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06/03/2019 15h:34 CET | Actualisé 06/03/2019 15h:34 CET

Partez Monsieur le Président !

RFI

Monsieur le Président,

Je sais que vous ne lirez pas cette lettre. Mais je vous l’adresse quand même. Ce n’est pas vous qui la lirez, mais le conclave opaque qui nous gouverne. Je vous utilise comme eux ! Un simple prétexte, parce que, Monsieur le Président, vous êtes réduit à un simple prétexte.

Pour vous dire que malgré toute la propagande des médias sous contrôle, malgré les rappels incessants de votre programme, de vos réalisations, de votre générosité, de votre ubiquité, le peuple est sorti en masse dans tout le pays pour vous dire NON ! NON et NON à ce 5ème mandat que vous voulez briguer en dépit du bon sens et avec un total mépris de ceux dont vous êtes sensés défendre les aspirations.


Ni vos statistiques truquées, ni vos mensonges, ni vos longs messages au peuple, ni les commis désignés pour faire la promotion de votre règne, ni les tentatives répétées d’achat de la paix sociale n’ont réussi à leurrer un peuple dont on a dit qu’il est résigné à son sort.

Ce peuple ne vous en veut pas à titre personnel. Je le pense. Il en veut au  clan dont vous êtes l’incarnation. Il en veut à ces hommes et ces femmes invisibles qui nous gouvernent. Il en veut à cette incroyable opacité du pouvoir où personne ne sait qui décide de quoi.


Des femmes et des hommes, des jeunes et moins jeunes de toutes classes sont sortis pour vomir le “système” que vous avez perpétué. Vous étiez sûr que la rente énergétique que vous usez à votre guise allait vous mettre à l’abri de la contestation populaire. On ne peut tromper indéfiniment les citoyens que nous sommes.

La gifle qui vient d’être infligée par les citoyens à vous et aux vautours qui vous utilisent comme un pion vous a fait sortir de votre réserve et de votre assourdissant silence. De Genève où vous êtes hospitalisé, ils vous font écrire une lettre aux algériens dans laquelle vous vous engagez, si vous êtes élu, de satisfaire à une des exigences fondamentales du peuple : “le changement du système”, utilisant, si je ne me trompe, pour la première fois et sans aucun scrupule, cette expression du peuple et reconnaissant par là que vous êtes à la tête d’un système et non d’un État de droit.

Un système qui muselle, un système opaque, un système injuste, un système de passe droit, un système rentier, un système basé sur le mensonge d’État dont l’ubuesque scène de censure en direct de la journaliste Nadia Madaci, empêchée de parler de la candidature de Ali Ghediri en est la parfaite illustration. Cette grande dame a fini par dire Stop à cette supercherie et a claqué la porte à votre système ! Comme l’ont fait d’autre anciens ministres ou députés car il arrive un moment où la dignité doit s’exprimer.

Pire ! Vous demandez aux citoyens que l’on vous élise juste pour faire le ménage autour de vous avant de céder le pouvoir. Pourquoi vous ne l’avez pas fait depuis 20 ans ?

Les médias ont largement rapporté les candidatures farfelues et clownesques de ces citoyens sortis de nulle part pour se porter candidats à la prochaine présidentielle. En demandant aux gros médias de couvrir cette mascarade et en leur interdisant de parler des manifestations populaires, historiques par leur nombre, leur répartition et leur calme, vous avez manifestement sous estimé la volonté des citoyens. Mais vous avez fini par admettre que vous ne pouvez faire face à cette révolte latente et pacifique et avez finalement autorisé les médias que vous contrôlez à rapporter leur expression.

Vous avez réussi à faire croire à une partie de la population que vous êtes l’artisan de la paix retrouvée en Algérie après la sanglante décennie noire encore dans nos mémoires.  Votre clan a donné comme instruction à vos commis de faire peur aux citoyens. Sans vous, ce sera le retour du chaos. Vous pensiez réussir en faisant croire que toutes les réalisations faites sous votre règne l’ont été grâce à votre programme, vos orientations, vos décisions personnelles. Presque qu’aucun ministre ne peut prendre la parole dans les gros médias, sans votre portrait en arrière plan et sans citer votre programme, vous rendant de fait ubiquitaire.

A chaque cérémonie de remise de clés d’appartement, vous demandez aux bénéficiaires, qui ont attendu des années avant de profiter de ces abris,  de poser devant la caméra avec votre portrait pour vous remercier de votre générosité.

Vous avez réussi à diviser l’opposition, mettre au pas des partis politiques acquis à votre bon vouloir mais vous n’avez pas réussi à  faire taire la société civile, les anonymes que nous sommes, tous ces citoyens sans voix qui n’ont cessé de dénoncer votre mégalomanie, votre injustice et votre clan.

Vous auriez gagné en estime peut être si vous aviez quitté le pouvoir dignement et en bonne santé. Le système auquel vous êtes à la tête a préféré vous garder jusqu’à votre total épuisement. Sans force physique, sans le moindre signe prouvant votre conscience, on vous expose devant les médias dans un pitoyable et pathétique état, assis et ceinturé dans un fauteuil de luxe, les yeux ailleurs et la tête pendante.

Monsieur le Président,

L’expression de la révolte du peuple  est pour le moment pacifique. Elle ne peut l’être indéfiniment car il y a un temps pour tout et un temps pour toute chose ! Partez pendant qu’il est encore temps ! Partez Monsieur le Président tant que vous êtes encore en vie !