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04/04/2019 11h:48 CET | Actualisé 04/04/2019 11h:48 CET

Parle pour que je te vois !

"Ministre, recteur, rectum, de la voie hiérarchique à la voie naturelle, il n’y a que quelques lettres ! (...) Par cette manœuvre d’asservissement digne d’un apprenti nazillon, pour faire plier les grévistes, le ministre a réussi à faire rallier d’innombrables universitaires à la cause de leurs collègues."

Zoubeir Souissi / Reuters

L’appel et la conviction de Socrate de favoriser le regard par l’esprit à celui par les yeux, nous sied, nous les universitaires, comme un gant !

N’avons nous pas la vocation d’éveiller les esprits et de s’adresser à l’intelligence des gens ? Le sommet arabe de Tunis vient de s’achever et pendant ce temps, des universitaires, femmes et hommes, campent en un sit-in depuis plusieurs jours au siège de leur ministère de tutelle, privés d’eau et d’électricité ...

Vous lisez et vous dîtes bizarre, bizarre ! mais, quel rapport ? Le rapport est le même que celui entre le zénith et le nadir ... Fidèle à sa vocation stérile depuis sa création, qu’espérions-nous du dernier somment de la ligue des pays arabes avec le branle-bas pour l’arrivée des participants et les manifestations mondaines, sinon faire bouger un peu le secteur des services et le petit commerce de proximité ?

L’époque des sommets où, il y avait de l’animation clownesque et une théâtralité dans la clôture, est révolue. Qui ne se souvient pas de l’émotion débordante, à se casser la voix de Yasser Arafat, de l’égosillement de Kaddafi, des tartufferies des monarques du Golfe et de la stature imposante d’un Saddam Hussein charismatique et fougueux, tirant pensivement sur son cigare en écoutant...

Ce dernier nous a fait cadeau de l’édition de nombreux manuels scolaires dans lesquels, on a étudié, et du financement de la construction de la faculté des sciences de Monastir, dans laquelle j’officie.

Pour se prémunir de, que sais-je ? on a donné vilement l’ordre, à la suite de la guerre du Golfe et l’invasion de l’Irak, d’enlever discrètement la plaque disposée à l’entrée de la faculté, rappelant ce cadeau du peuple irakien. Le comble de la bêtise et de l’ingratitude !

On feint d’ignorer l’action revendicative des universitaires et on se presse dans une attitude de servilité naïve, de délivrer en grandes pompes, un honoris causa au souverain wahhabite. Est ce en reconnaissance de sa brillante contribution à la pensée universelle ou pour le remercier de quoi ? De daigner accueillir, des professeurs universitaires tunisiens, en quête de l’amélioration de leurs conditions matérielles ou encore, d’avoir initié la construction à la périphérie de la capitale, de faramineux projets immobiliers et de divertissements, donnant naissance à des cités sans âme, à l’image de son royaume après la destruction, conformément au dogme wahhabite, de tout le patrimoine archéologique ...

Pour moi, ce n’est autre qu’une forme édulcorée de colonisation, celle qui est halal !

Le rapport ne s’arrête pas là ! Vautrés dans des fauteuils moelleux agréables à la vue et au postérieur, ces dirigeants restent à se morfondre, en attendant de prendre la parole. Dès qu’ils ont livré leurs messages, ils s’affalent sur leurs sièges et beaucoup, le ventre lourd, s’assoupissent en se laissant aller à une sieste digestive réparatrice, l’unique moyen qu’il leur reste pour vivre le chimérique rêve arabe !

En même temps, nos universitaires, cette quintessence du savoir académique, dorment sur des matelas de fortune disposés à même le sol, dans le froid et le noir, mais eux aussi, les yeux ouverts, rêvent d’une université publique solide, rayonnante et orientée vers le futur !

Je n’ai pas le goût de piocher dans le glossaire des manifestes du militantisme syndical de base pour parler de ces universitaires affiliés au syndicat IJABA, qui ont observé une grève administrative en réaction au revirement du ministre, après des accords âprement signés en juin dernier.

La réponse du ministre a été de demander aux recteurs des universités touchées par cette grève, la liste des collègues récalcitrants pour le gel de leurs salaires.

Ministre, recteur, rectum, de la voie hiérarchique à la voie naturelle, il n’y a que quelques lettres ! Cette mesure répressive, inédite sous l’ancien régime dans ses élans les plus fascistes, c’est l’execrabilité à son paroxysme !

Privés totalement de salaire donc, de moyens de subsistance et de facto, de couverture sociale, les collègues touchés, malgré leur détermination farouche à poursuivre la lutte, vivent dans cette épreuve une situation déplorable, fort préjudiciable à leur santé physique et mentale !

Par cette manœuvre d’asservissement digne d’un apprenti nazillon, pour faire plier les grévistes, et cette tentative d’avilissement de la dignité des universitaires, le ministre a réussi à faire rallier d’innombrables universitaires dans différents pôles à la cause de leurs collègues.

Quand, il s’agit d’affamer des collègues, de mettre leurs vies et celles des leurs en danger, il n’est plus question de clivage syndical ou d’obédience idéologique ! Indépendamment de l’issue de ce combat, le syndicat IJABA dont je ne fais pas partie, n’en déplaise à certains, a réussi à cristalliser la colère et la déception d’une large frange d’universitaires ... Cette pression portera ses fruits.

D’ailleurs, on sent déjà les derniers spasmes de l’agonie politique d’un ministre titubant, assailli de partout par les universitaires en colère et devenu une source de mécontentement et un lourd fardeau pour le chef de gouvernement dont à mon avis, il ne tardera pas à s’en délester !

En outre, la numériquement puissante centrale syndicale mettra tout son poids dans la balance pour étouffer et faire avorter cette action car, comme la bataille de Stalingrad, elle marquera un tournant dans la représentation syndicale. En effet, elle risque de faire tache d’huile en s’étendant à d’autres secteurs, donc un facteur d’effritement !

La perspective d’une année blanche qui n’est souhaitée par personne mais reste encore fort probable, touche directement notre sécurité nationale, un domaine qui relève des attributions constitutionnelles du Président de la république alors, réveillez le !

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