MAROC
10/07/2019 15h:22 CET | Actualisé 11/07/2019 12h:11 CET

Place Jemaa El Fna à Marrakech: De gros changements en perspective

Tarifs affichés, taxis et hlayqiya contrôlés, zonage... Halte aux arnaques!

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TOURISME - Du nouveau dans la capitale touristique du royaume. Classée 9ème destination mondiale cette année par TripAdvisor, devant Dubaï, Prague ou encore New York, Marrakech se prépare à quelques changements qui seront radicaux pour la mythique place Jemaa El Fna. Dresseurs de singes, neqqachates (tatoueuses au henné), charmeurs de serpents, restaurateurs, guides, chauffeurs de taxis... Les autorités mettent les bouchées doubles pour traquer les mauvaises pratiques. Objectif: Redorer l’image de cette place qui a fait la renommée mondiale non seulement de Marrakech mais du Maroc entier. La guerre est donc déclarée aux arnaques en tout genre dans ce lieu de pèlerinage des touristes marocains et étrangers. 

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“C’est une décision qui a été prise par le nouveau wali de Marrakech, Karim Kassi-Lahlou”, déclare au HuffPost Maroc Abdellatif Abouricha, responsable Communication au Conseil régional du tourisme (CRT) de Marrakech. D’après ce dernier, cette décision “prend en compte les nombreuses réclamations reçues par les services de la police qui montrent à quel point l’image de la ville ocre est dégradée par les arnaqueurs qui sévissent dans les points de grande affluence touristique”. Des plaintes, les professionnels du tourisme et les ONG en ont aussi fait part au wali qui veut désormais y donner suite, selon notre interlocuteur. 

Ce qui ressort le plus des retours des touristes collectés sur les réseaux sociaux ou sur des sites spécialisés, c’est qu’ils aiment la ville de Marrakech, ses habitants, sa culture... mais que “certains comportements gâchent l’expérience”. A titre d’exemple, certains s’indignent des tarifs “exorbitants” pratiqués par des neqqachate, qui demandent aux touristes de 50 à...150 euros par personne pour un tatouage au henné et d’autres les “obligeant presque” à se faire un tatouage au henné. Il en est de même pour les charmeurs de serpents. “Ces agissements nuisent à l’image du Maroc et de Jemaa El Fna qui est le cœur battant de Marrakech”, se désole Abouricha, précisant que des mesures drastiques sont en vue pour y mettre fin. 

Capture d'écran/TripAdvisor
Capture d'écran/TripAdvisor

En quoi consisteraient-elles? Abouricha nous indique que des panneaux d’affichage des tarifs seront plantés à l’entrée principale de la place Jemaa El Fna. Des brochures informatives seront aussi distribuées auprès des agences de voyages et des hôtels, pour encadrer ces pratiques et éviter tout débordement, ajoute notre interlocuteur.

Un recensement et un zonage de tous ceux qui animent la place, quelle que soit leur activité, sera également lancé en conformité avec les normes internationales. Chaque prestataire aura un carré numéroté qu’il devra respecter dans le cadre d’une organisation de l’espace. 

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“Les autorités locales, le CRT et la société civile ont pris des mesures fermes pour protéger le consommateur, marrakchi et marocain, d’abord. Et pour cause, ce dernier ne se retrouve plus au milieu de toutes ces animations et prestations devenues hors de prix”, précise Abouricha. Et de souligner que cette réorganisation permettra de redonner confiance aux touristes internationaux “dont dépend l’image et la réputation de la destination”.

Concernant le cas particulier des neqqachates, le contrôle sera de mise. Il leur sera désormais exigé de porter un badge et de ne pas se couvrir le visage afin qu’elles puissent être identifiées. C’est nécessaire, assure Abouricha, en cas de plainte contre les tarifs qu’elles appliquent ou les produits chimiques qu’elles utilisent pour accentuer la couleur du henné, mais dont les conséquences s’avèrent parfois néfastes et même très graves pour la peau.

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Dans les années 2000, le wali de Marrakech, à l’époque Mohammed Hassad, avait pris une mesure interdisant le port du niqab aux femmes travaillant à Jemaa El Fna, à qui on avait justement demandé de porter un badge. Mais son application a cessé en 2006. A présent, les autorités ont décidé que des changements devaient s’opérer impérativement pour lutter contre les débordements constatés sur cette place et en appliquant des mesures disciplinaires contre les restaurateurs, guides et travailleurs dans plusieurs circuits touristiques de la ville ocre.

Le tarif reste le problème récurrent et commun à tous. Exemple éloquent: les chauffeurs de taxi qui appliquent des tarifs variables en fonction du client, sans respect de la tarification en vigueur et sans faire marcher le compteur. Pour l’heure, 39 taxis ont déjà été sanctionnés à la place Jemaa El Fna, d’après notre source.