TUNISIE
12/10/2018 08h:13 CET | Actualisé 12/10/2018 12h:10 CET

Pénurie de lait, hausse du prix des œufs...les dessous de la crise, selon le président du Syndicat National des Agriculteurs de Tunisie

"La politique agricole des années 70 n’est plus valable”

Vepar5 via Getty Images

Le lait en Tunisie se fait rare, quant aux œufs, il faut compter 950 millimes pour acheter 4 œufs seulement. “Ce n’est pas une crise passagère, mais structurelle. Elle va durer”, prévient Karim Daoud, président du Syndicat National des Agriculteurs de Tunisie (SYNAGRI), au HuffPost Tunisie. 

Selon lui, le problème réside dans le coût de plus en plus élevé de la production agricole, qui est passé de 20% en 2011 à 140% aujourd’hui. “Les agriculteurs sont les parents pauvres de l’économie tunisienne”, déplore-t-il.

Pour nourrir leurs vaches, les agriculteurs importent des aliments concentrés (maïs et soja), dont le prix ne cesse d’augmenter. “Le coût mondial de ces aliments a doublé entre 2011 à 2018. Avec la valeur du dinars qui dégringole, l’agriculteur tunisien vend son lait à perte”, explique-t-il.

D’autres facteurs interviennent, à l’instar de la hausse du coût de la main d’oeuvre, de la couverture sociale, du carburant, etc. 

Alors que le coût de production d’un litre de lait est estimé à 950 millimes,  l’agriculteur le vend à 766 millimes, soit une perte de 200 millimes, ajoute-t-il. 

Karim Daoud évoque également la baisse du nombre de vaches qui varie entre 7 et 15%. Les causes sont la contrebande de vaches vers les pays voisins, les agriculteurs qui, avec la hausse du prix de la viande, préfèrent vendre leur troupeau aux boucheries au lieu de vendre leur lait à perte, le prix d’importation des vaches (6500 mille dinars le prix de la vache), ou encore la baisse de l’importation des vaches par l’Etat depuis 2011. 

Le président de la SYNAGRI plaide pour une réévaluation du prix du lait “afin de rendre justice aux agriculteurs” et d’opter pour l’importation de races de vaches mixtes qui s’adaptent mieux au climat tunisien au lieu de la race Holstein, importée depuis des années en Tunisie et qui s’avère peu productive en Tunisie.

A ces facteurs inhérents à la question de la pénurie du lait, s’ajoutent d’autres plus globales: “L’Etat doit revoir sa stratégie agricole. On fait face à une crise structurelle qui nécessite des solutions structurelles: les problèmes de sécheresse, la paupérisation des agriculteurs ou encore la baisse de la valeur du dinars. Pour y faire face, il faut une vision politique claire”, affirme-t-il.

“La politique agricole des années 70 n’est plus valable”, lance-t-il.

Alors que la Tunisie négocie l’Accord de libre-échange complets et approfondi (ALECA) avec l’Union européenne, Karim Daoud explique que l’agriculture tunisienne ne peut pas concurrencer celles des pays européens sans se réformer.

Pour lui, la Tunisie doit orienter sa politique agricole en fonction de ses ressources, son climat et la spécificité de ses territoires: miser sur la culture céréalière dans des régions pluvieuses par exemple. Il faut se focaliser également sur les filières de qualité, en l’occurrence, le bio et les produits du terroir: “Avant on donnait les figues de barbarie au bétail, ce produit est désormais prisé à l’international, cet engouement pour des produits méditerranées serait une aubaine pour nous si nous savons en profiter”, renchérit-il.

Sans ces réformes structurelles, le président de la SYNAGRI, prédit une croissance des prix, non seulement du lait ou des œufs, mais aussi de tous les fruits et légumes. 

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