ALGÉRIE
15/02/2016 07h:58 CET | Actualisé 15/02/2016 08h:37 CET

Le yoyo du baril : bonnes et moins bonnes nouvelles du "front pétrolier"

Rennett Stowe/flickr

Quelles sont les nouvelles du front pétrolier ? Pas bonnes sur le très court terme, moins mauvaises sur le moyen terme… Certains parlent même d’un rebond des prix du baril en 2020 en raison d’un déficit de l’offre qui va s’aggraver avec le recul drastique des investissements dans le secteur pétrolier.

L'Algérie ne semble pas désespérer de voir les pays producteurs de pétrole y compris hors-OPEP à trouver un accord pour stabiliser le marché pétrolier et faire remonter le cours du brut.

Le ministre algérien de l'énergie, Salah Khebri, a fait état, dimanche 14 février, de "démarches" entamées depuis 2014 pour essayer de stabiliser un marché " marqué par une offre excédentaire face à une faible demande, et l’absence d’une reprise économique".

"Le fait que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) n’ait pas pris de décision pour réduire la production en novembre 2014 a fait que le prix à continuer à chuter" a-t-il indiqué.

Pour rappel, l’Arabie saoudite a refusé de jouer le régulateur en baissant sa production en estimant qu’il faut défendre les parts de marché des pays membres de l’OPEP.

Les responsables saoudiens ont fait valoir qu’une baisse de la production des pays membres de l’OPEP serait sans effet puisque les autres producteurs (Russie, industrie du pétrole de schiste américaine) vont combler sans difficulté le manque.

L’option choisie par les saoudiens – qui ont en les moyens du fait de leur réserves financières - est de laisser jouer le marché de sorte à éliminer les autres producteurs et à maintenir les parts de marché de l’OPEP.

Une démarche qui n’est pas partagée par d’autres pays de l’OPEP comme le Venezuela, l’Algérie et l’Iran mais le poids des gros producteurs comme l’Arabie saoudite et les autres pays du Golfe est déterminant.

Le ministre algérien a souligné que les discussions en vue de stabiliser le marché ne se limitent pas aux Etats membres de l'OPEP mais incluent les grands pays producteurs non-membres comme la Russie.

"L’OPEP perd du terrain, ses parts sont passées de 44% dans les années 1990 à 31% actuellement, d’où l’importance que de grands pays producteurs non OPEP adhèrent à cette démarche de réduction de la production".

Mais à l’évidence, ces démarches qui durent depuis 2014 paraissent vaines. Les discussions, a indiqué le ministre algérien, "butent sur la participation des pays non-Opep à cette perspective de baisse de leur production".

Discussions OPEP et non-OPEP

Des informations ont circulé sur une réunion possible au cours du mois de février entre les producteurs OPEP et non-OPEP. Le ministre russe de l’énergie, Alexander Novak avait évoqué une telle perspective.

"Certains pays ont proposé une telle initiative et la question est actuellement étudiée par les différents pays, a annoncé, jeudi, le ministre de l’énergie russe. De notre côté, nous avons confirmé la possibilité de notre participation" a-t-il déclaré fin janvier.

"Actuellement, les pays de l’OPEP tentent de convoquer une réunion avec la participation de pays membres de l’OPEP et de pays non membres en février" avait-il ajouté en laissant même entendre que l’Arabie saoudite ne serait plus hostile à une baisse de la production de l’ordre de 5% par pays si elle est partagée.

Rien n’est pourtant venu confirmer cette disponibilité saoudienne à une baisse de la production. Salah Khebri a estimé par ailleurs inutile d’aller à une réunion extraordinaire de l’OPEP sans accord préalable sur la réduction de la production.

Un rebond... en 2020?

"L'Algérie n'ira pas en réunion s'il n'y a pas un accord au préalable sur la baisse de la production, puisque ça ne sert rien de convoquer une réunion extraordinaire pour aller à l'échec". En clair, sur le front des producteurs, OPEP et non-OPEP, rien de nouveau jusqu’à présent. La guerre sourde pour les parts de marché reste de mise.

Mais les choses pourraient changer d’ici la fin de l’année où les prix du pétrole pourraient rebondir, selon les appréciations optimistes des patrons des grandes entreprises pétrolières, réunis à Londres, à l’occasion de l'International Petroleum (IP) week.

Ce rééquilibrage des prix ne sera pas le fruit d’une action concertée mais du fait d’une régulation "naturelle" du marché du fait de la conjonction entre la baisse, drastique, des investissements et d’une hausse de la demande.

Le Directeur général de BP, Bob Dudley prévoit un retour d’équilibre entre l’offre et la demande à partir du 3 ou 4ème trimestre 2016. Les "fondamentaux" vont reprendre le dessus, a-t-il indiqué même s’il ne s’attend pas à ce que le pétrole soit côté de "sitôt" à 100 dollars. Pour lui, l’ampleur du recul des investissements dans le secteur pétrolier "provoquera une nouvelle réaction (du marché)".

Le DG du russe Rosneft, Igor Secthine est tout autant optimiste. Il s’attend même à ce qu’un déficit de 500.000 barils/jour à partir de 2017. Le seul facteur qui ralentiraient le rééquilibrage serait, selon le patron russe, une augmentation de la production des pays de l’OPEP et une augmentation des livraisons de pétrole des États-Unis".

Pour le PDG de Total, d’ici 2020, entre le déclin des champs pétroliers existants et la hausse de la demande, il y aura un besoin d’un million de barils par jour supplémentaires chaque année d'ici 2020. Or, avec la chute des investissements actuels, le déficit pourrait atteindre à l’horizon 2020 entre 5 et 10 millions de barils. Autant dire qu’on prépare le prochain rebond" des prix du pétrole.

Le cours du baril a fortement chuté. Il a perdu 47% au cours de l'année 2015 par rapport à 2014 pour s'établir à une moyenne de 52 dollars. La chute est de 70% depuis juin 2014 en raison d'un excédent de l'offre sur le marché, largement du à l'apport des hydrocarbures de schiste américains.

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