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06/10/2018 14h:56 CET | Actualisé 06/10/2018 14h:57 CET

Plaidoyer pour une école pour adultes

Louafi Larbi / Reuters

Certains philosophes, comme Ivan Illich ou Michel Foucault, l’avaient dit : L’école est faite pour ceux qui n’ont pas de diplôme, et non l’inverse. Ainsi, l’arrivée de l’école correspondrait avec celle d’un nouveau système de domination, qui s’infiltrerait dans les rouages de la société pour accentuer le rapport de force entre les classes sociales. Ces penseurs disent, entre autres, que les “ratés”, les “cancres”, les “bons à rien” sont apparus depuis l’école, non avant.

Pas de diplôme, pas de perspectives

Auront un travail, des opportunités, un “avenir”, celles et ceux qui ont eu la chance d’être restés sur les bancs de l’école; qui ont eu des parents instruits et/ou qui les ont aidés ou incités à persévérer dans leurs études; qui ont eu les moyens financiers pour que leurs enfants n’aient pas à travailler - nous savons qu’en Algérie, le travail réservé aux jeunes est des plus pénibles, des plus périlleux et parfois, des plus mortels. Les autres ? Qu’à cela ne tienne. Les hommes feront de “bons bétonneurs” ; les femmes de “bonnes coiffeuses”.

Faut-il s’en tenir à cela ? N’y a-t-il pas d’autres solutions ? Bien sûr que oui. En Algérie, ce n’est pas la volonté qui manque. Chaque rentrée est ponctuée de grèves étudiantes ayant pour motif -pour ne pas dire leitmotiv - de réintégrer ceux qui ont été exclus l’année précédente.

Ainsi est-il en Algérie. Dépassé un certain âge, vous n’avez plus le droit de réintégrer l’école. Et encore, ceux qui ont atteint le niveau secondaire se voient offrir d’assez bonnes formations qui leur permettent de travailler au SMIC.

Mais qu’en est-il de celles et ceux qui ont été exclus dès le moyen ou le primaire ? Des condamnés. Des condamnés qui “naviguent” entre des jobs très précaires, très dangereux et très peu payés. La peine est sans appel. Vous avez été “cancre” durant l’enfance ? Vous avez choisi “le mauvais chemin”. Ce sera tant pis pour vous.

Une école universelle

À titre d’exemple, au Québec, il y a une structure qui permet de donner une seconde chance à tout le monde. Tous les âges, tous les niveaux, tous ont le droit de s’y inscrire afin de compléter leur formation, jusqu’à ce qui serait en Algérie le BAC.

Pour montrer son universalité, j’y avais moi-même eu recours, même une fois le BAC en poche, afin de compléter ma formation que je jugeais insuffisante. Ayant complété un programme littéraire, je n’avais pas réellement tâter le terrain des sciences, comme si les deux disciplines étaient contraires et ne pouvaient être conjuguées. Je m’étais inscrit à des cours de sciences et de chimies bien que je savais que je n’en aurais pas besoin. Je voulais le faire, c’est tout, et je l’ai fait.

Cette possibilité est un luxe que ne peuvent s’offrir les jeunes dans la vingtaine en Algérie. Combien d’entre-eux désirent réellement améliorer leurs conditions mais qui, à défaut de diplôme, ne peuvent s’inscrire à telle ou telle formation ?

Les opportunités ne manquent pas, mais lorsque l’on traîne un boulet tel que le manque de scolarité, il devient impossible, voire inconcevable de songer ne serait-ce qu’un instant à changer sa propre condition, et d’offrir un semblant d’avenir dans un pays où les perspectives sont bien présentes, mais que personne ne peut saisir.

Il est urgent de changer cela. Cela l’est d’autant plus qu’il est possible de le faire ! Une main-d’œuvre qualifiée ne serait pas de trop dans un pays où la clandestinité fait loi. À partir du moment où l’institution scolaire pose de sérieuses entraves aux jeunes, elle ne sert plus à rien.