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09/04/2019 08h:58 CET | Actualisé 09/04/2019 08h:58 CET

Partager le sel et le pain et accrocher l’espoir

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Les jours se déplient sans fatigue, les nuages sont embarrassés et l’orage ronge son frein. Les crépuscules convoquent les vieux démons et les silences cachés sous les tapis .

Le drapeau comme un acteur à part entière du Hirak chaabi algérien a flotté dans les rues. Il a été porté par les femmes, les jeunes, les handicapés, les chibaniettes et chibanis, à la main, en écharpe ou enveloppé autour des corps comme un message politique, une ré-appropriation de l’espace public, un talisman contre la désunion. Sur les corps mais aussi sur les balcons, les murs des immeubles, les hauts des lampadaires, il a illuminé les cieux.

On a rejoué 1962, repensé à 1967, 1968 avec les étudiants, 1980 avec les luttes féministes et le Printemps berbère, Octobre 1988, la décennie noire. On a tourné les dos aux années 9O par la Silmya, le civisme, l’autodiscipline, l’humour tout en gardant l’effervescence , la transcendance et la passion. 

On a identifié le génie des lieux et envahit le parvis de la Grande Poste, le Tunnel des facultés, la place Maurice Audin. 

Passé et présent se sont entremêlés; chacun a été re-questionné avec lucidité tout en affirmant avec détermination l’amour du pays contre la dépossession et la spoliation des différents pouvoirs depuis 1962. Des chants se sont élevés, “De nos montagnes jaillit la voix de la liberté” a fait vibré le soleil et la mer. Les portraits de Larbi Ben M’hidi et de Abane Ramdane ont accompagné les marcheurs .

Aujourd’hui, faute de reconnaitre la nature politique de la crise et donc d’agir en conséquence, le pouvoir procède par ruses et manipulations.

Il interdit les manifestations sauf le vendredi, en misant probablement sur l’essoufflement et la proximité du Ramadan et il tente des oppositions régionalistes, méthode utilisée à foison durant la Décennie noire, pour créer de la division au sein du mouvement. 

A partir de là, la seule riposte possible est l’appropriation permanente, manifeste, évidente, massive et pacifique de l’espace public pour maintenir le rapport de force jusqu’à l’abdication du pouvoir et l’ouverture enfin d’un processus de transition .

Il va bien falloir assouplir les fils où sont déposés les entêtements et les certitudes crétines pour ouvrir la table, partager le sel et le pain et accrocher l’espoir aux bords de nos assiettes !