire occupé, serait contraire au droit international”.

La position de l’Union Européenne est elle aussi hostile à la politique américaine de Trump: “conformément au droit international, l’UE ne reconnaît pas la souveraineté d’Israël sur les territoires occupés par Israël depuis juin 1967, parmi lesquels les hauteurs du Golan, et ne considère pas qu’ils font partie du territoire israélien”, a déclaré une porte-parole de l’UE à l’agence de presse Reuters.

Le porte-parole du Secrétaire Général de l’ONU, Stéphane Dujarric a lui aussi réagi faisant référence aux résolutions du 497 et 242 du Conseil de Sécurité en déclarant que “la politique de l’ONU sur le Golan est reflétée dans les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et cette politique n’a pas changé”.

Selon plusieurs analystes, cette décision de Trump représente un risque de déstabilisation majeur dans une région déjà instable depuis des dizaines d’années, encore plus depuis le printemps arabe et la guerre en Syrie. Cette décision spontanée n’est pour autant pas une conséquence des états d’âmes du président américain. Elle s’inscrit dans une continuité de la politique de Trump qui vise à faire table rase de la politique de son prédécesseur Barack Obama. Obama et Netanyahu entretenaient des relations assez difficiles, l’arrivée au pouvoir de Trump a réchauffé les relations entre les États-Unis et Israël.

Avec le déménagement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, le retrait de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran et la sévérité envers la République Islamique, Trump ne manque les occasions d’afficher son soutien à Israël.

Cette décision permettrait également de venir en aide à la campagne de son homologue israélien Benjamin Netanyahu, récemment possiblement impliqué dans des affaires de corruption, fraude et abus de confiance. À quelques semaines des élections législatives israéliennes, ce “cadeau électoral” de Trump pourrait permettre à Netanyahu de se mettre à l’abri de l’alliance entre ses deux principaux rivaux, les centristes Yair Lapid et Benny Gantz.

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