MAROC
05/04/2018 18h:17 CET | Actualisé 05/04/2018 18h:33 CET

L'arrestation d'un pédophile en flagrant délit à Salé, racontée par la présidente de l’association “Touche pas à mes enfants”

“Il le harcelait par tous les moyens et le faisait chanter pour le soumettre à ses sévices sexuels".

Najia Adib/Facebook

JUSTICE - “Il a eu le courage de le dénoncer et d’aider la police pour qu’il soit arrêté. C’est notre héros!” Najia Adib, présidente et fondatrice de l’association “Touche pas à mes enfants”, rend hommage à la bravoure d’un enfant de 13 ans. Grâce à son témoignage, son agresseur, un pédophile récidiviste, a été interpellé en flagrant délit, mardi 3 avril, tôt dans la matinée à Sidi Moussa à Salé.

En coordination avec l’association, la police judiciaire de Rabat, sur instruction du procureur général près la Cour d’appel de Rabat, a procédé à l’arrestation de ce pédophile de 54 ans, raconte la responsable au HuffPost Maroc, mettant ainsi fin à un véritable calvaire qu’il faisait vivre à sa victime depuis des semaines.

“Il le harcelait par tous les moyens et le faisait chanter pour le soumettre à ses sévices sexuels”, explique Najia Adib, relayant le récit que lui a livré l’enfant. D’après ce dernier, tout a commencé lorsque cet homme, qui habite le même quartier que lui, lui a offert une boisson. “Après l’avoir bu, il a perdu connaissance avant de reprendre ses esprits chez son agresseur et de réaliser que son pantalon était baissé. L’homme l’a alors menacé de publier une vidéo compromettante sur les réseaux sociaux s’il le dénonçait ou ne répondait pas à ses appels”, poursuit-elle.

L’insoutenable calvaire

Un, deux, trois... Les viols que ce pédophile a fait subir au mineur seraient au nombre de 10, dont certaines dans une douche publique se trouvant dans le quartier de l’Océan, à Rabat. “Lorsque le propriétaire a été interrogé sur ces viols, il a prétendu qu’il n’en savait rien, insistant sur le fait que cet homme présentait l’enfant comme son fils”, explique Najia Adib.

Après avoir rencontré l’enfant, Najia Adib a pris le relais avec son équipe. “Nous sommes allés voir le procureur général près la Cour d’appel de Rabat pour porter plainte contre ce pédophile et demander une intervention d’urgence. Il ne nous a pas déçus: le procureur général est intervenu immédiatement”, déclare-t-elle, soulignant l’importance que représente l’urgence d’une intervention dans des cas pareils. “À son arrestation, j’ai vu enfin le visage de cet enfant rayonner. Sa peur a complètement disparu lorsqu’il s’est enfin senti protégé contre ce prédateur. Il a commencé à crier, à raconter aux policiers ce qu’il lui avait fait subir. Son soulagement à été aussi le mien”, confie-t-elle.

Face à la justice

Ce jeudi 5 avril, à la Cour d’appel de Rabat, le pédophile a été présenté au procureur, puis au juge d’instruction. Najia Adib, accompagnée de Kamelia Nouradine, membre de l’association, ont été présentes au déroulement. “Il a avoué les viols commis contre ce mineur, prétendant que c’était son unique victime”, indique Najia Adib, précisant que l’homme sera à nouveau présenté au juge d’instruction le 10 mai prochain. L’enfant, lui, devra suivre des séances auprès d’un pédopsychiatre à partir de demain, vendredi 6 avril. “Nous l’avons pris en charge et présenté ce matin à un médecin au CHU Ibn Sina. Son certificat prouve les sévices que l’enfant a malheureusement vécus”, nous indique Kamelia Nouradine. 

Face aux traumatismes d’enfants semblables à cette victime, les verdicts, eux, restent, pour Najia Adib, bien décevants. “Un an, deux ans et parfois acquittement. Souvent, à l’association, nous sommes choqués par l’indulgence de certains juges. La loi leur permet des condamnations d’un maximum de 30 ans, mais ils préfèrent pardonner aux pédophiles!”, s’insurge Najia Adib, estimant que les magistrats doivent jouer leur rôle dans la protection des victimes de ce fléau par l’application des peines maximales.

Militante contre la pédophilie depuis plus de 20 ans, Najia Adib ne baissera pas les bras: “Les drames, je les vis tous les jours avec des enfants qui subissent les sévices les plus inimaginables. Notre association tente de les sauver des griffes de pédophiles qui, parfois, sont leurs propres parents... Savez-vous que je viens d’être contactée pour venir en aide à une nouvelle victime de viol? Un enfant qui n’a que 3 ans!”