04/03/2019 18h:34 CET | Actualisé 04/03/2019 18h:34 CET

Plafonnement des prix du carburant: ça ne roule pas pour les pétroliers marocains

S’il s’oppose au plafonnement, le Groupement des pétroliers du Maroc a bien conscience qu’il devra s’y plier.

FADEL SENNA via Getty Images

CARBURANT -“Un retour douloureux”. Pour les pétroliers marocains, renoncer à la libéralisation des prix du carburant ressemble à “un mauvais scénario” qu’aucun d’eux n’aurait imaginer vivre. “Tous les opérateurs s’étaient engagés sur la libéralisation et personne n’est, aujourd’hui, favorable pour un retour en arrière”, déclare au HuffPost Maroc le président du Groupement des pétroliers du Maroc (GPM), Adil Ziady. 

Amenés à négocier le plafonnement après une libéralisation qui a duré trois ans, ils ont été convoqués, le 19 février, à une réunion avec le ministre délégué chargé des Affaires générales et de la Gouvernance, Lahcen Daoudi. “Il ne nous a pas encore donné de nouveau rendez-vous, mais nous sommes sortis de cette réunion avec une grande interrogation”, confie-t-il. Et pour cause, un retour à l’avant libéralisation ne s’improvise pas, il nécessite une loi pour le légaliser et c’est ce que le gouvernement compterait entreprendre. “Daoudi nous a parlé d’un texte de loi qu’il souhaitait réinstaurer avec une période transitoire de 6 mois renouvelable une fois, permettant de remettre en place la fixation des prix, mais avec quelles dispositions?”, se demande-t-il, soulignant que les membres du GPM “ne sont pas d’accord”. 

S’il s’y oppose, face au fait accompli, ce groupement a bien conscience qu’il devra s’y plier. “S’il y a une loi, nous allons nous y conformer en tant qu’opérateurs du secteur”, affirme Adil Ziady. Leur réticence au plafonnement, ils la justifient par des engagements pris avec le gouvernement lors de la libéralisation. “Nous avons réalisé une grande partie des investissements en matière de capacité de stockage, constitué des stock stratégiques, investi dans le réseau des stations-service”, explique-t-il. Et de préciser que sur cinq ans, à partir de 2016, 10 milliards de dirhams seront investis par les pétroliers marocains. “Les opérateurs sont lancés sur ces investissements dont certains sont déjà finalisés. Nous sommes à plus de 60% de réalisations”, souligne-t-il.

Investissements riment avec engagements et Ziady tient à le rappeler: “des engagements contractuels ont été pris avec des clients industriels et des stations-service sur la base de nouveaux contrats et de nouvelles formules”. 

Le GPM ne peut avaler la pilule du plafonnement d’autant que ses membres n’en comprennent pas l’utilité. Et pour cause, Ziady insiste sur le fait que “les prix dépendent du prix du baril à l’international et pas d’autre chose”. C’est ce qui légitime l’augmentation perceptible, en ce moment, explique-t-il, rappelant qu’à “la fin de l’année dernière, il y a eu une baisse de 2 dirhams dans les stations-service parce qu’il y a eu une baisse à l’international et non parce que quelqu’un nous a demandé de le faire”.

Ce responsable indique, par ailleurs, que la hausse des prix est également liée à “des raffineries en maintenance” et à “une pression sur l’offre qui renchérissent le prix du baril, même si Donald Trump avait demandé à l’OPEP de baisser les prix”. Et d’ajouter que “la réalité de la production et de l’installation fait que l’offre n’est pas abondante aujourd’hui”.

Ce que gagne le GPM au juste? “Nous avons une très faible intervention sur les prix. La plus grande partie du prix est constituée à partir du prix à l’international auquel s’ajoutent la taxe intérieure sur la consommation (TIC) et la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui représentent plus de 40%”, répond le président du groupement. Sur un litre, ce dernier affirme qu’il ne reste que 3,2 dirhams. “Entre l’avant et l’après libéralisation, nous avons gardé une structure de prix qui date de 1997 avec de très faibles révisions qui ne couvrent pas du tout les charges des opérateurs. Pratiquement, toute charge confondue, nous gagnons aux alentours d’un dirham”, assure-il.