LES BLOGS
26/03/2018 09h:02 CET | Actualisé 26/03/2018 09h:02 CET

Plaidoyer en faveur des enseignants!

J’estime, étant enseignant titulaire, qu’il est de mon devoir de prendre la défense de cette école qui m’a permis d’acquérir des savoirs et des savoir-faire.

Nul ne peut nier le rôle de l’école dans la société et pour toute une nation qui a choisi la république comme régime politique. Delà, nous pouvons bien appréhender l’intérêt qu’on lui doit accorder, surtout en période de crise. Je rappelle dans ce même contexte une pensée qui devrait servir de devise lors de la mise en place des stratégies éducatives: “qui ouvre une école, ferme une prison”. Ce propos – tant contesté par les détracteurs de Victor Hugo – a été prononcé par l’auteur des Misérables lors d’un discours au parlement en 1848, c’est-à-dire après la chute du régime monarchique. Mais de quelle école parlé-je dans cet article, vu que les temps ont changé? Je place au centre de ma réflexion l’école républicaine tunisienne qui connaissait depuis quelques années une crise qui touche à son fondement-même et ses principes profondément ancrés dans son Histoire réputée pluraliste.

Et j’estime, étant enseignant titulaire, qu’il est de mon devoir de prendre la défense de cette école qui m’a permis d’acquérir des savoirs et des savoir-faire, d’être capable de penser par moi-même et d’avoir une vision du monde en vertu de laquelle je puis agir sur le monde et transformer la société par une action toute minime qu’elle soit. C’est à partir de ce principe que je me prononce en faveur de la cause des enseignants, mes collègues, qui sont traités à tort par les qualificatifs les plus vils, les plus abjects et les plus insultants. Il est inutile d’énumérer la liste des insultes et des menaces proliférées par les pseudo-intellectuels qui prétendent être démocratiques et donnent l’illusion d’être du côté du progrès, des journalistes dont le niveau académique et intellectuel laisse à désirer. On ne peut pas cependant être indifférents à l’égard de maints députés qui sont quasiment absents du débat parlementaire et du débat public et qui décorent l’Assemblée tout en tournant le dos aux intérêts du pays. Par conséquent, les parents sont-ils induits en erreur par des médias mensongers.

Je n’ai pas voulu prendre part dans ce débat au départ de peur de m’être moi-même induit en erreur. J’ai pris beaucoup de temps pour suivre les débats télévisés, de lire les déclarations des deux partis, à savoir le Syndicat de l’enseignement secondaire et le Ministère de l’éducation dont le chef est Hatem Ben Salem. Finalement, j’ai pris la décision de ne pas céder à la pression de haute tension qui est devenue si croissante dans la société et dans les réseaux sociaux, notamment les pages Facebook qui contribuent à obscurcir l’opinion publique. J’ai décidé finalement de m’engager dans ce débat public, tout en étant convaincu que cette cause doit être soutenue pour son intérêt général. Je ne pense pas d’ailleurs que les enseignants se soient trompés et qu’ils soient moins patriotes et moins soucieux de la situation du pays. Pour cela, j’ai tenté d’exposer les problèmes tels quels se présentent, loin des préjugés et des accusations qui ne font guère avancer le débat.

J’aborderai huit points dans cet article pour contribuer au débat auquel je convie la société civile (enseignants, chercheurs, inspecteurs, étudiants, élèves…) :

1- Le syndicat de l’enseignement secondaire a pris la décision de ne pas remettre les notes des élève à l’administration suite à l’absence de dialogue qu’il devrait avoir lieu avec les responsables du ministère de tutelle en vue d’examiner et de réaliser les revendications des enseignants. Je rappelle qu’il y a eu plusieurs mouvements syndicaux (des jours de grèves présentielles) avant d’arriver à ce blocage. L’absence de stratégie de négociation a fait en sorte que les canaux de communication soient fermés. Le ministère refuse en bloc toutes les revendications des enseignants. Un constat est irréfutable : le ministre refuse toute négociation et il n’est pas fait pour le dialogue. L’échec est dû à la conception de la démocratie qui repose sur le débat et la délibération, non sur la force. Je précise par ailleurs que les enseignants n’ont pas enfreint la loi, puisqu’ils exercent leur métier et donnent leurs cours normalement. La sanction, c’est-à-dire la suspension des salaires, n’est applicable que dans le cas d’absence non justifiée dans des délais de quarante-huit heures. Je vous invite de relire la loi du travail.

2- Certains accusent Lassaad Yacoubi comme s’il était le seul et l’unique décideur. En réalité, le bureau exécutif du Syndicat Général est constitué de neuf nombres. Dire ainsi que Lassaad Yacoubi, le Secrétaire général, manipule les enseignants n’est qu’une minimisation de l’organisation syndicale et des enseignants. Des dialogues et des délibérations ont eu lieu entre les enseignants dans tous les établissements et leurs représentants syndicaux afin de discuter les revendications, ce qui est tout à fait démocratique. D’ailleurs les grèves présentielles donnent preuve irréfutable. Donc, accusez tous les syndicalistes et tous les enseignants qui soutiennent les revendications au lieu d’occulter l’intelligence des enseignants dont la plupart sont dotés d’un haut niveau pédagogique et académique (des agrégés, des doctorants, des chercheurs, des artistes, etc.).

3- La formule “prise en otage des élèves” empêche de réfléchir et fausse le débat. Cette expression qui est propre aux pratiques mafieuses n’a pas lieu d’être dans un débat démocratique. D’ailleurs, pourquoi n’avez-vous pas utilisé cette expression quand les juges, les médecins, et d’autres ont fait grève pour la réalisation de leurs revendications? Je suis contre “la doxa” cultivée par les médias marécageux qui œuvrent contre l’intelligence et induisent en erreur l’opinion publique. Les élèves ont eu leurs notes et suivent normalement les cours. “L’année blanche” n’a jamais été avancée par les enseignants, mais plutôt par le ministre qui cherche à créer la tension entre les enseignants et les parents d’élèves. N’oublions pas que les enseignants sont aussi des parents.

4- Les revendications des enseignants ne sont pas exclusivement financières (Renseignez-vous et informez-vous avant de proliférer de fausses informations relayées par les réseaux sociaux). En effet, les enseignants protestent contre le prolongement de l’âge de la retraite jusqu’à soixante ans. Je m’attarderai sur le bien-fondé de cette revendication dans le sixième point.

5- Nous, enseignants, revendiquons un plan de sauvetage de l’école publique (je pense à cette formule de Régis Debray: “La république, c’est l’école” (l’école publique, gratuite et obligatoire bien évidement). L’une des revendications les plus urgentes est la réforme profonde de notre système éducatif en répondant à la question: Quel citoyen pour la société de l’avenir? Cette question a été posée par Mahmoud Messaadi et Mohamed Charfi… Les pédagogues appellent à révolutionner les méthodes d’enseignement. Cela ne doit pas se faire sans l’amélioration des conditions de travail et du statut de l’enseignant (qui vit dans une quasi-précarité causée par la baisse du pouvoir d’achat, la dévaluation du dinar, la hausse du TMM pour les crédits bancaires…). L’image de l’enseignant s’est dégradée dans l’imaginaire collectif, puisqu’il est devenu le maillon faible et qu’il a perdu son aura d’antan du fait que l’enseignement (et la fonction publique) ne représente plus l’ascenseur social de la classe pauvre et moyenne.

6- Ceux qui brandissent cet argument tellement ridicule (“les enseignants sont toujours en vacances et ne travaillent que 18 heures par semaine!”) ignorent complètement ce métier. Il faut se rendre à l’évidence que quand les élèves sont en vacances, nous serons conséquemment en vacances, sinon nous allons nous rendre à des établissements vacants lors des mois de juillet et d’août sans oublier les autres vacances qui sont dédiées aux élèves et non aux enseignants. Encore nous traînons notre travail chez nous même après les cours (préparation et correction des devoirs, préparations des cours). Même le soir, nous ne dormons pas souvent. Il s’agit à vrai dire d’un métier pénible sur tous les plans qui fait de nous les sacrifiés de la société.

7- Je pense que l’école publique est la laissée-pour-compte de la société : des lycées, des collèges et des écoles n’ont pas un budget suffisant pour gérer le quotidien. Parfois le budget d’un établissement scolaire ne permet même pas de payer les factures de l’eau de l’électricité. Des vitres cassées, des laboratoires (pour les expériences des cours de chimie…) sans matériels, etc.

8- Maintes questions méritent d’être posées, tout en gardant à l’esprit que le débat concerne toutes les composantes de ma société. Cette kyrielle de questions est la suivante : Quel rôle occupe l’école dans notre société actuelle ? A-t-elle le même rôle qu’elle avait il y a 20 ou 40 ans auparavant ? L’école, est-elle en harmonie avec l’évolution de la société ? Serait-elle capable d’avoir la même vitesse d’évolution que celle de la société ?

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Twitter.

Retrouvez le HuffPost Tunisie sur notre page Instagram.