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10/01/2019 16h:13 CET | Actualisé 10/01/2019 16h:13 CET

Plaidoyer pour que le nouvel an amazigh soit férié au Maroc

"La culture amazighe est le patrimoine commun à tous les Marocains."

FADEL SENNA via Getty Images
La chanteuse amazighe Fatima Tabaamrant se produit lors du festival "Edition Tiwsi" pour célébrer le nouvel an amazigh, également appelé "Yennayer", le 12 janvier 2015 à Tiznit, au Maroc.

FÊTE - Tout d’abord parce que c’est une très belle occasion pour s’amuser et faire la fête, et ensuite afin de rendre hommage à nos origines, notre culture et notre langue amazighes. Et si toutes ces raisons ne sont pas suffisantes, sachez que le Yennayer Amazigh, daté pour cette nouvelle année en 2969, est l’un des rares calendriers au monde à avoir un référent historique, sans aucune influence confessionnelle. Il est donc purement laïc, capable d’accueillir et fêter toutes religions, sans aucune discrimination.

Le calendrier débute de l’accession au pouvoir en Égypte du pharaon amazigh Sheshong, 950 ans avant l’ère chrétienne. Une date choisie par le conciliabule de représentants amazighs du bassin méditerranéen dans les années 60. Ils se sont référés à l’histoire, ainsi qu’à l’apogée au pouvoir de cette culture. Une symbolique, certes, mais tout aussi respectable que les dates retenues par les autres calendriers religieux. Cependant, il est évident que du fait qu’il soit agraire et s’appuie sur les saisons, son origine remonte aux premiers habitants de l’Afrique.

Le peuple amazigh parsemé dans toute l’Afrique du Nord et une partie de l’Orientale a historiquement fait preuve de savoir-vivre, de partage et de convivialité. Il a su accepter les civilisations et religions dominantes qui ont colonisé ses terres, et s’en est inspiré et enrichi. Il en a adopté certaines et a fait preuve de respect et de tolérance vis-à-vis d’autres. C’est un peuple éminemment conciliant et pacifiste, qui a su se défendre quand il le fallait également. En témoigne sa culture et sa langue, qui ont survécu malgré toutes ces influences, et qui véhiculent dans leurs chants et contes, dans leur histoire écrite et celle réservée au patrimoine oral, cette essence de liberté, des droits et valeurs humaines universelles, et de défense de l’égalité, avec une place importante accordée aux femmes. Les enfants de Tamazgha sont également foncièrement enracinés à leur culture et terre, et en sont fiers.

Ils portent tout cela dans leurs gènes et leur sang, dans les rêves qui ont habité leurs ancêtres. Une conscience identitaire qu’ils revêtent comme une seconde peau, et qu’ils ressentent comme un membre amputé et fantôme, pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’en être bien imprégnés. Mais elle est bien là, toujours aussi présente, avec ce besoin instinctif de la protéger et de l’honorer, afin que ce feu sacré et originel ne s’éteigne pas.

Alors consacrer une journée nationale à la culture et à la langue amazighes, une journée de joie et de partage à l’occasion de ce nouvel an, serait un juste retour des choses. Un retour sur soi d’ailleurs, pour nous Marocains à près de 60% amazighophones et pour le restant darijophones, venus ou issus de brassage et d’immixtion avec l’arabe, le français, l’espagnol, et également ceux de confession et langue hébraïque.

Dans l’article 5 de la constitution de 2011, il est dit: “l’Amazighe constitue une langue officielle de l’État, en tant que patrimoine commun à tous les Marocains sans exception”. Pour ma part, j’ajouterai que la culture amazighe est le patrimoine commun à tous les Marocains.

Maintenant qu’on s’est affranchi des clichés folkloriques et de la minorisation imposée à notre culture ancestrale, en introduisant son apprentissage à l’école et en officialisant sa langue, il est temps d’aller de l’avant et de considérer cette culture comme majeure. De lui rendre toutes ses lettres de noblesse, et de l’honorer comme il se doit par une journée de festivités fériée.

Assegwas Ameggaz