TUNISIE
06/02/2019 16h:25 CET

Parler de drogue à vos enfants: Des spécialistes expliquent la marche à suivre

Aborder la question des drogues et de l'addiction avec ses enfants n'est pas une mince affaire. Des spécialistes expliquent au HuffPost la marche à suivre.

ÉDUCATION - La drogue et les addictions, deux sources d’inspiration fréquentes pour l’industrie du cinéma. Alors que Julia Roberts est à l’affiche depuis le mois de janvier de “Ben is Back”, dans lequel elle joue le rôle d’une mère désemparée face à son fils toxicomane, un second film sur le sujet paraît, ce mercredi 6 février, à seulement quelques semaines d’écart. Son nom? “My Beautiful Boy”.

Nouveau long-métrage du cinéaste belge Felix Van Groeningen, à qui l’on doit notamment “Alabama Monroe” (2013) et “La merditude des choses” (2009), il retrace l’histoire d’un drame. Celui d’un père, David Sheff (interprète par Steve Carell), et de son fils Nicolas (Timothée Chalamet), un jeune homme brillant et cultivé, dont la consommation de méthamphétamine va les séparer.

Effondré par la dépendance à la drogue de son enfant, le premier se lance alors dans une bataille pour renouer le dialogue avec le second. Entre la décision d’envoyer son fils dans un centre de désintoxication et les dialogues de sourds, il va faire de son mieux pour sauver leur relation. Parler de drogue et d’addiction à ses enfants n’est pas une mince affaire. Il faut l’anticiper. Et ce, dès le plus jeune âge.

C’est ce que concède Maria Melchior, épidémiologiste et spécialiste des déterminants sociaux et familiaux dans les conduites addictives. Contactée par Le HuffPost, elle estime que cette thématique doit trouver sa place au sein de l’éducation de n’importe quel enfant, au même titre que d’autres sujets de discussion comme la sexualité.

 

Trois étapes dans la prévention

Un point de vue que partage volontiers le psychologue clinicien Jean-Pierre Couteron. “Ce serait même une erreur que les parents ne prennent pas la peine d’en parler”, appuie le professionnel. L’auteur du récent ouvrage Adolescents et cannabis - Que faire? explique que le sujet doit être coûte que coûte abordé au cours de l’enfance, en trois temps.

Le premier survient dans les premières années de sa vie. C’est le moment où l’on va construire “le socle éducatif de la santé”, pour reprendre les mots du spécialiste. L’idée, ici, est de protéger l’enfant des tensions sociales en lui donnant les clés pour apprendre à vivre et grandir sereinement, comme apprendre à dormir naturellement ou “avoir une bonne conscience de soi”, suggère Maria Melchior.

“Pendant tout un tas d’années, les parents vont discuter avec l’enfant de sa santé, de comment bien se nourrir, de sa manière de gérer le stress ou d’exprimer ses sentiments, ajoute Jean-Pierre Couteron. L’addiction peut survenir au moment où nous nous sommes tournés vers un produit. L’éducation que l’on reçoit doit permettre de rendre moins nécessaire le recours à cet objet.”

Parler des risques

L’étape suivante arrive aux alentours de la pré-adolescence, c’est-à-dire autour de l’âge de 12 ans. Comme pour l’alcool et le tabac, c’est le moment d’évoquer les drogues. “On va faire sentir à l’enfant qu’un certain nombre d’objets ont des capacités séductrices mais qu’elles comportent des risques”, précise l’addictologue.

L’idée est de distinguer les substances et d’en montrer les dangers. “Par exemple, il faut rappeler que le cannabis a des effets sur la mémoire du consommateur et sur sa concentration”, suggère Maria Melchior. Autre exemple, la cocaïne. Certes, elle peut donner du courage et de la confiance en soi. Mais elle peut aussi entraîner des problèmes cardiaques. Pour Jean-Pierre Couteron, c’est le moment où l’on fonde les grands interdits.

Sauf que parler des risques, c’est bien, mais tous ne sont pas aussi dissuasifs qu’on le pense. “Les parents aiment bien parler des risques de cancer, par exemple. Mais les ados, eux, ont le sentiment de passer au travers et que ça ne leur arrivera pas ou que très tardivement dans leur vie”, souligne le médecin.

Selon lui, les jeunes sont beaucoup plus sensibles aux risques psychiques liés à la consommation d’un produit. “Plus on leur parle des cas d’abus sexuels, d’agressivité ou de violence que peuvent provoquer les drogues ou l’alcool chez l’individu, plus ils les auront en tête, décrit Jean-Pierre Couteron. Ils ne veulent pas être assimilés à ça.”

Mais ce n’est pas tout. Alors qu’à cet âge, les ados sont en pleine quête d’indépendance, le médecin rappelle qu’il est bon de souligner auprès d’eux la perte d’autonomie que la dépendance à une drogue peut produire. “Il faut montrer que l’addiction vient entacher le développement des compétences psychosociales”, complète le spécialiste.

Sécuriser l’environnement

Mais voilà, quelques années plus tard, les choses se compliquent parfois. Un peu avant l’âge de 18 ans vient l’heure des premières expériences car l’enfant n’est plus tout le temps en présence des parents. Pour les deux spécialistes, c’est un tournant clé à ne pas rater. Il faut rester vigilant. “Pas d’alcool, ni de drogue. C’est la règle que les parents doivent répéter à leur enfant”, indique le psychologue clinicien.

Pour ce dernier, le rôle des parents est de rester attentif. Ils doivent sécuriser l’environnement de leur progéniture. “S’il sort et qu’il se rend chez quelqu’un, on lui demande où il va ou s’il y aura un adulte pour surveiller le groupe, conseille Jean-Pierre Couteron. On peut aussi mettre en place un couvre-feu. L’idée, c’est d’être là quand il part et quand il revient.”

Pourquoi? Parce que cela permet de garder un œil à l’état dans lequel il rentre à la maison (ou s’il rentre à l’heure, d’ailleurs). Si l’on observe des signes physiques d’ivresse ou si l’on remarque qu’il a consommé un produit, ce n’est pas forcément judicieux de le réprimander tout de suite. À la place, l’expert suggère plutôt d’indiquer à l’enfant d’aller se coucher, de bien dormir et de lui signaler qu’on discutera de sa conduite le lendemain.

À son réveil, “on lui explique qu’il est allé trop loin”, détaille Jean-Pierre Couteron. La prochaine fois, ce sera différent. “En tant que parent, on ne peut pas continuer à le laisser faire ou à poursuivre ses expériences. Il faut continuer de lui dire que vous ne voulez pas qu’il se mette en danger”, poursuit le psychologue.

Maintenir le dialogue

Ce n’est pas forcément judicieux de se braquer. Même si ce genre de situation peut mettre mal à l’aise les parents, les deux experts précisent qu’il faut maintenir sa présence et réaffirmer son soutien à l’adolescent. Cette coopération doit passer par le dialogue, constate Maria Melchior qui estime qu’il faut mettre en place des règles.

Jean-Pierre Couteron va plus loin. “Il est nécessaire de réguler la consommation avant que le produit n’entraîne la création du mécanisme de dépendance, alerte celui-ci. Il ne faut pas laisser l’enfant s’en charger lui-même.”

Il poursuit: “Il faut être capable de montrer à l’enfant que la notion de dépendance est variable. La dépendance peut être physique, certes, mais elle peut surtout contraindre un individu à ne pas savoir comment faire telle ou telle chose sans elle.”

Dans ce cas de figure, tout l’intérêt de la discussion réside dans l’écoute de l’enfant. “Il faut réussir à comprendre pourquoi votre enfant a consommé ce produit, ou pourquoi il prend du plaisir à le consommer, renseigne l’addictologue. Il faut lui faire comprendre que vous êtes là pour l’aider à trouver une manière de remplacer la fonction qu’a pris le produit dans sa vie.”

Pour Maria Melchior, la dépendance d’un enfant à un objet est étroitement liée à son environnement social et familial. “Il faut lui apporter un soutien inconditionnel”, concède cette dernière.

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